Entreprises : quand agir pour la santé devient stratégique

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Philippe Chibani-Jacquot

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Entreprises : quand agir pour la santé devient stratégique
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Prévenir les risques professionnels, mais aussi agir sur l’organisation du travail, le management ou les modes de vie : l’entreprise dispose de nombreux leviers pour préserver la santé des salariés. Lors de l’Université d’été de l’économie de demain 2026, des dirigeants ont partagé leur vision du sujet.

L’essentiel

  • Un salarié sur quatre travaille avec une maladie chronique.
  • Organisation et management constituent des leviers de prévention.
  • La santé devient une clédes décisions stratégiques de l’entreprise.

La santé, ce n’est pas que les soins. « Si nous avons triplé notre espérance de vie en deux siècles, c’est aussi par l’amélioration de l'alimentation, de l'hygiène, des logements ou encore des conditions de travail », explique Lionel Fournier, directeur Impact et santé durable d’Harmonie Mutuelle, lors de l’Université d’été de l’économie de demain, organisée par le mouvement Impact France, le 28 août 2026.

Face à l'augmentation des maladies chroniques et au vieillissement de la population, le seul développement de l'accès aux soins ne suffira pas à répondre aux besoins futurs. L’entreprise a un rôle à jouer. L'enjeu est d'autant plus important qu'une partie de ces problèmes de santé se retrouve dans ses murs : arrêts de travail, sédentarité, santé mentale… Selon les statistiques publiques, au moins un salarié sur quatre travaille avec une maladie chronique aujourd’hui.

Agir d'abord sur le travail et son organisation

« Mon entreprise met- elle en place les conditions favorables à une bonne santé des salariés ? » interroge Lionel Fournier. C’est en répondant à cette question qu’elle pourra devenir ce qu’il désigne comme une « entreprise productrice de santé ».

Une telle approche commence par la prévention des risques professionnels. Accidents du travail, troubles musculosquelettiques ou risques psychosociaux restent directement liés aux situations de travail. Mais elle va plus loin : il s'agit de considérer la santé dans les choix d'organisation et de management.

Chez Acorus, entreprise spécialisée dans la rénovation des bâtiments, la santé est un enjeu à plusieurs égards. « Nous devons penser à la santé et à la sécurité sur les chantiers, mais aussi à celle des habitants dont nous améliorons le cadre de vie », explique Eric du Passage, directeur du Développement durable. Cette entreprise de 2 000 salariés a cherché à réduire une accidentologie supérieure à la moyenne du bâtiment. Plutôt que de renforcer uniquement les règles et les sanctions, elle a développé des temps d'échange en équipe, pour réduire les situations délicates. « Le technicien est celui qui sait quels risques il prend », assure-t-il. À partir d’un principe simple, « tu veilles sur moi, je veille sur toi », Acorus indique avoir réduit son accidentologie de 20 %.

Elle a également expérimenté puis déployé la semaine de quatre jours auprès de 1 300 collaborateurs. « Le télétravail était une grande réussite des "cols blancs", mais les "cols bleus" se sentaient perdants », explique Eric du Passage. L’opportunité de fonctionner sur quatre jours de travail par semaine s'est accompagnée d'une baisse de l'absentéisme court, du turn-over et « d’une hausse de la productivité de 0,2 point », se réjouit le cadre-dirigeant.

Dépister plus tôt et accompagner les fragilités

L'entreprise peut également devenir un lieu de prévention en facilitant l'accès au dépistage et à l'information en santé. Le laboratoire pharmaceutique Sanofi France (20 000 salariés) est passé par un accord d’entreprise pour traiter des risques psychosociaux (RPS). Psychologues de proximité, baromètre annuel de santé mentale, formation des managers et des partenaires sociaux… « Notre objectif était que les RPS soient considérés au même titre que le risque physique dans nos locaux », explique Aadil Bezza, vice-président de Sanofi France en charge des ressources humaines.

La même logique s'applique aux événements de vie susceptibles de fragiliser les salariés. Sanofi a ainsi développé des dispositifs pour les aidants et pour les salariés confrontés une maladie grave comme le cancer. L'enjeu est notamment de former les managers afin qu'ils puissent adapter les situations de travail et favoriser le maintien en emploi.

Faire de la santé un critère de décision

Une entreprise « productrice de santé » se demande systématiquement quel sera l'impact de ses décisions sur la santé : nouvelle organisation, pratiques managériales, aménagement des locaux, horaires, outils numériques ou transformation des métiers.

Cette responsabilité pourrait encore s'élargir avec le changement climatique. Selon une portant sur sept ans, « l’inaction face au dérèglement climatique pourrait conduire à 5 % de dépenses de santé supplémentaires et 18 % d’arrêts de travail en plus », explique Lionel Fournier, directeur Impact et santé durable.

Lors d'une canicule extrême, par exemple, les locaux climatisés, parkings souterrains ou autres bâtiments privés pourraient devenir des lieux refuges pour les salariés, leur famille, voire les habitants du territoire.

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