Passage à la retraite : comment s’y préparer psychologiquement ?

Publié le

Angélique Pineau-Hamaguchi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Passage à la retraite : comment s’y préparer psychologiquement ?
© Getty Images

Sommaire

La transition de la vie active à la retraite est une étape clé, qui suscite souvent de l’appréhension. D’où l’intérêt de l’anticiper pour avoir le temps de s’interroger sur ses envies et ses projets. Les conseils de la psychologue Anasthasia Blanché.

Passage à la retraite : comment s’y préparer psychologiquement ?
© portrait : DR

Passer d’une vie de salarié ou d’entrepreneur bien remplie à celle de retraité a de quoi faire peur. Pour bien vivre ce cap important et éviter de le subir, il est essentiel de réfléchir en amont à sa nouvelle vie.

L’occasion de redéfinir son identité et de bâtir de nouveaux projets, nous explique Anasthasia Blanché (1), psychologue et psychanalyste, spécialiste de la retraite et des transitions.

 

La retraite : une « troisième adolescence »

Le passage à la retraite n’est pas un moment attendu par tous, il peut être redouté aussi. Pourquoi ?

Anasthasia Blanché : Pour certains, la retraite est vécue comme une libération vis-à-vis du monde professionnel. Ils se disent : « Vivement le départ, je n’en peux plus ». Mais pour d’autres, c’est plutôt : « Quelle angoisse, qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? ».

Lorsqu’on n’est plus défini par son travail, on peut se sentir moins important, moins indispensable. Le téléphone ne sonne plus aussi souvent qu’avant, on ne reçoit plus autant de mails… Quelque chose qui remplissait notre vie depuis très longtemps disparaît brutalement et cela crée un vide. Viennent alors des questions existentielles : « Qui vais-je être maintenant ? Et quelle sera ma place dans la société ? En quoi vais-je être utile ? »

Comment définiriez-vous la retraite ?

A.B. : Ce n’est pas un simple changement de statut ou une rupture dans le rythme de vie. C’est une véritable transition, un repositionnement. Il y a tout un remaniement de l’identité qui s’opère. Il faut faire le deuil de sa vie passée.

J’évoque souvent le terme de « troisième adolescence » pour parler de la retraite. Cette période suscite des questions aussi profondes que celles que l’on se pose à l’adolescence ou encore au milieu de la vie, lors de la fameuse « crise de la quarantaine ». Cela touche à la fois au corps qui change (pour les retraités, c’est le corps qui s’abîme et les maladies qui arrivent), mais également au psychisme (quel homme ou quelle femme être désormais ?).

En réalité, il faut voir cette étape de la retraite comme une opportunité. Celle d’ouvrir de nouveaux horizons, d’avoir de nouvelles activités. C’est l’occasion de « re-traiter » sa vie en quelque sorte.

Les retraités classés parmi les « inactifs »

Le mot « retraite » en lui-même n’est-il pas trop négatif ?

A.B. : Il est beaucoup plus positif dans d’autres langues, comme en espagnol : la « jubilación ». En français, le terme évoque à la fois une défaite militaire (la retraite de Russie) et, au sens religieux, le fait de se retirer du reste de la société (la retraite dans un monastère), qui est comme une « mort au monde ». Donc ce n’est pas très réjouissant.

La retraite est un mot-valise qui recouvre des sens multiples. Il signifie à la fois la fin de l’activité (je passe à la retraite), la transition vers une nouvelle identité (je ne suis plus salarié) et l’entrée dans le vieillissement. Elle nous rapproche de la fin de la vie, ce qui n’est pas sans créer des inquiétudes et des angoisses.

On appartient désormais à un nouveau groupe social que l’on appelle « les retraités ». D’ailleurs, l’Insee classe ces derniers parmi les inactifs. Une expression loin d’être neutre. Pourtant, on sait à quel point certains d’entre eux sont très occupés !

Les bonnes questions à se poser

Pour mieux vivre ce tournant de la retraite, est-il nécessaire de s’y préparer très en amont ?

A.B. : Plus on l’anticipe, mieux c’est. L’idéal est de commencer au moins un an avant la date fatidique du départ à la retraite. Ce qui permet de prendre le temps de se questionner sur ce que l’on veut faire de sa vie, sur le sens qu’on souhaite lui donner, en faisant le point sur ce qu’on a aimé ou non jusque-là. L’idée n’est pas d’avoir toutes les réponses immédiatement ni de façon précise, d’autant plus qu’elles vont sans doute évoluer au fil des années. Les stages de préparation à la retraite peuvent d’ailleurs aider à trouver sa voie.

En moyenne, on a encore un quart de siècle à vivre. Donc cela vaut le coût de se poser et de réfléchir à un vrai projet de vie, avec son conjoint si l’on est en couple. Comment imagine-t-on cette vie à deux ? Souhaite-t-on rester vivre ici ou bien déménager ? Envisage-t-on d’avoir des activités communes ou bien chacun les siennes ? Et lesquelles nous feraient vraiment plaisir ?

D’ailleurs, certains couples volent en éclat au début de la retraite. Car ce qui les tenait ensemble, c’était une certaine routine, entre les enfants et la vie professionnelle. Dorénavant, ils se retrouvent tous les deux entre 4 murs, 24 heures sur 24. Et des problèmes qui n’ont pas été résolus avant peuvent réémerger.

Est-il judicieux de s’interroger sur son rapport au travail également ?

A.B. : C’est peut-être même la première question à se poser : quelle place prend le travail dans ma vie ? Est-il tout pour moi ou bien ai-je déjà d’autres occupations par ailleurs ? Et comment convertir l’énergie qui va être libérée en d’autres centres d’intérêt ?

Avoir des rituels pour rythmer son temps

Une fois à la retraite, le fait de ne plus avoir de contraintes peut-il être déstabilisant ?

A.B. : Tout à fait, aussi curieux que cela puisse paraître. Quand on y réfléchit bien, jusque-là le temps a toujours été défini et imposé par d’autres. Dans l’enfance, c’est par l’école et les parents. À l’âge adulte, c’est par le travail. Et brusquement, s’ouvre une énorme plage de temps libre qu’il va falloir apprendre à apprivoiser. Et je comprends que cela puisse faire très peur.

Les quatre ou cinq premiers mois de la retraite sont souvent vécus comme une grande liberté, comme des grandes vacances. Et puis cela devient vite « la grande vacance », c’est-à-dire le vide. Au bout d’un moment, on a besoin de structurer notre temps. Avant, c’était l’activité professionnelle et la vie de famille qui le rythmaient. Maintenant, il faut le construire soi-même. Plus personne ne vous demande des comptes.

Alors comment garder l’envie de se lever le matin ?

A.B. : Sans que ce ne devienne un principe trop rigide, je conseille de se trouver une raison de sortir dans la journée, pour voir quelqu’un ou faire quelque chose. Petit à petit, il est essentiel de mettre en place une sorte de routine, des rituels. Sinon, le risque, c’est de ne plus bouger et de rester toute la journée devant la télévision, et ainsi de se retrouver isolé. Lorsqu’elle est subie, la solitude est très difficile à vivre et peut conduire à la dépression.

D’autant plus que, lorsqu’on avance en âge, les risques de maladie et de dépendance augmentent. Donc il vaut mieux ne pas être seul(e).

Ne pas trop remplir son agenda

Le risque, à l’inverse, n’est-il pas de trop « occuper » ce nouveau temps libre ?

A.B. : En effet, il faut faire la différence entre des activités qui nous nourrissent, dans lesquelles on s’accomplit, et l’occupationnel qui ne sert qu’à remplir l’agenda. Dans ce dernier cas, on essaie de se sentir vivant en étant en mouvement, mais en réalité c’est une fuite en avant. D’ailleurs, on entend parfois des retraités dire « je suis débordé(e) », ce qui peut vite devenir insupportable pour leur entourage.

Il y a deux façons extrêmes de vivre la retraite : le vide (je ne fais rien, je ne vaux rien et je tombe dans la dépression) et le super remplissage d’agenda (je m’agite, je tourne comme une toupie, mais je n’avance pas). Il faut éviter de tomber dans l’un ou l’autre, même si j’ai conscience que c’est difficile.

En conclusion, il est nécessaire de redéfinir son rapport à l'espace, au temps et aux autres pour réinventer sa nouvelle vie.

* Auteure de La retraite, une nouvelle vie. Une odyssée personnelle et collective, publié aux éditions Odile Jacob en 2014.

Rédigé par

  • Angélique Pineau-Hamaguchi

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les questions de société et les enjeux sociétaux de la santé.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi