Quel est l’impact des relations sociales sur la santé mentale ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Un homme éclatant de rire, entouré d'autres personnes dans l'ambiance conviviale d'un café
© Getty Images

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Les liens familiaux et amicaux comme les interactions avec autrui seraient bons pour la santé. Si bien que si ces relations s’éteignaient, notre organisme, et surtout notre moral, en pâtiraient.

Les contacts sociaux, qu’ils soient familiaux, amicaux ou professionnels, sont une condition de bien-être pour l’individu. « De nombreuses recherches en psychothérapie considèrent que c’est un besoin fondamental de l’homme dans sa construction et son évolution », observe le docteur Pierre Bordaberry, psychothérapeute et animateur de la chaîne YouTube PsykoCouac.

Les relations entretenues avec nos proches et nos contemporains sont considérées comme un besoin primaire. « Il est du même ordre que l’alimentation et le sommeil », précise le Professeur Nicolas Franck, psychiatre au centre hospitalier Le Vinatier à Lyon. Ce dernier a étudié avec son collègue le Professeur Frédéric Haesebaert, psychiatre et docteur en neurosciences, les conséquences de la privation de lien social lors des divers confinements consécutifs au Covid 19 (1).

Au sein du corps humain, se trouve le cerveau social. « Il s’agit d’une partie de nos aires cérébrales consacrée aux interactions avec autrui, essentielle à notre prise de décision comme à notre bien-être », continue le médecin. Ces neurones, dites miroirs, permettent de prendre en compte toutes les actions, toutes les pensées et paroles d’autrui. « Notre cerveau est très attentif à ce qui se passe en termes d’échanges, de comportements de l’autre. Il s’en nourrit. »

Une relation bonne pour la santé est durable, prévisible et pertinente

Une relation sociale nous fait d’autant plus de bien lorsqu’elle s’établit sur trois critères : la durabilité (rencontres, prises de contact régulières), la prévisibilité (les engagements non tenus, la toxicité d’une relation ne seront pas positifs) et la pertinence. « Entendre par là que la relation doit répondre à nos besoins. Ces trois critères réunis, nous serons alors en état de sécurité affective et éprouverons moins de difficultés psychologiques », indique le psychothérapeute Pierre Bordaberry.

Avoir un minimum de vie sociale est important. L’isolement crée du stress. Et quand ce dernier dure dans le temps, des symptômes, tels que l’anxiété, l’irritabilité ou encore la contrariété, peuvent se manifester. « Cela peut ensuite déboucher sur des troubles plus sérieux comme la dépression, la perte de sommeil, l’augmentation d’inflammations… », remarque le Professeur Nicolas Franck. Le risque de dépression est considérablement réduit chez les personnes le plus engagées sur le plan social.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, ne pas être entouré socialement serait aussi néfaste que consommer du tabac. L’effet serait aussi dévastateur que fumer 15 cigarettes par jour. D’autres travaux ont démontré que la solitude entraîne des problèmes de santé variés. « En plus de l’anxiété et des risques suicidaires, on observe plus de pathologies cardiovasculaires et de diabète chez les personnes sans relationnel », commente le Professeur en psychiatrie Frédéric Haesebaert.

Les besoins de liens sociaux varient en fonction des individus et des âges

Les liens sociaux aident à faire face aux difficultés de la vie. « Le simple fait de dire "J’ai un problème" à quelqu’un génère un soulagement. Et ce même si cette personne n’apporte pas de solution », confie Pierre Bordaberry. Le besoin de relations sociales varie toutefois d’une personne à l’autre. « Certaines s’octroieront de larges plages de solitude. D’autres ne pourront pas vivre sans avoir une vie sociale intense. Nous n’avons pas les mêmes envies et besoins. C’est un juste équilibre à trouver et il évolue selon l’âge. »

Un bébé aura des besoins extrêmes en l’espèce. « Le lien à l’autre est vital dès le stade fœtal quand le système nerveux est construit et l’audition développée », souligne le Professeur Nicolas Franck. Le fœtus va être attentif à la musique, aux paroles des parents et des personnes proches. Un bébé peut souffrir de la dépression du nourrisson lorsqu’on ne lui accorde pas assez d’attention. « Quand il pleure, ce n’est pas seulement parce qu’il a faim. Ce peut être aussi parce qu’il a besoin de sentir quelqu’un près de lui. »

Les liens sociaux sont essentiels à la construction de l’enfant. Avant le langage ce dernier va développer la cognition sociale. Il apprend alors comment fonctionnent les autres, comment interagir avec eux. « Lorsqu’il n’y a pas d’exposition normale au groupe, comme cela a été le cas lors des confinements où les enfants n’ont pas pu aller à l’école, cela peut entraîner du stress, de l’anxiété… On l’a constaté après coup avec l’augmentation des consultations en pédopsychiatrie et du recours aux services d’urgence », rapporte le Professeur Frédéric Haesebaert.

L’isolement fait grimper de 29 % le risque de décès prématuré

L’adolescence est la période où les besoins de contacts sociaux, d’intégration et d’appartenance à des groupes, en dehors du cercle familial, sont capitaux. L’isolement lié aux confinements a fait beaucoup de mal aux jeunes. Il en est de même pour les personnes âgées qui ont été privées, en Ehpad, des visites de leurs proches. « Celles qui étaient chez elles, entourées par leurs familles, ont été bien moins affectées », a constaté le Professeur Nicolas Franck dans son étude.

Le réseau social d’une personne âgée se délite déjà inévitablement en temps normal. « Dès que l’on ne travaille plus, on a moins de liens avec autrui, on perd progressivement ses repères », explique Pierre Bordaberry. Les personnes que l’on côtoie, généralement du même âge, décèdent petit à petit. Les ressources pour maintenir le lien social s’amenuisent. « Cela peut faire apparaître certains troubles dont celui de l’insécurité affective, du dépérissement », déplore le Professeur Frédéric Haesebaert.

En France, 900 000 personnes âgées de 60 ans et plus sont isolées de leur famille et de leurs amis. 300 000 d’entre elles n’ont plus aucun contact et sont en situation de « mort sociale ». La solitude entraînerait un risque de décès prématuré augmenté de 26 %. L’isolement le ferait grimper à 29 %.

L’Université américaine d’Harvard mène une étude depuis 1938 sur 724 adolescents issus de divers milieux économiques et sociaux afin de déterminer les facteurs d’un vieillissement en bonne santé. La principale conclusion est que des relations interpersonnelles durables et de qualité représentent un des plus importants facteurs de bonheur et de bonne santé mentale et physique.

(1) Les professeurs Nicolas Franck et Frédéric Haesebaert ont coécrit « Protéger sa santé mentale après la crise » (éditions Odile Jacob, 21,90 €). Et « Covid-19 et détresse psychologique », du Pr Nicolas Franck (éditions Odile Jacob, 21,90 €). 

Les conseils pour maintenir des liens sociaux

1.    Sortir de chez soi.

Le simple fait de ne pas s’enfermer est bénéfique pour la santé mentale et physique. Cela permet de croiser des personnes connues et inconnues, d’engager des conversations (chez les commerçants par exemple) et de se dépenser. « Qu’on aime être seul ou que l’on ait une phobie sociale, il existe toujours des réseaux spécifiques qui peuvent fonctionner, des gens qui comprennent. Aller dans des associations, s’investir, échanger sur des problématiques communes sont des alternatives qui peuvent s’avérer positives », indique le psychiatre Nicolas Franck.

Certains pays, comme le Royaume-Uni, pratiquent la prescription sociale qui permet aux médecins de diriger les patients vers des activités ou associations en mesure de leur offrir un soutien personnalisé pour améliorer leur bien-être. « Cela peut être bénéfique pour les personnes qui ont des problèmes sociaux et de santé. Ce sujet est à l’étude en France. »

2.    Privilégier les activités collectives.

Les personnes qui vont pratiquer un sport ou un loisir collectif, par exemple, vont progressivement construire du lien avec les autres. « Aller au contact de la nature pour marcher, randonner, permet aussi de se reconnecter avec soi et avec les autres. En France, ce n’est pas très développé mais, au Canada, on peut effectuer des séjours en groupe dans des parcs pour créer une cohésion sociale et vivre des expériences plus proches de la nature », observe le Professeur en psychiatrie Frédéric Haesebaert.

3.    Prendre soin de ses relations sociales.

Un coup de téléphone, un texto pour prendre des nouvelles, une oreille attentive, une invitation à sortir sont autant d’attentions qui permettent de cultiver ses relations sociales.

« Certes, il y a les réseaux sociaux sur internet, importants pour beaucoup, dont les jeunes. Ça peut sortir de l’isolement et maintenir un lien avec l’extérieur. Ça peut favoriser les groupes d’appartenance mais ça ne remplace pas la présence physique », souligne le docteur en psychologie Pierre Bordaberry. Les relations sociales se font sur le temps et ce sont les occasions créées qui tissent la qualité et la durabilité du lien.

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