Que peut-on demander à son service de médecine du travail ?
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L’essentiel
- La médecine du travail accompagne la prévention, le suivi médical et le maintien en emploi des salariés.
- Chaque entreprise doit adhérer à un service de prévention et santé au travail (SPST).
- Un SPST réunit tout type de professionnels de santé liés au travail : infirmiers, médecins, ergonomes, psychologues, assistants sociaux…
Connaissez-vous vraiment votre service de prévention et de santé au travail ?
Depuis 2021, on ne dit plus Service de santé au travail pour désigner la médecine du travail. Il faut dire Service de prévention et de santé au travail (SPST). Les grandes entreprises peuvent choisir d’internaliser ce service, tandis que les autres entreprises adhèrent le plus souvent à un SPSTI pour « interentreprises ». Ce changement de dénomination va avec un renouvellement du modèle, issu d’un accord national interprofessionnel (ANI), signé par les partenaires sociaux fin 2020. Il a été entériné par la loi Santé au travail du 2 août 2021.
Son objectif : déplacer le centre de gravité de la médecine du travail vers la prévention. Trop souvent encore, les entreprises associent les médecins du travail aux seules visites médicales obligatoires. « Nous avons posé la question aux entreprises du Grand-Est : "Saviez-vous que votre service de santé au travail est pluridisciplinaire ?" Sur 2400 répondants, 700 entreprises ont répondu non », relève Christophe Collomb, médecin du travail à Metz et président du Conseil national professionnel des médecins du travail (CNPMT). Les équipes des SPST peuvent inclure des ergonomes, psychologues, diététiciens, toxicologues.
« Les SPSTI ont trois missions », explique Martial Brun, directeur général de Présanse, qui représente la quasi-totalité des SPSTI en France :
- La prévention des risques professionnels : aider l'entreprise à évaluer ses risques et lui apporter des conseils de prévention.
- Le suivi individuel de l'état de santé des salariés : suivi au long cours en ciblant les salariés, en fonction des conditions de travail et de leur âge.
- Le maintien en emploi : éviter la désinsertion professionnelle en cas d’altérations de la santé.
Ces trois missions existaient déjà, mais un cahier des charges national place, désormais, la prévention en tête des priorités. Il fixe aussi la liste de l’offre minimale de service dont tout SPST doit disposer pour être agréé. « Notre but ultime est de rendre l’entreprise et le salarié, acteurs de leur santé, car ce sont eux qui font la prévention », souligne Martial Brun...
L’activité des SPSTI en chiffres
Le nouveau modèle des SPSTI a commencé à s’installer en 2023. Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, leur activité progresse sur l’ensemble de leurs missions :
- 780 000 actions en milieu de travail (sensibilisation, analyse des risques…) par an, soit +11 % en deux ans
- 700 000 aménagements de poste recommandés, soit +30 % en deux ans
- Plus de 8 millions de visites et entretiens réalisés chaque année. Désormais, les infirmiers et infirmières sont habilités à mener nombre de ces visites et réorientent, si besoin, le salarié vers un médecin.
- Généralisation des cellules de prévention de la désinsertion professionnelle (PDP).
Ces résultats réjouissent Martial Brun qui estime toutefois que « nous devons encore progresser pour mieux faire connaître ce que peut faire un service de prévention et de santé au travail ». C’est pourquoi, Présanse organise chaque année, en mars, des événements et animations en entreprise lors des Rencontres Santé-Travail.
Toutefois, le nombre de médecins du travail continue de baisser, ce qui peut altérer la qualité de l’offre des SPSTI dans les territoires les plus touchés. De 6500 médecins du travail en 2010, nous en comptons un peu moins de 5000 aujourd’hui, selon la Direction de la recherche et des études de l’évaluation et des statistiques (Drees). Ce chiffre pourrait tomber à environ 3500 professionnels à l’horizon 2030.
L’offre socle : les services obligatoires compris dans la cotisation
Toute entreprise à jour de ses cotisations auprès de son SPSTI a accès à l’offre socle. « Il faut simplement que l’employeur vienne à nous et exprime son besoin », précise Christophe Collomb. L’offre socle couvre les missions obligatoires des SPST, fixées par la loi de 2021.
Prévention des risques professionnels :
- Aide à l’élaboration et à la mise à jour du DUERP,
- Identification et évaluation des risques sur site,
- Conseils sur l’organisation du travail,
- Accompagnement sur les risques physiques (TMS, bruit, etc.), les risques chimiques et les risques psychosociaux (RPS),
- Participation à des actions collectives de prévention (sensibilisation, information…)
Suivi individuel de l’état de santé : il ne se limite pas aux visites obligatoires (lors de l’embauche ou à mi-carrière). Cela inclut les visites de reprise (obligatoires dans les 8 jours après le retour du salarié) et de pré-reprise après un arrêt long.
Un salarié ou un employeur peut demander une visite à tout moment. « Les raisons sont diverses. Que ce soit un problème d’addiction, une difficulté au travail, une inquiétude sur la capacité à tenir son poste… », précise Christophe Collomb.
Une telle visite nécessite l’accord du salarié. Par ailleurs, certains SPSTI priorisent les visites obligatoires sur ces visites à la demande, faute de médecins du travail disponibles en nombre suffisant.
Prévention de la désinsertion professionnelle : chaque SPSTI doit mettre en place une cellule dédiée à l’accompagnement des salariés fragilisés, préconiser des aménagements de poste et coordonner les acteurs du maintien dans l’emploi.
Quand et pourquoi recourir à l’offre complémentaire ?
Au-delà de l’offre socle, les SPSTI peuvent proposer des prestations complémentaires, facturées en sus. Elles permettent d’aller plus loin, notamment sur des enjeux spécifiques ou des démarches structurées.
Il peut s’agir de diagnostics approfondis, d’accompagnements sur la qualité de vie et des conditions de travail, de formations ou encore de dispositifs de prévention ciblés, comme les enjeux de nutrition. Certaines interventions nécessitent d’approfondir le travail, au-delà de ce qui est prévu dans l’offre socle. Par exemple, l’aménagement de poste est gratuit jusqu’au 4e jour d’intervention. Au-delà, il faut passer à l’offre complémentaire.
Chaque SPSTI détermine son offre complémentaire. Celle-ci dépend, notamment, de l’étendue des compétences présentes parmi l’équipe salariée : médecins, infirmiers, assistants sociaux, ergonomes, psychologues, diététiciens... Ce type d’offre n’est pas réservé aux SPSTI. Les organismes de santé complémentaire ou de prévoyance, ainsi que les Carsat (caisses d’assurance retraite et de santé au travail), entre autres, ont aussi la capacité d’accompagner les entreprises.
L’IA et le numérique pour améliorer l’action des SPSTI ?
De nombreux SPSTI intègrent le numérique et recourent à l’intelligence artificielle pour améliorer leur offre de services.
Deux champs d’innovation sont identifiés :
- Réduire la charge administrative des médecins, infirmiers et autres professionnels qui interviennent dans les SPSTI.
- Communiquer directement avec les salariés.
Sur le premier champ, cette réduction de la charge administrative doit servir à redonner du temps aux soignants en automatisant certaines tâches. Cela contribue à alléger les tâches de traitement du suivi des dossiers, qui est importante dans les activités de santé.
La communication entre le SPSTI et les salariés passe le plus souvent par l’intermédiaire de l’employeur. Or, un lien plus direct permettrait d’envoyer de l’information ciblée aux salariés, de sonder les besoins en prévention. Le SPSTI Sano a été agréé en 2025 par l’Etat sur la promesse d’une modernisation du service au bénéfice d’une meilleure prévention. Le principe est que la technologie doit servir à redonner du temps de consultation et de prévention aux professionnels.
Sano s’appuie notamment sur une plateforme numérique de prévention qui permet d’interagir justement avec les salariés des entreprises adhérentes. « Nous leur proposons des parcours de prévention en ligne avec de l’information, des supports de sensibilisation, des questionnaires » explique Jonathan Ardouin, le directeur général de Sano. Grâce à l’analyse des données, les équipes médicales savent si tel salarié a un intérêt particulier pour un sujet. « Cela peut aider à détecter des fragilités et déclencher une prise de contact avec un salarié qui, par exemple, s’intéresse aux informations sur la santé mentale, la dépression, le sommeil. Cela soutient et précise le travail des équipes pluridisciplinaires de Sano », précise-t-il.
Le résultat de telles innovations seront scrutés de près par les professionnels et le ministère du Travail. L’autre enjeu relève de la confidentialité des données de santé. Sara Trinh, médecin du travail et spécialiste de l’IA en santé, rappelle que « la première question que doit se poser un SPSTI, au moment de choisir ses outils numériques, est de savoir où sont hébergées les données et quelle IA est utilisée ».
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