Traitements en santé mentale : attention aux dérives
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La santé mentale est un domaine propice aux dérives
Vrai. « Autrefois limitées à la sphère religieuse, culturelle et spirituelle, les dérives sectaires s'étendent aujourd'hui au domaine de la santé et du bien-être, explique Étienne Apaire, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Avec 37 % des signalements et demandes d'informations adressées à la Miviludes entre 2022 et 2024, ces dérives sont désormais les plus visibles. Sujet majeur dans plusieurs pays, la santé mentale est devenue en France un marché lucratif et en pleine expansion. Les perspectives de gain financier ont suscité la "vocation" de nombreux adeptes de pratiques non maîtrisées, y compris pour traiter la dépression et le burn-out. »
Des personnes affirment pouvoir guérir différents troubles psychiques. Certaines se disent spécialistes des troubles anxieux et des troubles du déficit de l'attention. D'autres s'attaquent à la bipolarité, à la schizophrénie ou encore à l'autisme.
Les fausses thérapies sont très nombreuses
Vrai. « Sur les réseaux professionnels ou de divertissement pullulent des personnes, sans aucune formation, qui prétendent proposer des solutions à géométrie variable et douteuses pour soigner des problèmes de santé mentale, déplore Mickaël Worms-Ehrminger, docteur en santé publique et recherche clinique. Elles se présentent comme "coach de vie", psycho-énergéticien, hypnothérapeute, professeur de méditation de pleine conscience, maître Reiki, passeur d'âmes, guérisseur, magnétiseur… Ces charlatans utilisent très souvent un langage obscur qui s'auréole d'une apparence de sérieux. Ils emploient des termes vides de sens comme "décodages des mémoires cellulaires", "reconnexion à l'énergie positive", "quantique". Plus le nom semble compliqué et plus il faut se méfier ! »
Le néo-chamanisme et les constellations familiales induisant de faux souvenirs relèvent de ces pseudo-thérapies. « Il peut s'agir en particulier de faux souvenirs d'incestes ou de mauvais traitements dans le milieu familial », pointe dans son dernier rapport d'activité la Miviludes. Par exemple, après trois séances d'hypnose, une jeune femme souffrant de blocages psychologiques affectant sa sexualité est convaincue d'avoir été victime d'attouchements dans son enfance. Une autre, ayant tenté l'expérience de la psychogénéalogie (pratique avançant que tous nos maux sont liés au vécu de nos ancêtres), est persuadée qu'elle décédera un 14 août comme sa grand-mère… Le champ des propositions de traitements les plus douteux est très vaste.
« En matière de pathologies mentales, certains naturopathes suggèrent, par exemple, de remplacer les thérapies conventionnelles et les antidépresseurs médicalement prescrits par du développement personnel », indique Étienne Apaire.
Tout le monde peut se faire avoir par ces pratiques trompeuses
Vrai. Lorsqu'on traverse des moments délicats de la vie comme un deuil, une rupture, un licenciement, une perte de sens…, on est fragilisé. « D'autres personnes sont aussi des cibles privilégiées, souligne le président de la Miviludes, organisme de lutte et de prévention. Les patients atteints d'affections de longue durée, les personnes sourdes et malentendantes, les jeunes mères épuisées et les mineurs sont particulièrement visés. »
Parmi les personnes vulnérables figurent aussi les personnes atteintes de troubles du spectre de l'autisme (TSA). Dans ce domaine, de nombreux parents alertent la Miviludes sur des propositions alternatives de prise en charge sans fondement scientifique : régimes alimentaires dangereux, antifongiques, cannabis, protocoles de chélation (qui prétendent détoxifier le corps en extrayant des métaux lourds de l'organisme)…
Toutes les pratiques non conventionnelles peuvent être dangereuses
Vrai et faux. « Toute pratique de soin ou d'hygiène de vie qui sort des sentiers battus ne cache pas forcément la main mise d'un gourou, précise Mickaël Worms-Ehrminger. Bien sûr, aucune n'est en soi anodine, mais certaines peuvent offrir un complément intéressant à la médecine classique, notamment via l'effet placebo. À condition toutefois de ne pas penser qu'elles peuvent se substituer à la médecine. Quand elles ne présentent pas de danger particulier, elles doivent rester complémentaires, et jamais alternatives. Et toujours avec un suivi professionnel. »
Parmi les pratiques souvent plébiscitées, la méditation est à utiliser avec précaution. « Certes, elle peut aider certaines personnes à lutter contre le stress ou d'autres émotions gênantes, observe Mickaël Worms-Ehrminger. Pour autant, la pratique sera formellement contre-indiquée pour divers profils, allant des épileptiques aux personnes qui souffrent d'idées suicidaires, de troubles psychotiques sévères (hallucinations, délires) ou qui traversent des épisodes maniaques (troubles bipolaires) ou dépressifs aigus. » Des études publiées dans des revues de référence démontrent d'ailleurs que la pratique n'est pas exempte de dangers. (1) (2)
Le médecin traitant peut vous orienter vers un spécialiste reconnu
Vrai. Lorsqu'il existe une réelle souffrance et des difficultés à vivre, c'est à un spécialiste reconnu et agréé qu'il faut s'adresser. Seuls les titres de psychologue, psychiatre, psychothérapeute sont reconnus par l'État. Contrairement à une idée largement répandue, le titre de psychanalyste ne l'est pas.
Il est nécessaire, pour avancer et s'en sortir, de consulter, de comprendre ce qui coince, d'avoir une vraie démarche thérapeutique. Le médecin référent peut être d'excellent conseil. En général, il sait où envoyer ses patients et peut leur conseiller un professionnel de santé de confiance, selon les troubles dont ils font état.
(1) Adverse events in meditation practices and meditation-based therapies : a systematic review, in Acta Psychiatrica Scandinavica, 2020 Nov.
(2) Meditation -induced psychosis : a narrative review and individual patient data analysis in Irish Journal of Psychological Medicine, 2022 Dec.
Vers qui se tourner en cas de déviance suspectée ?
• Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
• Unafdi (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes).
• CCMM (Centre contre les manipulations mentales).
• Afis (Association française pour l'information scientifique).
• Conseil National de l'Ordre des médecins.
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