Lemon Bottle : quels sont les risques de ces injections minceur ?
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Un produit miracle. C’est ce que laissent entendre les commentaires de sites internet où le flacon de Lemon Bottle est en vente libre. Cette solution cosmétique, au packaging jaune et noir, est supposée assurer une fonte des graisses localisées sur le ventre, les bras ou encore le cou, après quelques injections.
Ses effets dits révolutionnaires et immédiats sont aussi largement vantés par les influenceurs sur les réseaux sociaux, Tik Tok en tête. Si bien qu’il s’est déjà vendu dans le monde plus de 3 millions de fioles de cette nouvelle recette minceur, venue de Corée du Sud. Le pack de cinq ampoules de 10 ml chacune est commercialisé entre 95 et 115 € selon les revendeurs, sans compter les frais de port. Une injection peut être facturée autour de 150 € par ceux qui se risquent à l’effectuer.
Le produit existe aussi sous forme de crème de 30 ml, moyennant 40 à 60 euros, pour traiter les peaux fatiguées, ridées ou fragilisées. De plus en plus de messages d’internautes fleurissent sur la toile pour mettre en garde sur la supercherie des belles promesses du produit liquide injecté. Plusieurs médecins sont aussi intervenus, en ligne, pour alerter de sa dangerosité.
Le Lemon Bottle n’est pas autorisé en France
La solution Lemon Bottle n’est, en effet, pas sans risque. Ses composants restent flous, du moins ils ne sont pas ceux qui sont indiqués sur les sites de vente. « On parle de bromélaïne, de lécithine, de vitamine B2… qui sont supposés réduire les cellules graisseuses. L’agence suisse du médicament a étudié le produit et ne retrouve pas ces ingrédients à l’intérieur », témoigne le docteur Cyril Rivieccio, médecin généraliste et esthétique. La composition des fioles de Lemon Bottle n’est donc pas un gage de sécurité.
Par ailleurs, le produit n’a pas d’autorisation de mise sur le marché en France, ni en Europe, pas plus qu’aux Etats-Unis. Sur le territoire tricolore, il est interdit de l’utiliser. Le produit ne dispose pas d’un marquage aux normes de la Communauté Européenne (CE). « Et il n’est pas agréé par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) », observe le médecin.
Toute personne qui injecte ce produit – qu’il soit soignant ou professionnel du paramédical ou de l’esthétisme – s’expose à un risque et en fait courir un au patient. Le docteur Cyril Rivieccio indique qu’elle encourt une amende, allant jusqu’à 375 000 €, et de la prison (5 ans maximum).
L’esthétisme est un secteur très réglementé même entre médecins
Le praticien rappelle que seuls les médecins ont le droit de pratiquer des injections de produits de lipolyse (1) autorisés. « Un esthéticien ne le peut pas. L’infirmier en a la possibilité mais seulement sur ordonnance d’un médecin ». Tout est extrêmement réglementé. « Par exemple, les injections de botox ne sont réservées qu’à certains médecins esthétiques, c’est-à-dire les ORL, les chirurgiens maxillo-faciaux, les ophtalmologistes, les dermatologues et les neurologues ».
Toute introduction d’un produit pharmaceutique sous la peau nécessite un médecin. « Les vaccins peuvent à présent être faits par les infirmiers par exemple mais pour le reste, c’est du ressort d’un médecin ». Lui seul est habilité à connaître les zones du corps où l’injection peut être pratiquée. « Un mauvais geste peut entraîner des paralysies, des nécroses (2), la destruction de nerfs, des résultats disgracieux. »
Aucune étude sérieuse ne démontre l’efficacité du Lemon Bottle. « Sur pas mal de produits utilisés en médecine de l’esthétisme, nous disposons d’études préalables. Certaines sont réalisées sur un petit nombre de patients, avec des appréciations assez suggestives, mais on sait qu’il y a cette preuve. Rien de tel n’existe avec le Lemon Bottle », constate le docteur Cyril Rivieccio.
Le Lemon Bottle a des effets secondaires que seule la chirurgie peut traiter
Recourir au Lemon Bottle par piqûre expose à des effets secondaires tels que des inflammations sous-cutanées, des ecchymoses, des nécroses, des lésions nerveuses. Certaines personnes témoignent sur internet et déplorent l’apparition de petites boules dures sous les zones traitées, de boutons disgracieux. « Pour réparer tout cela, il n’y a que la chirurgie. Si c’est une nécrose, le chirurgien fera une greffe de peau. S’il s’agit d’un granulome (3), il l’enlèvera. Ce n’est pas agréable et ça ne vaut donc pas la peine de prendre autant de risques », souligne le médecin esthétique.
D’autant qu’il existe d’autres techniques, médicamenteuses. Elles comportent certes des effets secondaires, comme tout traitement, mais connus. « La chirurgie comme la liposuccion reste le standard. Il y a aussi la cryolipolyse, technique non-invasive qui permet d'éliminer les cellules graisseuses grâce à un traitement par le froid, sans aucune chirurgie », précise le docteur Cyril Rivieccio.
Cette technique doit être pratiquée par un médecin. « Plusieurs types d’appareils sont sur le marché. Certains descendent à très basses températures. Il faut donc être entre des mains expertes et sérieuses ». Les esthéticiens peuvent recourir à la cryolipolyse si leur machine est de classe 1, c’est-à-dire ne descend pas à une température trop froide. « Je recommande toutefois d’aller dans un centre esthétique qui dispose d’un médecin dans l’équipe. La radiofréquence aide également à détruire l’excès de tissus graisseux », précise le praticien.
Consulter son médecin en cas de doute sur les produits cosmétiques
Adopter une hygiène de vie saine, une alimentation équilibrée, bien dormir, se dépenser sont essentiels pour entretenir sa forme et perdre du poids. « Toutefois, cela ne fera pas forcément disparaître un double menton déjà installé, une culotte de cheval », confie le médecin, qui reçoit nombre de personnes mal dans leur peau. La médecine esthétique peut corriger des défauts ou des complexes comme une tache de vin, une pilosité abondante…
« Certains patients nous semblent très bien mais sont gênés par leur apparence, une partie de leur corps. C’est à nous, médecins, de comprendre si traiter leur problème physique est salvateur ou si nous sommes face à de la dysmorphophobie (4) qui ne se réglera pas par de la chirurgie ». Le docteur Rivieccio rappelle que la définition de l’OMS d’une bonne santé n’est pas seulement l’absence de maladie. C’est aussi le bien-être général. « Cela passe souvent par l’image de soi ».
Le praticien insiste sur le fait que lorsqu’un doute subsiste sur un produit cosmétique ou esthétique, il faut en parler à son médecin ou à son chirurgien esthétique. « Celui-ci ne connaîtra peut-être pas ce dont il s’agit mais il saura chercher pour en mesurer la pertinence, l’efficacité et les conséquences ». Toute nouvelle technique promue par Tik Tok, ou n’importe quel réseau social, ou encore par des personnes autres que des médecins doivent être évitées. « Derrière, se cache un marché de la cosmétologie onéreux et peu fiable avec beaucoup de risques à la clé ».
(1). Méthode de réduction de surcharge graisseuse.
(2). La nécrose se caractérise par une usure et une mort prématurée des cellules, en l’occurrence ici de la peau.
(3). Masse inflammatoire de petite taille.
(4). Pensée obsédante sur un défaut imaginaire ou une légère imperfection de l'apparence physique
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