Quelles sont les plantes et les fleurs dangereuses pour la santé ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Plantes et fleurs : attention à leur toxicité
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Les centres antipoison reçoivent près de 10 000 appels par an liés à une exposition à des plantes ou des fleurs. En effet, certaines peuvent être de vrais dangers. Intoxications, troubles cardiaques, atteintes neurologiques… Derrière leur apparente innocence, quelques espèces cachent des toxines puissantes.

Les plantes et les fleurs décorent nos jardins, parfument nos intérieurs et s’invitent même dans nos assiettes. Pourtant, certaines peuvent s’avérer néfastes pour l’humain et les animaux. « Elles sont toxiques quand elles contiennent des substances chimiques capables de provoquer des effets nocifs sur la santé », indique le docteur Olivier Mathieu, chef du service de pharmacologie médicale et toxicologie du CHU de Montpellier. 

Les plantes et fleurs représentent 5 % des signalements d’intoxications auprès des centres antipoison. Chaque année, en France, entre 3 000 et 3 200 intoxications sont comptabilisées. La majorité est évitable car elle résulte de confusion avec des plantes comestibles, d’ingestion accidentelle ou encore d’automédication avec des plantes. 
 

Plus de 65 % des intoxications aux plantes concernent les enfants

L’intoxication aux plantes ou aux fleurs peut se manifester par des troubles digestifs, neurologiques ou cardiaques, parfois graves. « Toutefois, il n’y a aucun signe extérieur permettant de savoir si une plante est toxique », confie le pharmacologue. 

La toxicité d’une plante dépend souvent de la quantité ainsi que de la partie (feuille, racines, graine) consommées. « Il y a des effets dose-dépendants, c’est-à-dire qui varient en fonction de la dose absorbée et puis il y a ce qu'on appelle les allergies qui diffèrent d’un individu à un autre. »

Environ 65 à 75 % des cas concernent les enfants, surtout ceux de moins de 5 ans. « Ils ont tendance à porter facilement à la bouche ce qu’ils trouvent, et le problème, c’est la quantité qu’ils peuvent ingérer », indique le docteur Olivier Mathieu. Le risque est accru par leur curiosité, l’attrait des baies colorées et une vulnérabilité accrue aux quantités ingérées en raison de leur petite corpulence.

Certaines plantes alimentaires peuvent poser des problèmes 

Les plantes produisent des molécules complexes appelées métabolites secondaires. « Ce sont des molécules extrêmement élaborées qui leur servent parfois à se défendre, parfois à attirer des animaux, mais on ne sait pas trop pourquoi », reconnaît le chef du service de pharmacologie médicale et toxicologie du CHU de Montpellier. 

Ces substances peuvent agir sur le cœur comme c’est le cas pour celles produites par les digitales ou encore les lauriers-roses, le système nerveux (belladone, aconit), les cellules (ricin), les muqueuses (arum). Certaines plantes très communes peuvent être dangereuses. Par exemple, les arums engendrent des irritations fréquentes, le latex des euphorbes est corrosif. Les ifs sont également très toxiques.

Certaines plantes ou aliments peuvent aussi poser problème. Il convient d’être particulièrement vigilant avec les pommes de terre vertes, les feuilles de rhubarbe ou encore les tomates non mûres. Par ailleurs, certaines plantes aux effets psychotropes ou stupéfiants, comme le pavot et le cannabis, nécessitent une attention particulière. Le pavot contient de l’opium et peut s’avérer dangereux, même en petite quantité, tandis que le cannabis agit sur le système nerveux et présente un risque de dépendance en raison de sa teneur en substances actives.

Mieux vaut éviter l’automédication avec les plantes en cas de traitement 

Un danger moins connu, mais pourtant important, concerne les interactions entre certaines plantes et les médicaments. « Il vaut mieux éviter l’automédication avec des plantes lorsqu’on suit déjà un traitement », préconise le docteur Olivier Mathieu. Mieux vaut demander conseil à son pharmacien ou à son médecin. En effet, certaines substances naturelles peuvent modifier la manière dont l’organisme absorbe, transforme ou élimine les médicaments. Cela peut soit réduire leur efficacité, soit au contraire augmenter leurs effets jusqu’à devenir toxiques. 

Ce risque est souvent sous-estimé, car les plantes sont perçues comme naturelles donc sans danger. Par exemple, le millepertuis, utilisé contre les troubles de l’humeur, peut diminuer l’efficacité de nombreux médicaments (contraceptifs, antidépresseurs, traitements contre le VIH ou certains cancers) en accélérant leur élimination par l’organisme. 

Le docteur Olivier Mathieu rappelle que « naturel ne veut pas dire sans risque. » Dès qu’il y a un traitement en cours, même une plante ou un aliment courant peut poser problème, « d’où l’importance de demander conseil. »

Il ne faut jamais consommer une plante inconnue ou qui a un goût suspect 

En cas d’intoxication par une plante, les symptômes sont le plus souvent digestifs. « On a des diarrhées, des vomissements. Le risque de déshydratation est majeur chez les jeunes enfants et les personnes âgées », explique le pharmacologue. Certains signes doivent alerter immédiatement, notamment les difficultés respiratoires, les troubles cardiaques ou une perte de connaissance. Dans ces situations, il est essentiel de réagir vite en contactant un centre antipoison ou en appelant les urgences peut éviter des complications graves.

Face à ce risque, la règle principale reste le bon sens. Le spécialiste insiste : « Il faut être prudent. On n’est jamais sûr qu’une plante non identifiée soit bonne ». Concrètement, cela signifie qu’il ne faut jamais consommer une plante inconnue ou conseillée par un tiers non fiable, éviter les cueillettes hasardeuses et arrêter immédiatement la consommation d’une plante ou d’une fleur en cas de goût suspect. Si doute il y a, il est toujours préférable de faire vérifier la plante par un professionnel plutôt que de prendre un risque inutile.

Les plantes ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Tout dépend de leur usage et des connaissances que l’on en a. Derrière leur apparence parfois inoffensive ou décorative, certaines peuvent être toxiques, d’où l’importance de bien s’informer. « Des sources fiables comme l’ANSM et l’Anses publient régulièrement des alertes », rappelle le docteur Olivier Mathieu. Il existe aussi des bases en ligne et des applications comme PlantNet. Enfin, « les pharmaciens formés ainsi que les sociétés botaniques locales restent des relais essentiels pour identifier une plante ».  

Cinq plantes parmi les plus toxiques. 

1.    L’aconit. 
•    Danger : « C’est sans doute une des plus dangereuses du monde », prévient le docteur Olivier Mathieu.
•    Partie toxique : toute la plante. 
•    Effets : paralysie progressive, troubles cardiaques, décès rapide possible. 
 

 

2.    Le ricin.
•    Danger : mortel à très faible dose.  
•    Partie toxique : les graines. 
•    Effets : vomissements violents, défaillance des organes, coma.  

 

3.    Le laurier-rose
•    Danger : très toxique même en petite quantité. Le Dr Mathieu met en garde : « Il ne faut surtout pas faire des brochettes ou quoi que ce soit avec du bois de laurier-rose ».
•    Partie toxique : l’ensemble de la plante. 
•    Effets : troubles cardiaques, vomissements, arrêt cardiaque. 

4.    La digitale pourprée. 
•    Danger : ses molécules sont proches de certains médicaments utilisés en cardiologie, mais à dose mal contrôlée, elles deviennent un poison puissant.
•    Partie toxique : toute la plante bien que les feuilles le soient plus. 
•    Effets : troubles du rythme cardiaque, confusion, risque vital. 

5.    La belladone. 
•    Danger : sa beauté. « Ce sont de jolies baies noires, très attractives, qui peuvent être mortelles pour un enfant », prévient le docteur Olivier Mathieu.
•    Partie toxique : toute la plante de ses feuilles à ses racines. 
•    Effets : hallucinations, convulsions, coma. 

Les plantes d’intérieur dangereuses pour les animaux domestiques 

Certaines plantes courantes à la maison peuvent représenter un risque pour les chats et les chiens. La dieffenbachia et le philodendron contiennent des cristaux irritants (raphides) provoquant gonflement, douleur et irritation de la bouche ou de la gorge. Le lys est particulièrement toxique pour les chats et peut provoquer une insuffisance rénale sévère même après ingestion de pollen. Ces plantes doivent être gardées hors de portée surtout des jeunes animaux. Il faut consulter rapidement un vétérinaire en cas d’ingestion.

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