Santé mentale : des associations pour trouver du soutien
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La crise sanitaire liée au Covid-19 a eu un impact négatif sur le moral des Français. Le contexte socio-économique mondial vient encore plus renforcer cet état de fait. À partir des données de surveillance d'hôpitaux et de SOS Médecins, Santé Publique France a constaté que le recours aux soins d’urgence pour des troubles de l’humeur, des idées et des gestes suicidaires, a fortement augmenté depuis 2021. Une personne sur cinq souffre de troubles psychiques.
La santé mentale a été décrétée Grande cause nationale en 2025. Le gouvernement a axé ses priorités sur le changement de regard sur les troubles psychiques et mentaux. Le développement de la prévention et du repérage précoce, l’accompagnement des personnes concernées et l’amélioration de l’accès aux soins sur tout le territoire sont aussi au programme. C’est un travail qu’effectuent déjà au quotidien les associations, bien souvent avec de modestes moyens. Il existe, par ailleurs, des dispositifs pour se former et être à l’écoute des personnes en détresse.
Le prix de la consultation chez un psy est un frein pour 42 % des Français
Depuis 20 ans, l’association L’espace psychanalytique d’orientation et de consultations (L’Epoc) est ouverte tous les jours de l’année pour les personnes majeures en difficultés psychologiques à Paris et sa banlieue. Un groupe de psychologues cliniciens est à l’origine de sa création. L’objectif est de rendre le soin psychique ouvert à tous et de le déstigmatiser.
Selon Santé publique France, pour 42 % des Français, le prix de la consultation est l’un des principaux obstacles. « Nous avons instauré un tarif libre. On donne ce que l’on veut et ce que l’on peut », indique Chloé Pons, directrice générale de L’Epoc. Et pour faciliter encore plus la démarche de ceux qui consultent, un rendez-vous est fixé avec un psychologue clinicien dans les sept jours suivant le contact téléphonique. « On sait d’expérience que quand l’attente est longue, les gens se désistent. »
L’association a été pensée à la base pour les personnes les plus précaires mais tout le monde peut y avoir recours. « Une personne bien insérée sera reçue si elle en éprouve le besoin. On ne demande aucun justificatif de ressources. » Le suivi du patient est hebdomadaire et la durée variable selon les besoins. « On peut réorienter vers des médecins ou des psychiatres si un traitement médicamenteux s’impose. »
Le secteur public débordé par les demandes en suivi psychothérapeutique
Les demandes de consultations individuelles sont nombreuses depuis 2020. « Une des causes courantes est la souffrance au travail. Nous recevons nombre d’aidants familiaux et 60 % de nos visiteurs vivent seuls ou sont des monoparentaux », reprend Chloé Pons. Plus de la moitié des personnes qui consultent sont envoyées par le secteur public, dont les centres médicaux psychologiques et les hôpitaux. « C’est assez inquiétant car ça signifie qu’ils ne peuvent répondre à toutes les sollicitations. »
L’Epoc a développé l’accompagnement psychologique à domicile pour les patients qui ne peuvent pas se déplacer ou qui sont très âgés. L’association propose également des ateliers à visée thérapeutique, limités à huit personnes, animés par des psychologues et des art-thérapeutes. Ils portent sur les jeux d’écriture, l’expression théâtrale, la conscience du corps en mouvement…
À l’université de Bordeaux, la santé mentale est également au cœur des préoccupations. Celle des étudiants et celle de tout un chacun. « Différentes études, telles que I-Share et Prisme, ont révélé qu’il y avait une dégradation de la santé psychique de la population estudiantine. Et le Covid n’y est pas étranger », observe Anne Moreau, directrice opérationnelle de l’Espace santé étudiants de l’Université de Bordeaux qui dispense, depuis 2019, la formation de Premiers secours en santé mentale (PSSM) à ses étudiants et ses personnels enseignants et administratifs.
Mentalo, l’étude de l’Inserm sur la santé mentale des 11-24 ans
L'Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm) diligente l’étude Mentalo sur la santé mentale des jeunes de 11 à 24 ans afin d'identifier les facteurs qui favorisent ou dégradent le bien-être mental de cette tranche d'âge.
L’objectif est de prévenir la détérioration de leur état de santé mentale et d’envisager des solutions d’accompagnement. Cette étude a débuté en mai 2024 et se poursuit jusqu’en décembre 2026. Elle repose sur une approche participative d’adolescents et jeunes adultes volontaires. Ils sont interrogés et suivis sur 12 mois de façon confidentielle. L’enquête vise à recueillir 50 000 participations d’ici mai 2026. Il est toujours possible de le faire en se rendant sur le portail de Mentalo.
Une formation pour comprendre les troubles mentaux et porter secours
Les 70 000 étudiants de l’enseignement supérieur public de Bordeaux, Agen et Périgueux, peuvent prétendre à la formation PSSM qui dure deux jours. Elle est gratuite, financée par le ministère de l’Enseignement supérieur et l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine. « Nos soignants forment entre 800 à 900 étudiants par an et plus de 200 personnels », indique Anne Moreau. Ces derniers sont sensibilisés à une partie des pathologies mentales et soumis à des cas pratiques pour pouvoir venir en aide aux personnes en détresse psychique.
La formation est basée sur le volontariat. Elle demande un certain investissement. Cette formation sert à repérer les troubles en santé mentale, à adopter un comportement adapté envers la personne en souffrance, à l’encourager à aller vers les professionnels adéquats et, à agir en cas de crise, avant la prise en charge par les soignants.
75 % des étudiants formés trouvent que le dispositif a été protecteur pour eux. « Le fait de mieux comprendre comment notre mental fonctionne, la différence entre les troubles, les symptômes, c’est déjà très positif pour eux », relève la directrice opérationnelle de l’Espace santé étudiants. 50 % des formés ont pu aider quelqu’un au moins une fois dans les six mois suivant la formation. 22 % ont secouru au moins trois personnes.
Des personnes marginalisées du fait de leurs troubles psychiques
Catherine Decorse est bénévole depuis dix ans à l’antenne toulousaine de La Porte Ouverte, association présente également à Paris, Rouen et Bordeaux. « Nous sommes à l’écoute, au téléphone ou en présentiel, des personnes en détresse psychologique qui ont besoin de parler ». L’entretien est anonyme, confidentiel, gratuit et non confessionnel. « Nous ne cherchons pas à analyser le profil des gens qui nous contactent, mais à les aider à formuler ce dont ils souhaitent nous parler. » Les entretiens sont sans rendez-vous et sans suivi, bien que les personnes peuvent solliciter la structure autant de fois qu’elles en éprouvent le besoin.
Aucune compétence particulière n’est requise pour rejoindre les rangs des écoutants, si ce n’est une capacité d’écoute sans jugement. « L’engagement est de quatre heures par semaine. Ce qui peut dissuader certaines personnes. » Le candidat bénévole sera entendu par une commission de recrutement, puis reçu par un psychologue extérieur à l’association. S’il est retenu, il recevra une formation théorique et pratique avec des mises en situation et des exercices d’écoute. Les bénévoles doivent participer une fois par mois à des supervisions régulées par des psychologues ou des psychanalystes.
La Porte Ouverte de Toulouse gère plus de mille écoutes par an. « Nous constatons que les personnes qui nous appellent ou viennent régulièrement sont marginalisées du fait de leurs troubles psychiques. Leur entourage a souvent du mal à les épauler », souligne Catherine Decorse. L’important pour ceux qui téléphonent et poussent la porte est de se sentir écoutés. « La personne peut formuler pleinement ce qui la préoccupe. À la fin de l’entretien, elle exprime souvent un soulagement, un apaisement d’avoir été entendue. »
Des liens utiles pour se faire aider et aider
• Un certain nombre d’associations et de dispositifs d’aide aux personnes en détresse psychologique sont répertoriés sur le site de l’Assurance maladie.
• Le portail Jeveuxaider.gouv fait état des dispositifs ouverts à ceux qui souhaitent consacrer du temps en bénévolat d’écoute et d’aide psychologique.
• Le site Psycom (Santé Mentale Info) propose un guide des associations d'entraide pour les personnes concernées par un trouble psychique ou un trouble du neurodéveloppement et leurs aidants.
• Les Cafés Psy (ou Cafés Psycho) sont organisés un peu partout sur le territoire, souvent à l’initiative de soignants. Objectifs ? Sensibiliser aux problématiques de santé mentale et échanger sur le sujet. Par ailleurs, des lieux et initiatives d’écoute fleurissent, portés par les collectivités territoriales et les Agences régionales de santé. Plus de renseignements auprès des Centres d’actions sociales de sa commune ou sur le portail des Agences régionales de santé (ARS).
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