Virus West Nile : faut-il désormais avoir peur du moustique commun ?

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Peggy Cardin-Changizi

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Virus West Nile : faut-il désormais avoir peur du moustique commun ?
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Longtemps cantonné au pourtour méditerranéen, le virus du Nil occidental progresse en France. Rachel Bellone, chercheuse à l'Institut Pasteur, explique comment il se transmet et comment s'en protéger.

Un virus qui gagne du terrain

Il doit son nom au district de West Nile, en Ouganda, où ce virus a été identifié pour la première fois en 1937. En France, les premières détections remontent aux années 1960. « C'était plutôt calme, raconte Rachel Bellone, qui étudie à l'Institut Pasteur quels moustiques peuvent transmettre quels virus. Il s'agissait de quelques cas sur le pourtour méditerranéen, notamment en Camargue. Et puis, dans les années 2000, les cas sont devenus de plus en plus fréquents. Et surtout, l'aire de répartition du virus a commencé à s'étendre. »

En 2022, des chevaux infectés sont détectés pour la première fois en Gironde. L'été 2025 marque l'émergence du virus en Île-de-France. Cette année-là, 62 cas humains sont recensés dans l'Hexagone, un record à l'époque.

Mais ce record est déjà dépassé. Le 5 octobre, Santé publique France avait recensé 161 cas autochtones pour l’année 2026. Il s'agit de personnes contaminées en France, et non lors d'un voyage. Sept régions sont concernées. Chez les chevaux, 253 cas avaient été recensés en France au 11 septembre, soit près de dix fois plus qu'à la même période en 2025. « La saison continue. Ça va encore augmenter », prévient la chercheuse.

Des oiseaux aux moustiques

Pour la dengue ou le chikungunya, le moustique s'infecte en piquant une personne infectée. Pour le virus West Nile, c'est en piquant des oiseaux : le virus circule entre les oiseaux et le moustique commun, appelé Culex. « Quand un oiseau est infecté, il se fait piquer par un moustique. Le moustique, à son tour, va s'infecter. Après quelques jours, il pourra transmettre le virus à d'autres oiseaux », décrit Rachel Bellone.

Le moustique commun peut aussi piquer différentes espèces de mammifères et leur transmettre le virus, mais seuls l'humain et le cheval peuvent alors tomber malades. Chez eux, la chaîne s'arrête : la quantité de virus présente dans leur sang est trop faible pour contaminer un autre moustique. Seules de très rares contaminations entre personnes restent possibles, par transfusion sanguine ou par greffe d'organe.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer que le virus s'étende aujourd'hui. « Ce sont souvent des causes multiples », souligne la chercheuse de l’Institut Pasteur, qui cite le réchauffement climatique et l'urbanisation. Le changement climatique peut favoriser la prolifération des moustiques et modifier les migrations des oiseaux, qui participent à la circulation du virus.

Fièvre brutale et fatigue

Dans environ 80 % des cas, l'infection passe inaperçue. Mais certaines personnes peuvent présenter brutalement de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et une grande fatigue, parfois accompagnés d'une éruption cutanée ou de troubles digestifs.

Chez moins d'une personne infectée sur 100, le virus atteint le système nerveux. Il s'agit alors d'une méningite ou d'une encéphalite, c'est-à-dire d'une atteinte des enveloppes du cerveau ou du cerveau lui-même. Ces formes neurologiques peuvent laisser des séquelles, voire être mortelles. Selon l'InstitutPasteur, elles concernent principalement les personnes âgées et les personnes immunodéprimées, dont les défenses immunitaires sont affaiblies.

Il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique. La prise en charge consiste à soulager la fièvre et les douleurs, et les formes graves nécessitent souvent une hospitalisation. En cas d'apparition brutale d'une fièvre importante accompagnée de maux de tête et de dos et de douleurs musculaires, l'ARS Île-de France recommande de consulter rapidement un médecin.

Se protéger du moustique du soir

Le moustique commun est présent en France depuis bien plus longtemps que le moustique tigre. Il est principalement actif de mai à novembre et passe l'hiver à l'état adulte, à l'abri dans les caves ou les recoins humides.

Les deux espèces ne piquent pas aux mêmes heures : le moustique tigre surtout le jour, en particulier le matin et en fin d'après-midi, le moustique commun en soirée et la nuit. Répulsifs et vêtements amples restent utiles. Pour la nuit, « idéalement, c'est l'usage de moustiquaires, soit aux fenêtres ou au-dessus du lit », conseille Rachel Bellone.

Autre geste simple : supprimer les eaux stagnantes, comme les soucoupes de pots de fleurs, les gouttières mal vidées ou les récipients oubliés, et protéger les récupérateurs d'eau et les regards. « Comme ça, on élimine le moustique tigre et le moustique commun. »

Les campagnes de démoustication sont, elles, plus complexes à mettre en œuvre. Comme l'explique la chercheuse, le moustique tigre s'éloigne en général d'une centaine de mètres de son gîte de naissance, alors que le moustique Culex parcourt le plus souvent 1 à 3 km. Les oiseaux se déplacent aussi, ce qui rend le périmètre à traiter difficile à définir. À cela s'ajoute une résistance croissante aux insecticides. Selon elle, la pertinence de leur utilisation « doit vraiment être réfléchie, coordonnée ».

Chez l'humain, les médecins et les biologistes doivent signaler chaque cas à l'Agence régionale de santé. Les cas chez le cheval sont eux aussi à déclaration obligatoire. La surveillance porte à la fois sur les cas humains, les chevaux malades et certains oiseaux retrouvés morts, afin de repérer au plus tôt la circulation du virus.

Dirigée par Anna-Bella Failloux, l'équipe de Rachel Bellone à l’institut Pasteur a d'ailleurs détecté, avec l'Unité des virus émergents de Marseille, le virus chez des moustiques dans des zones où l'on ignorait qu'il circulait. Là où le virus est présent, les dons de sang et d'organes font l'objet de mesures de sécurisation.

Un moustique méconnu

« Le moustique tigre, on en entend beaucoup parler, et c'est très bien », note Rachel Bellone. Le moustique Culex et le virus West Nile sont, eux, bien moins connus.

La circulation du virus tend pourtant à s'étendre, et les projections climatiques semblent favoriser cette expansion. « On devra probablement apprendre à vivre avec », conclut la chercheuse.

Rédigé par

Peggy Cardin

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