Santé mentale des jeunes : agir plus tôt pour prévenir leur détresse
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Selon le Bulletin de Santé publique France (1) publié le 6 octobre 2025, portant sur les données de septembre, les passages aux urgences pour idées suicidaires, troubles anxieux ou de l’humeur ont augmenté chez les 15-24 ans par rapport aux mois de septembre des trois années précédentes.
Le phénomène reste particulièrement marqué chez les 15-17 ans, tandis que les actes SOS Médecins pour angoisse ou état dépressif restent, eux aussi, supérieurs aux niveaux observés les années antérieures.
Cette aggravation, confirmée par la synthèse « Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer », met également en évidence de fortes disparités territoriales : la détresse psychique est plus fréquemment signalée dans les zones rurales et ultramarines, où l’accès aux soins demeure difficile.
Des causes multiples et un repérage encore insuffisant
Lors de la conférence « Santé mentale des jeunes : de l’urgence à l’action » (2), le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre à l’Université Paris-Est Créteil et à l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP), a rappelé que ce phénomène dépasse la seule crise post-Covid. « Les jeunes expriment plus facilement leur détresse, mais les réponses institutionnelles ne sont pas encore à la hauteur. » Pression scolaire, hyperconnexion, précarité, anxiété de performance : les causes sont multiples. « Le numérique a bouleversé nos modes de vie : on communique beaucoup, mais on se voit moins. Le sentiment d’isolement, même entouré, est réel », ajoute-t-il.
Avec le Pr Karine Chevreul, co-directrice du laboratoire ECEVE-Inserm et du projet Mentalo, il plaide pour une prévention précoce, centrée sur le développement des compétences psychosociales à l’école. « La question n’est pas seulement de savoir quoi dire à un jeune en difficulté, mais de l’aider à reconnaître qu’il va mal », souligne-t-elle.
Introduire cette éducation émotionnelle dès l’enfance permettrait d’apprendre à identifier et verbaliser ses émotions, un prérequis à la résilience.
Former les enseignants, éducateurs et animateurs à repérer les signes de mal-être – troubles du sommeil, isolement, perte d’intérêt – est tout aussi essentiel pour intervenir avant que les troubles ne s’installent.
Ces actions visent aussi à réduire les inégalités sociales de santé, car les jeunes les plus fragiles sont souvent ceux qui connaissent le moins les dispositifs d’aide existants ou n’y ont pas facilement accès. Le projet Mentalo, porté par l’Inserm et la Haute Autorité de santé (HAS), illustre la volonté de créer des parcours de soins cohérents entre santé et éducation.
Des dispositifs d’écoute en plein essor
Sur le terrain, les structures d’écoute et de soutien psychologique se multiplient. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, fonctionne 24 h/24. Les Points Accueil-Écoute Jeunes (PAEJ) reçoivent chaque année plusieurs dizaines de milliers de jeunes, tandis que l’association Nightline, créée par et pour les étudiants, offre un espace de parole nocturne. « Ces dispositifs sont précieux : ils rassurent et font le lien entre la détresse et le soin », souligne le Pr Pelissolo. Mais leur implantation reste inégale : les territoires ultramarins, notamment, manquent encore de structures adaptées, faute de moyens humains et financiers.
Parallèlement, de nouvelles formes d’accompagnement apparaissent dans le quotidien numérique des jeunes. Des applications comme Lyynk, Mon Sherpa, Junes ou MindDay proposent relaxation, auto-évaluation ou échanges avec des psychologues partenaires.
Leur objectif : libérer la parole et encourager la prévention avant la crise. Près de neuf utilisateurs sur dix sont toutefois des jeunes femmes. Comme le souligne Miel Abitbol, cofondatrice de l’application Lyynk, les garçons parlent encore peu de leur vulnérabilité, freinés par les stéréotypes liés à la virilité. Des actions ciblées, menées dans les clubs sportifs, les universités ou les associations de jeunesse, pourraient aider à rééquilibrer cette parole et toucher un public plus large
Agir ensemble pour une prévention durable
Pour Thibaut de Saint Pol, délégué interministériel à la Jeunesse, « la santé mentale des jeunes est un enjeu central des politiques publiques. Elle appelle une mobilisation collective de l’État, des collectivités, du secteur associatif et du milieu éducatif. »
Renforcer la prévention et le repérage précoce du mal-être, poursuit-il, « c’est agir au plus près des jeunes, en développant leurs compétences psychosociales et en donnant à chaque professionnel les outils pour repérer et orienter ».
Ces initiatives s’inscrivent dans la feuille de route santé mentale et la Grande Cause nationale 2025, avec un même objectif : qu’aucun jeune ne reste sans soutien face à la détresse. Mais prévenir ne se résume pas à multiplier les dispositifs. « Il faut aussi créer un environnement bienveillant, où l’on peut exprimer sa fragilité sans honte », plaide le Pr Pelissolo.
Changer le regard sur la santé mentale
Au-delà des structures, c’est toute une culture du dialogue qu’il faut promouvoir : accepter de parler de ce que l’on ressent, écouter sans juger, valoriser les initiatives qui favorisent la confiance. Les actions de terrain, qu’elles soient éducatives, sportives ou culturelles, participent aussi à cette ouverture. « On a tous une santé mentale dont il faut s’occuper », rappelle le psychiatre. « L’espoir, c’est que ce sujet devienne normal, accepté, et non plus un tabou. »
Pour cette génération ultra-connectée mais parfois isolée, la meilleure prévention reste le lien humain — celui qui répare, qui écoute, qui relie.
(1) Bulletin de Santé publique France, octobre 2025 ; Synthèse “Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer”, Santé publique France 2025.
(2) L’événement « Santé mentale des jeunes : de l’urgence à l’action » a été organisé le 10 octobre 2025 par le ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, en partenariat avec la MGEN et le Service d’Information du Gouvernement, dans le cadre de la Grande Cause nationale 2025.
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