QVCT : un levier pour attirer et fidéliser les salariés

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Céline Chaudeau

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

QVCT : un levier pour attirer et fidéliser les salariés
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Ce sont quatre lettres qui peuvent faire la différence. La Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) permet aujourd’hui de mesurer et d’améliorer le bien-être en entreprise. Au-delà d’une question de santé, c’est aussi un enjeu majeur pour les entreprises souhaitant attirer et retenir des talents.

L'ESSENTIEL

  • La QVCT désigne la Qualité de Vie et des Conditions de Travail.
  • Selon une étude, 21 % des salariés considèrent que le travail est la première cause de dégradation de leur santé mentale.
  • Une mauvaise QVCT peut pousser des salariés à la démission.
  • Selon d’autres indices, une mauvaise QVCT nuit à l’attractivité d’une entreprise.
  • Mais des ressources existent pour s’emparer de cet enjeu de société de façon collective et collaborative.

Qu’est-ce que la QVCT ?

C’est une petite lettre en plus qui fait toute la différence. « Désormais la QVCT remplace la QVT, précise d’emblée Dominique Lhuilier, professeure émérite en psychologie du travail au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers). La QVT, qui désignait la Qualité de Vie au Travail, pouvait recouvrir une attention portée à l'ambiance, à la conception des espaces de travail. Mais dans le fond, ce qui va être déterminant pour la santé, c’est bien ce « C » en plus, c’est-à-dire la question des Conditions de travail et de son organisation. »

Sur le sujet, les chiffres sont têtus et pas toujours très encourageants. Début 2026, Camy Puech, fondateur du cabinet Qualisocial, dévoilait ainsi son dernier Baromètre Santé mentale & QVCT1. « En 2026, 22 % des travailleurs répondent être en mauvaise ou en très mauvaise santé mentale, soit 6 millions de personnes, résume cet observateur. C’est une amélioration de 3 % par rapport à 2025. Mais en 2019, c’était 4,6 millions de travailleurs. »

Comment améliorer la qualité de vie au travail ?

Comment faire mieux ? Sans surprise, les dirigeants et managers sont en première ligne sur le sujet. « Je pense que cela passe fondamentalement par une connaissance du travail réel, explique Dominique Lhuilier. Pour bien connaître les conditions et l’organisation du travail au service de la QVCT, il faut d’abord connaître ce qui existe. Le travail réel ne correspond jamais exactement au travail prescrit. Et cela suppose aussi de tenir compte de certains indicateurs qui permettent de repérer des améliorations possibles, comme les accidents du travail, l’absentéisme et le turnover, c’est-à-dire l’absence de fidélisation de ses salariés. »

Selon le Baromètre Santé mentale & QVCT 2026, 47 % des sondés citent leur environnement professionnel dans le top 3 des éléments qui impactent leur santé mentale. 21 % considèrent même que le travail est la première cause de dégradation de leur santé mentale. « Il peut s’agir de conditions de travail difficiles liées à la charge, au rythme, au manque de reconnaissance ou au manque de moyens, commente Clémentine Treppoz, psychologue et experte QVCT chez Qualisocial. Mais les sondés vont parler également des relations tendues au travail, que ce soit avec la hiérarchie ou avec les collègues. »

Pour y remédier, Dominique Lhuilier plaide pour de vrais changements managériaux. « Je pense qu’il faut par exemple revoir les modalités d'animation des réunions d’équipe et éviter les réunions d’information « descendantes » où on réunit l'équipe non pas pour l’écouter mais juste pour transmettre des informations. Il faut mener une réflexion collective sur comment mieux travailler ensemble, pour le bénéfice de tous. Et cela suppose que l’on prenne le temps de discuter du travail en associant les principaux intéressés à la réflexion qui les concerne. »

La QVCT permet-elle de fidéliser les salariés ?

Il est urgent de s’intéresser à la question de la fidélisation des salariés en lien avec la QVCT à la fois pour le bien-être de ses équipes et de la santé de son entreprise. En effet, une mauvaise QVCT entraîne des risques de départ. Selon une autre étude récente2, les trois principaux éléments qui amèneraient les salariés français à quitter leur entreprise en 2026 seraient une rémunération insuffisante (31 %), un manque de sens du travail (28 %) et un mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (27 %).

Parmi ces éléments, Dominique Lhuilier pointe l’importance du sens du travail, toutes générations confondues. « Avoir une place dans le monde du travail, ce n’est pas occuper n’importe quelle place, commente cette experte. Ce n'est pas avoir un siège éjectable mais sentir que l’on peut apporter une contribution personnelle au service d’objectifs communs. » Cet aspect, fondamental pour le salarié, profite aussi à la qualité du travail et donc à l’entreprise. « Car finalement, c’est positif sur le plan de la reconnaissance et de l’identité professionnelle. C’est sécurisant et cela donne envie de rester dans l’entreprise. »

Quel est le lien entre QVCT et attractivité employeur ?

Pour mesurer les risques encourus par l’entreprise, Camy Puech convoque l’eNPS (Employee Net Promoter Score). Il explique que cet indice mesure la future prédisposition d'un individu « à recommander son employeur », explique-t-il. Or les travailleurs en très mauvaise santé mentale se déclarent à 32 % moins engagés. « Ils valorisent aussi moins leur marque employeur, avec un eNPS inférieur à 45 %. »

Sans surprise, les secteurs où la pénibilité du travail est très forte sont ceux qui ont le plus de mal à recruter. « C’est ce qui a amené certaines entreprises dans la restauration à prendre des mesures pour revoir leur organisation et éviter des amplitudes horaires trop importantes par exemple », note Dominique Lhuilier.

Mais une mauvaise réputation en termes de QVCT peut coûter cher à n’importe quelle entreprise. « Aujourd’hui, il y a des sites de notation des sociétés avec des commentaires d’ex-salariés. Certains commentaires peuvent émaner d’ex-salariés dépités, mais ce bouche à oreille fonctionne et joue sur l’image. »

Comment mettre en place une démarche QVCT ?

Selon Qualisocial, un gain de 10 points de QVCT ferait gagner 7 points de performance durable et 4 points de santé mentale. Dès lors, par où commencer ?

Dominique Lhuilier invite déjà les entreprises à se rapprocher de l’Anact, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail3, pour profiter de formations et de nombreuses ressources gratuites. « Les petites entreprises et PME ne peuvent pas s'offrir des postes de « responsables QVTC ». Or, c’est l'immense majorité des entreprises. En plus, quand ils existent, ce sont des postes plus fonctionnels qu’opérationnels. Or l’organisation et les conditions de travail dépendent des opérationnels, donc des managers en position d’encadrement. »

« Il faut travailler sur la QVCT au sens de la définition de l’Anact, abonde Camy Puech. C’est là où on aura le plus de résultats. » Selon ce spécialiste, cette démarche permet un accompagnement à long terme pour faire évoluer la culture d'entreprise, la pratique managériale et le dialogue entre les personnes. « Tout cela se fait collectivement. La santé mentale, ça n'est pas un sujet qui est décidé par une direction et appliquée. C’est un enjeu de société et un travail collaboratif et collectif. »

(1) Présentation des résultats du Baromètre Santé mentale & QVCT 2026.
(2) Étude « Dans la tête des salariés français », Great Place to Work, 2026.
(3) L'Anact est composée d’un siège à Lyon et de 16 agences régionales (les Aract) qui impulsent des projets en faveur de la qualité de vie et des conditions de travail.
 

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