Pourquoi les entreprises décident-elles d’investir dans la santé au travail ?

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Philippe Chibani-Jacquot

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Pourquoi les entreprises décident-elles d’investir dans la santé au travail ?
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Dans le sport comme dans l’entreprise, la performance se construit dans la durée. Santé, récupération, collectif : deux champions et deux dirigeants réunis à la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) livrent leurs clés pour performer sans s’épuiser.

Faut-il souffrir pour performer ? Lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), organisée par le Medef les 26 et 27 août 2026, deux grands sportifs et deux dirigeants d’entreprise ont partagé leurs expériences autour de cette question. Une vision commune a émergé entre Estelle Mossely, championne olympique de boxe à Rio, Camille Lacourt, quintuple champion du monde de natation, Catherine Touvrey, directrice générale d’Harmonie Mutuelle, et Guillaume d'Ayguesvives, fondateur de Moka.care, une entreprise qui accompagne les entreprises pour préserver la santé mentale des salariés. Dans le sport comme dans l’entreprise, la performance durable suppose de préserver sa santé.

Catherine Touvrey voit d’ailleurs une évolution favorable dans la manière dont les entreprises abordent la santé des salariés : « Elles passent progressivement d’une vision de la santé perçue comme une charge à une logique d’activation de leur capital santé. » Autrement dit, de plus en plus d’entreprise décident d’investir dans la prévention car elle est un facteur de mieux-être des salariés et donc de performance.

Investir dans la santé pour réduire l’absentéisme et attirer les salariés

Cette évolution positive des entreprises devra toutefois se généraliser car les constats sont préoccupants. L’absentéisme reste à des niveaux élevés depuis la crise du Covid, avec une multiplication des arrêts de travail courts et un poids de plus en plus important des arrêts de longue durée. « 40 % des arrêts longs ont pour première cause des troubles psychologiques », rappelle Guillaume D’Ayguesvives, dont le métier est d’outiller les entreprises pour prévenir une dégradation de la santé mentale des équipes. 

Un taux d’absentéisme élevé perturbe l’activité d’une entreprise : difficultés à remplacer les salariés absents, temps consacré à l’intégration et à la formation des nouveaux venus. « La santé est un investissement gagnant parce que c’est un espoir de maîtriser l’absentéisme et surtout un formidable facteur d’attractivité », explique la dirigeante.

Selon un sondage publié fin 2025 par Harmonie Mutuelle, 80 % des salariés souhaitent que l’activité physique se développe en entreprise. Et « 85 % des salariés attendent des actions pour la santé mentale », ajoute le dirigeant de Moka.care.

Santé et performance au travail : créer les conditions pour durer 

Le sport de haut niveau montre qu’une performance ne se construit jamais seul. « Derrière un résultat visible pendant quelques instants, comme une médaille olympique, se cachent des années de travail », rappelle la boxeuse Estelle Mossely. « Cela nécessite une équipe fiable, une capacité à se remettre en question. La santé mentale est fondamentale pour durer le plus longtemps possible. »

Le nageur Camille Lacourt ajoute l’importance de donner du sens à son activité. « Dans le sport, il faut savoir pourquoi on est là, afin de rester motivé. Dans l’entreprise aussi. C’est essentiel de savoir dire “pourquoi on fait tout ça” à une jeune génération qui se définit beaucoup moins par le travail qu’auparavant. »

Savoir récupérer fait partie du travail

Le sport de haut niveau fournit une autre leçon : travailler davantage ne signifie pas toujours progresser davantage. Dans la natation de haut niveau, Camille Lacourt rappelle que la règle est la même pour tous : « Au-delà de sept heures dans les bassins ou en salle, c’est du surentraînement et on est moins efficace. » Et pourtant, chacun veut être le meilleur.

La solution consiste alors à « travailler intelligemment » : améliorer ses méthodes, coopérer, prendre conseil, déléguer. Et accepter de récupérer. « Travailler intelligemment, c’est aussi prendre le temps du repos. C’est très compliqué à mettre en place, mais c’est primordial », souligne le nageur. Il fait le parallèle avec l’impératif de déconnexion dans l’entreprise, qui s’impose aussi au dirigeant, « pour revenir en forme et motivé le lundi matin ».

Le parallèle vaut-il pour la souffrance qui accompagne les sportifs de haut niveau ? « Il y a une culture de l’effort dans le travail, pas de la souffrance », relève Catherine Touvrey. Estelle Mossely précise que, dans le sport, « la souffrance fait partie de l’effort, c’est vrai. Mais elle doit être planifiée, acceptée et temporaire. Si elle est permanente, c’est l’échec assuré. »

La santé au travail, un sujet pour les dirigeants

Pour devenir réellement stratégique, la santé ne peut pas rester uniquement un sujet porté par les RH. « Je ne crois pas dans une entreprise où tout irait bien pour les salariés comme pour les dirigeants si la santé n’est pas un sujet pour la direction », affirme Catherine Touvrey.

L’implication des dirigeants peut prendre des formes très concrètes. Chez Harmonie Mutuelle, l’ensemble du comité de direction s’est ainsi formé aux premiers secours en santé mentale. L’objectif : mieux identifier les signes de difficulté chez les autres et « développer une culture du feedback2, propice à l’amélioration de la performance », relève la dirigeante.

Et si le sujet est stratégique, il doit s’insérer dans le quotidien de l’activité. Par exemple, lutter contre la sédentarité en évitant d’enchaîner les visioconférences sans pause. Ou encore proposer des actions de vaccination et de dépistage en entreprise. L’intérêt de ces dispositifs tient aussi à leur simplicité : ils rapprochent la prévention des salariés et facilitent le passage à l’action.

  1. La conférence Faut-il souffrir pour être performant a eu lieu à l’initiative d’Harmonie Mutuelle lors du salon Medef Paris, REF 2026.

  2. La culture du feedback consiste à instituer l’habitude, au sein d’une organisation, de partager les retours d’expérience qu’ils soient positifs ou correctifs. Ce partage continu vise à faire progresser collectivement la conduite de l’activité.

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