Comment les entreprises peuvent se mobiliser pour une meilleure santé mentale au travail

Publié le

Céline Chaudeau

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Comment les entreprises peuvent se mobiliser pour une meilleure santé mentale au travail
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La première Charte d’engagement pour la santé mentale au travail a été présentée lors de la 7ᵉ édition de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), fin août. Avec une ambition : faire du bien-être des salariés une priorité, mais aussi un levier de performance durable.

L’essentiel :

  • Un salarié sur quatre se déclare en mauvaise santé mentale.
  • Pour une entreprise, cela signifierait jusqu’à 7,5 % de productivité perdue.
  • Pour y remédier, le gouvernement lance la première Charte d’engagement pour la santé mentale au travail.
  • D’autres actions de prévention et une meilleure QVTC engendrent aussi des effets bénéfiques.
  • Mais les dirigeants doivent également s’emparer du sujet, pour les autres et pour eux-mêmes.

« En cardiologie, on parle d’hypertension ou d’infarctus. Un diabétologue parle du diabète. Mais dire qu’il y a des déprimés en entreprise, qu’il y a des anxieux, qu’il y a des alcooliques, qu’il y a des schizophrènes, ce ne serait pas poli ! ». La boutade est lancée par Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard pendant une table-ronde organisée à la dernière REF (Rencontre des Entrepreneurs de France), le 27 août 2025. Sujet de la discussion : « Santé mentale, un levier de performance durable ». Mais encore faut-il pouvoir prononcer certains mots…

Trop longtemps, l’entreprise n’aurait-elle pas occulté certains maux ? Le médecin note qu’elle a trop souvent privilégié des notions plus vagues comme le « bien-être » ou le « mal-être » au travail. Pourtant, la réalité est plus alarmante. « Un salarié sur quatre se déclare en mauvaise santé mentale », pointe Camy Puech, président-fondateur du cabinet Qualisocial, spécialisé dans l'accompagnement des entreprises sur ces questions. Et aucun secteur n’est épargné.

slide secteurs d’activité touchés par une santé mentale dégradée
© Qualisocial

Le monde de l’entreprise devrait s’en alarmer : selon l’OMS, la santé mentale désigne en effet un état de bien-être mental « qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre » mais aussi « de bien travailler et de contribuer à la vie de la communauté ».

Venu présenter le Baromètre 2025 « Santé mentale et QVCT », Camy Puech dresse un constat inquiétant. « Si on fait la moyenne des indicateurs de productivité, en moyenne, cela représente 30 % de productivité et de création de valeur en moins chez un individu qui est en mauvaise santé mentale. » Et si 1 salarié sur 4 est concerné, une mauvaise santé mentale engendrerait alors 7,5 % de productivité perdue…

Une Charte et des leviers d’action possibles

Pour améliorer la santé mentale, désignée « Grande cause nationale 2025 », le gouvernement a lancé une Charte d’engagement pour promouvoir la santé mentale en entreprise. L’initiative, portée par l’Alliance pour la santé mentale (1), a été présentée à l’occasion de la 7ᵉ édition de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF).

« Avec un petit groupe d’experts et des dirigeants d'entreprise, nous avons travaillé sur ce sujet pour élaborer cette charte », explique Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la Santé mentale. Concrètement, ce texte fixe aux entreprises quatre engagements en matière de prévention et d’accompagnement :

• Sensibiliser ses salariés pour démystifier le sujet de la santé mentale ;
• Mettre en place un cadre favorable au développement du dialogue sur la prévention, la qualité de vie, l’organisation et les conditions de travail ;
• Favoriser l’amélioration continue des conditions de travail ;
• Et accompagner les situations individuelles, en déployant notamment des actions de sensibilisation et de formations comme le secourisme en santé mentale.

En devenant signataires, les entreprises partenaires devront mettre en œuvre des actions précises dans un délai de trois ans. « La santé mentale, ce n’est plus un tabou, mais ce n’est plus non plus une option », conclut l’intervenante.

Des effets bénéfiques pour les salariés comme pour les organisations

Qu’elles signent la Charte ou pas, les entreprises peuvent intervenir sur au moins trois niveaux. La prévention « primaire » permet d’anticiper les risques psychosociaux pour limiter leur apparition. La prévention « secondaire » consiste à sensibiliser ses salariés aux risques psychosociaux pour limiter leurs effets. La prévention « tertiaire », enfin, vise à accompagner les salariés en situation de santé mentale dégradée.

« 83 % des salariés bénéficiant d’un plan de prévention complet estiment que cela a permis une amélioration de la santé mentale », observe Camy Puech. Les sondés évoquent aussi des changements qui profitent à l’entreprise comme une meilleure concentration (+16 %) ou plus d’énergie au travail (+23 %).

Autre stratégie gagnante possible : le management de la QVCT (la Qualité de vie et des conditions de travail). Les trois piliers identifiés dans le dernier baromètre Qualisocial sont la santé et la sécurité au travail, les relations et l'ambiance de travail, puis l’organisation du travail et les tâches au quotidien. « Les salariés bénéficiant d'une bonne QVCT dans leur organisation sont en meilleure santé mentale (+64 %) et plus engagés au travail (+45 %), note l’expert. L’entreprise peut agir. Et j’ai envie d’aller un petit peu plus loin : l’entreprise a intérêt à agir car il en va de ses enjeux stratégiques. »

slide sur les salariés bénéficiant d'une bonne QVCT dans leur organisation
© Qualisocial

Le rôle et la responsabilité du dirigeant

À charge maintenant pour les dirigeants de s’emparer du sujet, pour les autres autant que pour eux-mêmes. Selon une étude de l’Institut Choiseul sur la santé mentale des chefs d’entreprise, 75 % des dirigeants seraient stressés. Caroline Poissonnier, directrice générale du groupe Baudelet (2), a été de ceux-là. « Je prends la parole aujourd’hui car j’ai vécu cette perte de joie de vivre et d’envie », témoignait-elle aussi lors de la dernière REF. 

Après avoir traversé une période difficile, avoir pris soin d’elle et s’être soignée, cette directrice d'ETI (entreprise de taille intermédiaire) a fait du bien-être une priorité pour elle-même et son entreprise. Elle a aussi lancé le mouvement #Leaderkiff sur les réseaux pour cultiver la joie de vivre et d’entreprendre. « Ce que je veux dire aux dirigeants, c’est n’attendez pas. Prenez soin de vous quand vous êtes en bonne santé. N’attendez pas le burn-out, n’attendez pas d’être malade. »

« On n’a pas beaucoup de chiffres sur la santé mentale et la prévalence des troubles mentaux chez les chefs d’entreprise », abonde le professeur Michel Lejoyeux. Le médecin déplore que la maladie mentale soit encore perçue comme une faiblesse. « On aura réussi, nous les professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale, le jour où un dirigeant pourra dire qu’il a fait une dépression et qu’il l’a soignée, comme on pourrait dire qu’il est tombé au ski, qu’il a eu un plâtre, et qu’il est reparti… » 

(1) Fondée en janvier 2024, l’Alliance pour la Santé Mentale s’engage à promouvoir une approche inclusive de la santé mentale, considérée comme une composante essentielle de notre bien-être global. Elle co-anime le collectif « Santé mentale Grande Cause Nationale 2025 » aux côtés de Santé mentale France.

(2) Basé à Blaringhem, dans le Nord, Baudelet est un groupe de collecte, de traitement et de valorisation des déchets (700 salariés, 175 M€ de CA en 2023).

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