Marie Levavasseur : « Touchée par un cancer colorectal, je veux sensibiliser d’autres dirigeants »
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L'ESSENTIEL
- Marie Levavasseur a été touchée par un cancer colorectal à 42 ans, en 2024.
- Dès le diagnostic cette cheffe d’entreprise décide de partager son combat avec ses salariés et sur les réseaux sociaux.
- Elle sensibilise aussi les dirigeants à l’importance du dépistage et de la prévention.
- 47 000 nouveaux cas de cancer colorectal sont diagnostiqués en France chaque année.
- Pris en charge suffisamment tôt, ce cancer est guérissable dans 9 cas sur 10.
Quand le cancer s’invite dans la vie d’une cheffe d’entreprise
Son tote bag est barré d’un « Queen guerrière » accompagné d’un petit ruban bleu. Pendant « Mars bleu », sur ses réseaux sociaux, Marie Levavasseur a malicieusement invité ses abonnés à « faire popo » pour faire écho au percutant slogan « Va chier » lancé par la Ligue contre le cancer pour sensibiliser au dépistage du cancer colorectal. « Cela n’arrive pas qu’aux autres, résume cette cheffe d’entreprise. J’en sais quelque chose. »
Longtemps, elle ne s’est pas alarmée. Atteinte du syndrome du côlon irritable, elle avait appris à vivre avec certains problèmes digestifs. Fin 2023, cependant, elle s’inquiète de saignements de plus en plus importants dans les selles. « On m’a enfin prescrit une coloscopie que j’ai un peu tardé à faire. » Créatrice de la marque Cherwood, cette dirigeante laisse passer la période des fêtes de fin d’année, traditionnellement chargée pour l’entreprise. Ensuite, elle peine à trouver un rendez-vous près de chez elle, à Cherbourg. Au printemps, elle finit par prendre rendez-vous à Paris. Le diagnostic tombe en avril : à 42 ans, la jeune femme souffre d’un cancer colorectal. « J’ai tout de suite demandé si j’allais mourir. Le médecin m’a répondu que non, mais qu’il fallait agir vite. »
Hommes et femmes confondus, 47 000 nouveaux cas1 sont diagnostiqués chaque année. « À l’occasion de « Mars bleu », nous avons lancé une campagne percutante et nécessaire, rappelle Dr Emmanuel Ricard, médecin de santé publique et directeur du service Prévention et promotion des dépistages à la Ligue contre le cancer. Le cancer colorectal est aujourd’hui le deuxième cancer le plus meurtrier en France chez la femme derrière le cancer du sein, et le troisième chez l’homme, derrière les cancers de la prostate et du poumon. »
Comment concilier soins et direction d’une entreprise ?
La coloscopie révèle chez Marie Levavasseur une tumeur de 7,5 cm de long sur 2,5 cm de large au niveau du rectum. « Le médecin m’a dit que cela devait faire à peu près huit ans que j’avais commencé à le développer… » À la tête d’une entreprise de six salariés depuis 2017, la dirigeante comprend qu’elle doit lâcher prise et s’occuper de sa santé. Moins d’un mois après le diagnostic, elle entame trois mois de chimiothérapie intensive, suivis de cinq semaines de rayons pour réduire la tumeur. En décembre, elle subit une lourde opération : cinq heures d'intervention pour retirer une grande partie de son rectum.
« Heureusement, j’avais déjà appris à déléguer et j’ai mis en place des mesures de bien-être au travail, résume Marie Levavasseur. J’ai des collaboratrices formidables et j’ai pu m’organiser pour que l’entreprise puisse fonctionner sans moi. » Elle se félicite aussi d’avoir pu bénéficier d’une prévoyance. « J’avais souscrit un contrat sans trop réfléchir aux différents scénarios possibles et cela m’a bien soulagée. » Dirigeante d’une entreprise sous forme de Sasu (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle), elle avait choisi un statut assimilé salarié. « Concrètement, j’ai bénéficié d’une prise en charge par la Sécurité sociale et ma prévoyance m'a permis de bénéficier d’un maintien de salaire pendant mon long arrêt maladie. »
Parler à d’autres dirigeants pour les protéger
De son histoire, elle a fait très tôt un combat citoyen auprès d’autres dirigeants. « Quand j’ai été diagnostiquée, j’ai sollicité mon antenne locale de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) pour un accompagnement administratif et voir quelles étaient les aides proposées aux chefs d’entreprise. Malheureusement, à ce jour, il n’y a pas encore de dispositif mis en place. Je ne les blâme pas, car les sujets sont nombreux. Mais je veux participer à améliorer les choses. »
À l’échelle locale, Marie Levavasseur multiplie maintenant les interventions auprès de ses pairs avec la CPME. « Je veux sensibiliser d’autres dirigeants à ce cancer en particulier et à la prévention en général. » « Elle s’adresse à un public que l’on a souvent du mal à atteindre, se félicite le Dr Emmanuel Ricard. Chez les dirigeants et les indépendants, on relève les mêmes difficultés de sensibilisation que chez les personnes en précarité. Il y a l’idée que l’on a déjà assez de "galères" ou du moins de sujets à s’occuper, pour ne pas se rajouter cela. »
Ce médecin rappelle cependant qu’un diagnostic précoce peut sauver des vies, mais aussi des entreprises. « Si on est jeune, il faut consulter dès que l’on s’inquiète de certains symptômes. Ensuite, dès 50 ans, le dépistage du cancer colorectal est recommandé tous les deux ans. Simple et rapide, il se fait chez soi via un kit récupérable en pharmacie ou commandé sur internet. On "perd" quelques minutes pour parfois mieux en gagner. En trouvant des polypes qui saignent, on peut aussi détecter le cancer avant qu'il arrive. Et détecté tôt, ce cancer est guérissable dans 9 cas sur 10. »
Parler de la maladie à ses salariés et ses clients
Même si elle s’est mise en retrait de son entreprise, Marie Levavasseur est restée en contact étroit avec ses équipes pendant ses traitements. « J’ai continué de suivre des décisions importantes à distance. Mais, surtout, j’ai été transparente dès le départ sur ce que je vivais. J’ai raconté chaque étape de mon traitement sur Instagram. Pour moi, cette épreuve n’aurait pas de sens si elle ne servait pas à quelque chose. » De son histoire, elle a fait un combat citoyen. « Je ne m'attendais pas à être atteinte d’un cancer colorectal à 42 ans. Si cela m’est arrivé, cela peut arriver à d’autres. »
Cette personnalité inspirante a ainsi sensibilisé tout son écosystème à sa cause. Pendant qu’elle se soigne, son entreprise, spécialisée dans les accessoires et le prêt-à-porter, décline des vêtements à la couleur de « Mars bleu » et lance des cabas et badges barrés du ruban bleu. Une partie de la vente est ensuite reversée à la Fondation ARCAD, engagée dans la recherche sur le cancer colorectal.
Après deux ans d’arrêt, la dirigeante est en rémission et prête à reprendre le chemin de son entreprise. Même si le combat a été éprouvant, elle estime qu’il lui a aussi apporté beaucoup. « J’ai aussi découvert une force insoupçonnée, pour faire face à cette vie qui a changé malgré moi et qu’il a fallu réorganiser. » Comme elle le répète souvent dans ses posts : « Je suis une Queen guerrière. Et à la fin, c'est moi qui gagne ! »
(1) « Panorama des cancers en France 2025 » de la Ligue contre le cancer.
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