Vrai/faux sur le mal de dos

Publié le

Céline Roussel

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Vrai/faux sur le mal de dos
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Considéré comme « le mal du siècle », le mal de dos touche 80 % de la population (1) et représente 30 % des arrêts de travail de longue durée en France (2). Ses origines peuvent être multiples. Les fausses croyances le concernant aussi, ce qui amène parfois à un retard de prise en charge et de traitement. Alors on démêle le vrai du faux.

Le mal de dos vient toujours de la colonne vertébrale.

Faux. Les maux de dos peuvent être d’origine très diverse. On peut déjà les classer selon leur localisation. « On parle de « lombalgie » lorsque la douleur se situe au niveau des lombaires, en bas du dos. On parle de « dorsalgie » lorsque la douleur est plutôt centrale, au niveau de la cage thoracique. Et enfin de « cervicalgie », si elle touche les cervicales », détaille Eve Alquier, kinésithérapeute (3). Ces douleurs peuvent être d’origine musculaire ou ligamentaire, par exemple s’il y a eu un faux mouvement, entraînant un lumbago

« Parfois, elles sont symptomatiques d’une pathologie, comme l’arthrose, qui provoque des douleurs inflammatoires au niveau des cartilages. Il arrive qu’elles soient de nature neurologique, notamment en cas d’hernie discale (disque intervertébral, abîmé et déformé) avec compression du nerf sciatique. La douleur peut provenir de l’os, en cas de cancer des vertèbres ou de fracture en raison d’une chute ou d’ostéoporose », développe le Dr Marian Agachi, neurochirurgien, spécialisé dans les problèmes de dos. 

Enfin, les lombalgies, sans raison particulière, qui durent depuis plus de 3 mois, sont dites « chroniques ». La sédentarité, le stress et certaines croyances (peur d’avoir mal au dos) peuvent par ailleurs amplifier la douleur.

Le mal de dos n’a rien d’héréditaire. 

Vrai. Plusieurs membres d’une même famille peuvent être touchés par le mal de dos, car c’est une maladie courante, mais sans qu’il y ait une explication génétique. « En revanche, ce qui nous arrive dans la vie peut être héréditaire, car lié à un environnement familial donné et pouvant aboutir aux mêmes pathologies. Le seuil d’apparition de la douleur, son intensité et son degré de tolérance peuvent aussi être héréditaires au sein d’une même famille », explique le Dr Marian Agachi.

Les femmes sont plus sujettes au mal de dos. 

Vrai. Une étude publiée dans The Lancet en 2024 a confirmé, au niveau mondial, que les femmes sont plus touchées par le mal de dos que les hommes. « En Occident, les causes sont selon moi plus sociétales que biomécaniques. Les femmes sont plus représentées dans les secteurs tertiaires et administratifs. Elles sont donc, de par leur métier, plus sédentaires, et la sédentarité reste un fort facteur de risque de mal de dos. La répétition de certains gestes, notamment les tâches ménagères, peut aussi favoriser l’apparition de douleurs dorsales. Peut-être aussi ont-elles moins de temps à consacrer à une activité sportive, que les hommes », analyse Eve Alquier.

Les enfants ne peuvent pas avoir mal au dos. 

Faux. La sédentarité, définie par un temps passé assis supérieur à 7 heures par jour, est un facteur de risque de mal de dos chez les adultes, comme chez les enfants. « Ils restent souvent assis de longues heures en classe, sans se lever. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) préconise pourtant de se lever 5 minutes par heure. Mais les enfants ne le font pas », souligne la kinésithérapeute. 

À noter que la posture du « dos rond » qu’adoptent beaucoup les enfants n’est pas forcément mauvaise, « elle permet de se reposer », selon la spécialiste. « La croissance peut provoquer plus couramment des douleurs au genou, mais dans des cas plus rares, au niveau du dos. Le port de cartables trop lourds engendre parfois une scoliose, mais toutes ne sont pas douloureuses », observe le Dr Marian Agachi.

Il faut toujours consulter plusieurs spécialistes pour guérir d’un mal de dos. 

Faux. En cas de lumbago, la prise en charge peut s’arrêter au niveau du médecin généraliste, avec la prescription d’antalgiques, et de mise au repos. « Cela se passe ainsi dans 80 % des cas », note Eve Alquier. « Bien sûr, si le mal persiste, et qu’il n’y a pas eu de chute ou de faux mouvement, il faut investiguer et faire des examens complémentaires, type scanner et IRM pour poser un diagnostic.S’il s’agit d’une hernie discale, par exemple, il faudra se tourner vers un neurologue, voire vers un neurochirurgien si l’opération est nécessaire », note le Dr Marian Agachi. Des séances de kiné peuvent être prescrites pendant un traitement ou après une chirurgie. « Dans certains cas, notamment de lombalgies chroniques, l’accompagnement d’une assistante sociale, d’un médecin du travail ou d’un psychologue est parfois nécessaire pour comprendre les facteurs favorisant la douleur », ajoute Eve Alquier.

La douleur est proportionnelle à la gravité du mal de dos. 

Faux. « Très douloureux ne veut pas dire grave, d’autant plus que le ressenti de la douleur peut varier d’une personne à l’autre. Le stress et la fatigue peuvent aussi l’amplifier, poursuit le Dr Marian Agachi. Mais il faut consulter si on la juge inacceptable, si elle est consécutive à une chute, ou si elle persiste au-delà de 48 heures », ajoute-t-il.  

Seuls des anti-inflammatoires et des antalgiques peuvent être prescrits pour un mal de dos.

Faux. « Les antalgiques sont prescrits en général en première intention. Les anti-inflammatoires, en fonction du type de mal de dos. Selon le niveau de douleur, des corticoïdes et de la morphine peuvent être prescrits, par infiltration. Mais là bien sûr, il faut rechercher la source du problème », insiste le neurochirurgien. Il faut d’autre part lorsqu’on commence à avoir mal au dos, changer certaines habitudes, ajuster le port de charges, garder ou mettre en place une activité physique agréable, trouver des positions confortables et en changer régulièrement.

Il faut s’allonger pour soulager le mal de dos. 

Vrai et Faux. Uniquement si la position allongée soulage la douleur, par exemple s’il s’agit d’une douleur inflammatoire qui implique que le corps fait le nécessaire pour cicatriser. « Chez certaines personnes, les positions assise ou debout seront plus confortables. Une mise en mouvement douce, quelques pas, peuvent aussi faire du bien. Mais il ne faut pas se forcer à bouger si on a mal », prévient le Dr Agachi. Une poche de froid ou de chaud, selon les profils, souvent soulage.  

L’activité physique peut prévenir le mal de dos. 

Vrai. Il s’agit du moyen le plus efficace pour prévenir les douleurs de dos. « Toute activité est bonne à prendre dès lors qu’elle plaît et qu’elle est pratiquée régulièrement », estime Eve Alquier. « Il n’existe pas de bons ou de mauvais sports. Mais certaines pratiques, notamment aquatiques, mettent le corps en apesanteur, et soulagent les douleurs. D’autres, en revanche, doivent être pratiquées avec prudence comme la musculation. Il est important d’être attentif aux poids que l’on soulève. Il faut être à l’écoute de son corps et de ses capacités », souligne le Dr Marian Agachi. 

Contrairement aux idées reçues, le dos n’a pas besoin d’être musclé. « Les muscles dorsaux et abdominaux sont endurants et travaillent en permanence, pour nous tenir debout ou droit. Au-delà du sport, il faut devenir des « sportifs opportunistes », c’est-à-dire augmenter son activité physique, au quotidien, en prenant les escaliers plutôt que l’ascenseur ou faire ses trajets à pied ou à vélo », conseille Eve Alquier.

Certaines chaussures favorisent le mal de dos. 

Faux. « Certaines femmes ne marchent qu’en talons et ont mal au dos dès qu’elles se mettent à plat. Et vice-versa. C’est parce que leur corps s’est adapté aux chaussures les plus fréquemment portées (morphotype) », note Eve Alquier. Même analyse pour le Dr Marian Agachi. « Après une opération, j’ai vu des femmes ne plus pouvoir marcher à plat et d’autres ne plus pouvoir porter de talons. Il n’existe pas de vérité à ce niveau-là », déduit-il.

(1)    Selon l’Association française de lutte antirhumatismale. 
(2)    Selon l’Assurance Maladie.
(3)    Eve Alquier, kinésithérapeute et formatrice à la méthode Ecole du dos Mail 14,  en France. 
(4)    Dr Marian Agachi, neurochirurgien, spécialisé dans les problèmes de dos, en cabinet privé et à la Clinique des Lilas, à Paris. 

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Commentaires

Article toujours aussi intéressant et utile que les précédents que j’ai pu lire.
Merci pour cette information.
Cordialement. Christophe

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