Les dangers du téléphone portable en entreprise

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Céline Chaudeau

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Les dangers du téléphone portable en entreprise
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Fatigue, stress ou manque d’attention : les effets d’un usage excessif du téléphone portable sont variés. Le smartphone, devenu indispensable à notre quotidien, présente des risques pour la productivité au travail et pour la santé de chacun en général. D’où la nécessité de s’informer sur le sujet, et de prendre certaines mesures.

L’essentiel

  • 57 % des adultes reconnaissent un usage compulsif de leur smartphone.
  • Quand le cerveau est sursollicité ou interrompu, nos capacités d’attention sont altérées.
  • 96 % des dirigeants se disent préoccupés par les impacts de l’usage excessif des smartphones personnels au sein de leurs organisations.
  • Il est possible d’encadrer l’usage du téléphone portable dans le règlement intérieur.
  • Mais il est surtout urgent de s’informer et d’adopter de bonnes pratiques pour sa santé.

Quels sont les risques identifiés en entreprise ?

C’est une tendance de fond et une source d’inquiétude au travail. Selon une récente étude (1), 57 % des adultes reconnaissent un usage compulsif de leur smartphone, dont 38 % un usage proche de l’addiction. « Nous sommes tous témoins et souvent prisonniers de nos smartphones, confirme Nina Tarhouny, consultante en sociovigilance et transformation des environnements de travail. Les interruptions dans le travail font partie des facteurs de risques psychosociaux identifiés depuis le "Rapport Gollac" publié en 2011 (2). Et le téléphone portable participe largement au problème. »

La neuropsychologue Sylvie Chokron, directrice de recherche au CNRS, confirme. « L’utilisation du téléphone portable en entreprise représente un risque dans la mesure où cela induit une rupture permanente dans la continuité de la tâche qui est réalisée, résume cette experte. Il devient quasi-impossible de se concentrer sur une seule tâche à la fois et les personnes qui sont dans l’attente d’une notification, d’un appel, ou dont l’attention est captée par leur téléphone sont sans cesse en double tâche. »

Chez le salarié, cela induit un risque élevé d’épuisement, de manque d’attention, de stress, de fatigue et bien entendu de baisse de productivité. « Sans compter les risques physiques importants pour certaines professions comme les professionnels du bâtiment, les conducteurs, les chauffeurs, qui risquent leur vie s’ils décrochent leur téléphone ou regardent leur écran lorsqu’ils sont sur un échafaudage ou à bord d’un engin dangereux. »

Comment fonctionne notre cerveau ?

Pour comprendre ces dangers, il faut savoir comment notre cerveau fonctionne. « À chaque fois qu’il est sursollicité ou interrompu, cela vient altérer nos capacités d’attention soutenue », poursuit Sylvie Chokron. La neuropsychologue décrypte ses rouages dans deux ouvrages de référence, « Dans le cerveau de… » et « Plongez dans votre cerveau » (Presses de la Cité).

« Nous avons l’impression de pouvoir faire plusieurs choses à la fois, mais c’est une illusion. En réalité, nous ne pouvons faire qu’une seule chose à la fois avec attention. En cas de double tâche, notre attention et notre mémoire de travail sont altérées et entraînent à la fois fatigue et baisse de productivité. »

Entre les mails, les notifications et la tentation de passer d’une fenêtre à l’autre, notre attention est déjà mise à mal par nos ordinateurs. Mais les téléphones aggravent encore considérablement ce risque avec l’affichage de SMS et notifications d’autres messageries et réseaux sociaux.

« Cette connexion permanente, que ce soit au bureau ou à la maison, génère des risques, abonde Nina Tarhouny. Sur le temps de travail, ces interruptions permanentes entraînent une fragmentation de l’attention. Cela empêche le salarié de faire son travail correctement parce qu’il est sans cesse interrompu par différentes messageries. »

Quelles sont les pertes pour l’employeur ?

On estime que le cerveau met en moyenne 23 minutes et 15 secondes (3) à retrouver son niveau de concentration après une interruption. Dès lors, on mesure vite les coûts cachés possibles du téléphone portable pour un employeur. Interrogé par France Travail (4), le neuropsychiatre Théo Compernolle affirme que les Européens consultent leur portable en moyenne entre 80 et 123 fois par jour, soit 3 heures cumulées au bureau et chez soi.

« Il s’agit d’une réelle problématique pour les chefs d’entreprise et les DRH quelle que soit la taille de l’entreprise, insiste Hervé Naerhuysen, président de l’Observatoire Santé PRO BTP, à l’initiative d’un récent sondage sur le sujet (5). Avec l’arrivée de nouvelles générations hyperconnectées, il est impératif d’anticiper les défis liés aux usages numériques et de poser un cadre de fonctionnement clair qui soit optimal tant pour l’entreprise que pour le bien-être des salariés. »

Selon cette enquête, 96 % des dirigeants se disent préoccupés par les impacts de l’usage excessif de smartphones personnels au sein de leurs organisations. 70 % des entreprises ont ainsi observé des conséquences négatives sur la performance des salariés. 60 % ont aussi constaté un impact négatif sur l’ambiance lors des pauses quotidiennes alors que de plus en plus de collaborateurs ont les yeux rivés sur leur écran de portable…

Quelles sont les bonnes pratiques à encourager ?

Malgré cette prise de conscience, seules 40 % des entreprises interrogées ont pris des mesures. Parmi elles, 41 % ont opté pour l’interdiction du smartphone pendant le temps de travail, 13 % pour son autorisation uniquement pendant les pauses et 12 % pour l’autorisation d’un usage « raisonnable ». 31 % des entreprises ont intégré des règles relatives à l’usage du smartphone dans leur règlement intérieur. Et pour une majorité de ces dirigeants, les retours seraient largement positifs…

S’il est difficile d’interdire complètement l’usage du portable au travail, Nina Tarhouny plaide pour une meilleure pédagogie sur le sujet. « Au-delà d’un enjeu de productivité, c’est aussi une question de santé mentale générale. Mais pour cela, l’exemplarité doit aussi venir de la direction et des managers. Ces temps de repos et de déconnexion font du bien à tous et sont aussi importants pour les salariés que pour les dirigeants eux-mêmes. »

L’entreprise peut aussi communiquer sur de bonnes pratiques. « On peut recommander de s’autoriser 5 minutes, montre en main, pour vérifier ses messages toutes les heures ou toutes les deux heures, ou encore, ne répondre à ses mails qu’à un moment donné, suggère ainsi Sylvie Chokron. Le principal est de ne pas mettre en permanence notre cerveau en double tâche, et de pouvoir être tout entier à ce que l’on fait, y compris lorsque l’on assiste à une réunion ou lorsque l’on discute ou lors d’un repas avec des gens. »

Cette vigilance peut nous faire du bien à tous, et pas seulement pendant le travail. « Il s’agit d’éviter ce que l’on appelle aujourd’hui la "technoférence", c’est-à-dire le fait que les outils technologiques viennent interférer avec les tâches professionnelles ou personnelles que nous réalisons. »

(1) « Addictions aux écrans ? », Étude Observatoire Santé PRO BTP, 2024.
(2) « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser », 2011.
(3) The Cost of Interrupted Work: More Speed and Stress
(4) « Smartphone au travail : reprenons le pouvoir sur les machines »
(5) « Le smartphone personnel, une préoccupation croissante pour les dirigeants », étude de l'Observatoire Santé PRO BTP/IFOP, 2025.

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