Conditions de travail : l’intensité du travail baisse pour la première fois en France

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Philippe Chibani-Jacquot

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Conditions de travail : l’intensité du travail baisse pour la première fois en France
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L’intensité du travail diminue globalement en France, mais la situation varie fortement selon les catégories professionnelles. C’est l’un des premiers enseignements de l’enquête Conditions de travail et Risques psychosociaux, menée auprès de 25 000 actifs en 2024 et 2025.

L’essentiel

  • L’intensité du travail baisse pour la première fois depuis les années 1980.
  • Les cadres bénéficient davantage de cette amélioration que les employés.
  • Les femmes restent plus exposées à certains risques psychosociaux.

C’est inédit. L’intensité du travail a diminué pour la première fois depuis les années 1980. Cette baisse a été mesurée dans le cadre de l’enquête Conditions de travail et Risques psychosociaux1, publiée le 9 septembre 2026 par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail.

Deux indicateurs permettent notamment de mesurer cette diminution de l’intensité du travail :

  • L’exposition aux contraintes de rythme (cadences de production automatisées, dépendance immédiate vis-à-vis d’un collègue, contrôle et suivi automatisés du travail…). Selon la Dares, la part des salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme est passée de 43 % à 38 % entre 2016 et 2024.
  • L’exposition à la pression temporelle (devoir fréquemment interrompre une tâche pour répondre à une nouvelle demande, quantité excessive de travail, travail sous pression…). En 2024, 28 % des salariés disaient travailler sous pression, soit une baisse de 3 points en huit ans.

Chez les cadres, un effet favorable du télétravail ?

L’accès au télétravail reste très inégal selon les catégories professionnelles. Alors que 75 % des salariés déclarent ne jamais télétravailler, deux tiers des cadres y ont recours. Or, « on observe une baisse de l’intensité du travail, là où le télétravail s’est développé », souligne Fabien Guggemos, de la sous-direction Salaires, travail et relations professionnelles de la Dares.

L’étude montre également que les cadres ayant « une forte pratique » du télétravail voient leur exposition aux risques psychosociaux diminuer plus nettement que les autres cadres.

Les femmes restent plus touchées par certains risques psychosociaux

D’autres indicateurs évoluent favorablement, comme l’autonomie au travail et les relations hiérarchiques. Les contraintes physiques, quant à elles, sont restées stables depuis 2016. Mais cette dynamique globalement positive masque des réalités très contrastées.

Certaines catégories voient même leur situation se dégrader. C’est particulièrement le cas des employés non qualifiés, qui disposent de moins d’autonomie au travail et subissent davantage de pression en 2024 qu’en 2016.

Autre exemple, l’indicateur des exigences émotionnelles, lié notamment au contact avec le public ou à des situations de détresse, s’améliore.  Mais les femmes y restent beaucoup plus exposées que les hommes. « Faire face aux comportements hostiles (du public) concernent plus les femmes que les hommes, relève Cécile Girault, coautrice de l’enquête. Globalement, les dégradations que l’on voit chez les employés les touchent plus car cette catégorie socio-professionnelle couvre des métiers majoritairement féminins ».

Qu’en est-il de la santé psychologique des salariés ?

La tonalité plutôt positive de ces premiers résultats peut sembler en décalage avec les nombreux sondages et études de cabinets spécialisés faisant état d’une dégradation de la santé mentale des salariés. Fabien Guggemos tempère ce décalage : « On observe des améliorations d’un côté et des dégradations de l’autre. Et surtout il faut noter que la part des personnes qui pensent qu’elles ne pourront pas faire le même travail jusqu’à la retraite est plus élevé qu’il y a dix ans ».

Cette enquête de la Dares est encore loin d’avoir livré tous ses enseignements. Son exploitation va se poursuivre dans les prochains mois et les prochaines années. Elle permettra notamment de mieux caractériser l’évolution des conditions de travail et des risques psychosociaux selon les catégories professionnelles et les secteurs d’activité.

1. L’enquête « Conditions de travail et risques psychosociaux » (CT-RPS) est réalisée tous les trois à six ans. Elle interroge environ 25 000 actifs en emploi à leur domicile (salariés, travailleurs indépendants) et fait état de leur ressenti vis-à-vis du travail. Les entretiens de l’édition publiée en septembre 2026 ont été réalisés en 2024 et 2025. 

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