Retour au travail : comment éviter de perdre les bénéfices des vacances ?

Publié le

Philippe Chibani-Jacquot

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Retour au travail : comment éviter de perdre les bénéfices des vacances ?
© Getty Images

Sommaire

Les vacances ne servent pas seulement à changer d'air. Elles permettent de récupérer. Encore faut-il savoir préparer son départ et son retour.

Qui n’a pas dit ou entendu cette phrase quelques jours après son retour de congés : « Les vacances ? Elles sont déjà loin ! ». Revenir au travail après ses congés d’été ne doit pas être une épreuve qui efface trop vite les bénéfices d’un repos bien mérité.

Philippe Zawieja, psychosociologue, directeur de recherche au cabinet Ekilibre et auteur de La Fatigue1, rappelle que « le travail est fait de périodes d'activité et de récupération ». La transition entre ces périodes est, elle aussi, importante, que ce soit pour préparer son départ en congés ou pour reprendre le travail sans consommer trop vite son « capital récupération », selon son expression.

Une bonne reprise se prépare avant même de partir

Le retour de vacances se passe souvent mieux lorsque le départ a été anticipé afin de faciliter la déconnexion. « Pour la grande majorité des salariés, les urgences vitales au travail sont rares. Alors, quand on est en vacances, la déconnexion doit être totale », insiste Philippe Zawieja. Consulter ses mails professionnels, répondre à des appels ou continuer à suivre ses dossiers empêchent la récupération psychologique dont le corps et l'esprit ont besoin.

L’anticipation est de deux ordres :

  1. Réduire autant que possible le nombre de dossiers en suspens avant les congés. Moins les sujets en attente sont nombreux au moment du départ, plus il sera facile de décrocher mentalement pendant les vacances et moins le retour risque d'être anxiogène.
  2. Déléguer le suivi des dossiers en cours, aux collègues qui restent en poste. « Cela suppose de transmettre les informations nécessaires, de clarifier les responsabilités et, surtout, d'accorder sa confiance », explique Philippe Zawieja.

Les vacances : se reposer et faire ce que l’on veut

Les vacances sont faites pour récupérer. Faut-il pour autant les transformer en stage de développement personnel ou en cure de repos stricte ? Certainement pas.

« En vacances, on doit faire ce que l'on veut », rappelle Philippe Zawieja. Les congés sont précisément un moment où l'on retrouve une pleine maîtrise de son temps et de ses activités. Ils permettent d'échapper aux contraintes professionnelles et de choisir son propre rythme.

Le psychologue du travail invite toutefois à éviter un piège devenu fréquent : celui de la performance appliquée aux loisirs. Multiplier les activités, vouloir tout voir, tout faire, rentabiliser chaque journée de ses vacances peut conduire à une forme d'épuisement paradoxal. Magaly Siméon, fondatrice de Lily Facilite la Vie et coach de dirigeants, observe le même phénomène. « Tout le monde comprend qu'il faut arrêter une voiture lorsque le moteur chauffe. Pourtant, nous avons beaucoup plus de mal à reconnaître les signaux que nous envoie notre propre corps », observe-t-elle.

Elle ajoute que le repos ne consiste pas simplement à ne rien faire. « C’est une question d’intention. Celle d’enclencher un processus pour faire redémarrer son corps, tout comme un "reboot" un ordinateur. »

Pour certaines personnes, cela passera par une marche quotidienne, au moins les premiers jours. Pour d'autres, ce sera le yoga, la natation ou le jardinage. L'essentiel est de ménager des moments qui permettent de rompre avec le rythme du travail et de faire baisser la tension accumulée pendant l'année. Ensuite, chacun organise ses congés comme il le souhaite.

Les 5 réflexes à adopter au retour des vacances

  1. Prévoir un ou deux jours de transition entre les vacances et la reprise.
  2. Reprendre progressivement son rythme de sommeil en gardant une certaine régularité sur les horaires de lever et de coucher.
  3. Rester déconnecté jusqu’au jour de la reprise.
  4. Faire du premier jour de travail un temps de remise à niveau sur ce qu’il s’est passé en son absence.
  5. Aborder la rentrée comme un marathon, pas comme un sprint.

Prévoir une phase d’atterrissage avant la reprise du travail

Une autre erreur fréquente consiste à rentrer le dimanche soir pour reprendre le travail dès le lundi matin. Pour Philippe Zawieja, directeur de recherche au cabinet Ekilibre, cette transition mérite d'être préparée. « Il faut atterrir en douceur. » Revenir un ou deux jours avant la reprise permet de retrouver progressivement ses horaires habituels, son rythme de sommeil et son environnement quotidien.

Cette phase d'atterrissage vaut également dans l'entreprise. Le premier jour ne devrait pas être consacré à enchaîner réunions, rendez-vous et gestion des urgences. « Sauf à prévoir une réunion avec son manager et la ou les personnes qui ont suivi les dossiers en votre absence », précise Philippe Zawieja.

La première journée sert avant tout à reprendre pied. Il faut donc éviter que « l’opérationnel ne reprenne immédiatement le dessus et n’efface les bénéfices des semaines de congés », complète le psychologue du travail.

Accepter de ne pas tout faire dès la rentrée

De son côté, Magaly Siméon, fondatrice de Lily facilite la vie, invite à résister à une autre tentation : celle de vouloir tout rattraper immédiatement. « Notre environnement professionnel est un marathon, pas un sprint », rappelle-t-elle. Reprendre le travail ne signifie pas retrouver instantanément son niveau maximal d'engagement.

Elle recommande un exercice simple au moment de la reprise : faire l'inventaire de tout ce qui réclame son attention, puis hiérarchiser les tâches selon leur importance et leur urgence. L'objectif n'est pas de devenir plus performant, mais d'accepter qu'il est parfois nécessaire de renoncer à certaines choses.

« On vit dans un monde où l'on veut tout faire, bien et en même temps », constate-t-elle. Or, une partie de la fatigue provient précisément de cette accumulation de sollicitations et de cette difficulté à arbitrer.

La reprise est aussi une question d’organisation du travail

La qualité de la reprise ne dépend pas uniquement des salariés. L'organisation du travail joue également un rôle déterminant. Le psychosociologue Philippe Zawieja estime que les entreprises ont la responsabilité de créer de bonnes conditions de travail. « Dans ce cadre, elles doivent établir des règles claires de coopération, de délégation et de transmission des informations. »

Les managers jouent également un rôle d'exemplarité. Il est difficile d'encourager les équipes à déconnecter lorsque l'encadrement continue d'envoyer des messages pendant ses propres congés. Magaly Siméon insiste quant à elle sur la nécessité de former les managers à la régulation de la charge de travail. « Un manager doit être capable de l’organiser et d'arbitrer. »

La rentrée peut ainsi devenir un moment utile pour clarifier les priorités des mois à venir, identifier les projets réellement stratégiques et accepter de mettre certains sujets en attente, lorsque les ressources ne permettent pas de tout mener de front.

Une manière de rappeler que préserver les bénéfices des vacances n'est pas seulement une affaire d'hygiène de vie individuelle. C'est aussi une question d'organisation collective et de rapport au travail.

1. La fatigue, Philippe Sawieja, Que sais-je ? 2025 (première édition) 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi