Moustiques tigres : quels sont les risques d’infection ?
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Le moustique Aedes albopictus, communément appelé moustique tigre, est présent dans 81 des 96 départements hexagonaux depuis le début de l'année 2025. La femelle, seule qui pique dans le couple, le fait principalement en fin de journée. « Elle est le vecteur d’au moins cinq virus : le chikungunya, la dengue, le zika, le west nile et l’usutu », précise Anna-Bella Failloux, responsable de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur.
Santé publique France communique que, depuis le 1ᵉʳ mai 2025, 645 cas importés de chikungunya ont été recensés sur le territoire tricolore. En juin, des cas autochtones de chikungunya ont été détectés dans l’Hérault, le Gard, le Var, les Bouches-du-Rhône, la Drôme et la Corse. « On entend par cas "autochtone" que les personnes qui ont contracté le virus n’ont pas voyagé en zone contaminée au moins dans les quinze jours précédant l’apparition des symptômes », indique la chercheuse.
Ces personnes ont donc été infectées par le moustique tigre, lui-même infecté en prenant du sang sur une personne qui revenait de voyage dans une région où le virus est en circulation. A l’inverse, les cas importés, qui sont en général les plus communément recensés en période estivale, concernent les personnes contaminées en zones où circule le virus avant de se rendre sur le territoire métropolitain.
Les principaux symptômes des cinq virus
Si des symptômes de la dengue apparaissent, ils commencent habituellement 4 à 10 jours après l’infection et durent de 2 à 7 jours. Ils peuvent se manifester notamment par une forte fièvre (40 °C), des céphalées intenses, des douleurs musculaires et articulaires, des nausées, des vomissements, des éruptions cutanées…
L’incubation du chikungunya est de 4 à 7 jours en moyenne. Une fièvre supérieure à 38,5 °C apparaît, accompagnée de maux de tête, de courbatures ou de douleurs articulaires principalement aux extrémités des membres (chevilles, phalanges, etc.).
Les symptômes du zika sont de type grippal : fatigue, fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires. L’infection se manifeste trois à douze jours après la piqûre de l'insecte vecteur.
Le virus du west nile se caractérise par de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, de la toux, des éruptions cutanées, des diarrhées et nausées… La période d’incubation dure 2 à 6 jours mais peut parfois se prolonger jusqu'à 14 jours.
Les symptômes de l’usutu, dont le délai d’incubation est de 4 à 7 jours, font penser à ceux de la grippe : fièvre, sensation de fatigue intense et persistante, maux de tête, éruption cutanée…
Des cas de chikungunya autochtones recensés dans certains départements
L’arrivée des premiers cas autochtones, en juin, a de quoi alerter les autorités sanitaires. « En effet, c’est très tôt dans l’année. Par le passé, ces premiers cas étaient détectés en août-septembre. C’est sans doute lié au fait qu’il y a une épidémie de chikungunya à la Réunion », explique Anna-Bella Failloux. Sur l’île de l’Océan indien, quelques 200 000 habitants ont été contaminés depuis mars et une vingtaine de décès sont à déplorer.
L’épidémie réunionnaise s’atténue progressivement avec l’arrivée de l’hiver austral. Cependant, une autre épidémie de chikungunya est en cours à Mayotte. Le moustique tigre est très réceptif à l’infection par le chikungunya donc la propagation peut aller vite. Mais il est encore tôt pour parler d’une potentielle épidémie en France hexagonale. « Nous n’avons pas de certitude à ce jour », reconnaît la scientifique.
Les hautes températures observées augmentent cependant les risques. Elles contribuent à la circulation du moustique tigre. « Les paramètres environnementaux, comme la chaleur et les épisodes de pluies entrecoupés de canicule, font que le moustique tigre se développe plus vite. Le temps de génération (1) va se raccourcir quand il va faire chaud », poursuit la responsable de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur. La densité de moustique va donc être plus importante.
On ne meurt pas du chikungunya en France quand on est en bonne santé
Par ailleurs, la présence des moustiques tigres est favorisée par les contenants d’eau que l’on a tendance à stocker quand il fait chaud. « Face à la sécheresse, on sait que l’eau vient à manquer et qu’il faut faire attention donc on va la garder dans des récipients, des bidons pour pouvoir arroser les jardins. On génère ainsi des gîtes à moustiques », observe Anna-Bella Failloux.
La chercheuse rappelle que le chikungunya n’est pas une maladie mortelle. « En France, on n’en meurt pas. Pas plus du zika. La dengue peut être mortelle dans les pays où le système de soins est précaire mais rarement chez nous. » Il ne faut toutefois pas minimiser les conséquences de ces virus sur les personnes vulnérables. Les personnes avec comorbidité, les personnes âgées ou celles affaiblies sur le plan immunitaire seront moins armées face aux virus et pourront développer une forme plus grave de maladie pouvant conduire au décès.
Il n’existe pas de traitements ni d’antiviraux spécifiques. « On vaccine en prévention contre la dengue et le chikungunya quand on se rend dans les pays où le risque d’infection est plus grand. » La chercheuse conseille, en cas de fièvre et de suspicion d’infection, de consulter un médecin pour effectuer un test de sérologie. « Si un des cinq virus est avéré, un processus sera rapidement enclenché, coordonné par Santé publique France. » Une enquête sera menée par les Agences régionales de santé pour déterminer les endroits à risque où la personne infectée s’est rendue. Elles évalueront le contexte et engageront une désinsectisation pour éviter l’installation de foyers.
Se débarrasser des contenants d’eau où le moustique tigre se réfugie
Le moustique tigre est un organisme à sang froid. « C’est un insecte qui n’est pas capable de réguler sa température interne. Son fonctionnement va dépendre de la température extérieure », poursuit Anna-Bella Failloux. S’il fait chaud, il va pouvoir se développer, se nourrir. « Il faut aussi qu’il y ait de l’humidité ce qui lui permet de survivre plus facilement. Avec le réchauffement climatique, son aire de distribution va s’étendre davantage vers le nord ».
La femelle va mourir dès que l’hiver s’installe mais ses œufs lui survivent. « Ils sont capables de supporter la sécheresse comme les basses températures grâce à leur coque imperméable », reprend la responsable de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur. Dès qu’il pleut, les œufs éclosent et le cycle reprend. « Les moustiques tigres ne sont pas réintroduits à chaque fois par le biais de personnes infectées venues de l’extérieur. Ils sont déjà présents sur notre territoire ».
Le moustique tigre s’installe dans des sites dits artificiels, c’est-à-dire des contenants d’eau créés par l’homme : soucoupes de pots de fleurs, abreuvoirs, brouettes, gouttières bouchées… « Avant que le moustique tigre ne soit là, ces espaces étaient très peu colonisés. Il avait donc une avenue devant lui sans compétiteurs », raconte Anna-Bella Failloux. Pour rompre la chaîne de reproduction du moustique tigre, il faut donc entretenir ses extérieurs et vider et nettoyer les réservoirs d’eau où il prospère. Les campagnes de démoustification n’en viendront pas seules à bout.
(1) La personne infectée n’a pas quitté le territoire français. Elle a été infectée par un moustique tigre qui s’est lui-même infecté sur quelqu’un qui revenait des régions où ces virus circulaient.
Des cartes pour évaluer la probabilité de propagation de virus
L’an dernier, à l’aube des Jeux Olympiques de Paris et de l’afflux de population, l’unité d’Anna-Bella Failloux au sein de l’Institut Pasteur, s’était penchée sur l’insecte présent en Ile-de-France, en collaboration avec l’Agence régionale de démoustication et le Centre national de référence des arbovirus de l’Inserm-Irba. Les analyses effectuées portaient sur les capacités du moustique tigre à transmettre les cinq virus précités à 28 °C.
Cette évaluation est à présent étendue à l’ensemble de la France. « Nous étudions la compétence vectorielle du moustique tigre dans les 13 régions françaises face à une dizaine de virus. » Les chercheurs mesurent également les variations de densité de moustiques dans l’ensemble de ces treize territoires en tenant compte de chaque environnement et des populations locales. « A partir de ces données, nous allons produire des cartes de risques ».
Ces cartes permettront d’établir quelles sont les probabilités qu’un ou plusieurs des dix virus étudiés se propagent en fonction de la période de l’année, des températures relevées, de la densité des moustiques, etc. « Ces cartes seront mises à la disposition de la Direction générale de la santé pour s’organiser afin d’arrêter la chaîne de transmission des virus dès le début ».
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ANNIE
05 juillet 2025 à 06h07