Les protections périodiques réutilisables bientôt prises en charge pour les moins de 26 ans

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Les protections périodiques réutilisables bientôt prises en charge pour les moins de 26 ans
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En France, près de 4 millions de femmes et personnes menstruées sont confrontées à la précarité menstruelle, soit environ une sur trois. À partir de la rentrée universitaire 2026, les protections périodiques réutilisables seront remboursées pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.

Le Fonds des Nations unies pour la population définit la précarité menstruelle par les difficultés à se procurer des protections faute de moyens financiers. Cette précarité conduit certaines femmes et personnes menstruées à renoncer à des activités comme le sport, à prolonger l’usage de protections plus qu’il ne le faut, ou à recourir à des solutions de fortune.

Inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, la mesure sera effective à la rentrée universitaire 2026 avec la publication de son décret d’application. Elle vise à améliorer l’accès à des protections essentielles, à soutenir le pouvoir d’achat et à encourager des pratiques plus durables. Environ 6,7 millions de personnes sont concernées. « C’est une avancée que l’on attendait depuis longtemps », salue Gaëlle Baldassari, fondatrice de Kiffe ton cycle.

Comment ces protections périodiques seront-elles remboursées ? 

Le docteur Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien à la maternité des Diaconesses à Paris, rappelle toutefois qu’il ne s’agit pas d’une gratuité. « C’est une prise en charge par la Sécurité sociale, donc par la société via les impôts. » Il juge le dispositif pertinent puisqu’il cible des publics particulièrement vulnérables, notamment les étudiantes aux ressources limitées. 

Le décret prévoit une prise en charge limitée à deux protections périodiques réutilisables par an. Chaque personne éligible peut se faire rembourser au maximum deux produits sur une période de douze mois, qu’il s’agisse par exemple de deux culottes menstruelles, de deux coupes menstruelles ou d’un produit de chaque type. Cette limite vise à financer un équipement de base durable, et non des achats répétés au fil de l’année.

Pour les moins de 26 ans, les protections achetées en pharmacie seront remboursées à 60 % par l’Assurance maladie, avec un possible complément de la complémentaire santé. Pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, la prise en charge est intégrale grâce au tiers payant, sans avance de frais. La pharmacie est directement remboursée par l’Assurance maladie.

Le choix du réutilisable pour répondre à une logique écologique

Le dispositif exclut les protections à usage unique. « On peut y voir une volonté de réduire l’impact écologique », note Gaëlle Baldassari. Mais cette orientation montre vite ses limites. « Toutes les femmes ne peuvent pas utiliser les protections réutilisables. Et ce n’est pas qu’une question de choix », insiste-t-elle. Les flux abondants, les douleurs ou certaines pathologies peuvent nécessiter des changements très fréquents, voire des solutions combinées.

La responsable de Kiffe ton cycle regrette aussi l’absence des serviettes lavables, jugées plus simples et plus adaptables. L’usage des cups demande une bonne connaissance de son corps et ne convient pas à toutes, notamment aux plus jeunes ou aux personnes souffrant d’endométriose ou de sensibilités vaginales. 

À cela s’ajoutent des contraintes matérielles : accès à une machine à laver, temps de séchage, manque d’intimité en colocation ou en internat… « Ce sont des dispositifs qui nécessitent une véritable logistique. » Certaines associations soulignent également que le coût initial des protections réutilisables peut rester un frein, malgré un avantage économique sur le long terme.

Certaines protections mal utilisées peuvent entraîner des infections 

Des freins psychologiques existent également. Certaines jeunes femmes expriment une réticence à manipuler leur sang, signe qu’un simple remboursement ne suffit pas. « Cela suppose un accompagnement et une pédagogie », souligne la fondatrice de Kiffe ton cycle. Les modalités de remboursement interrogent aussi. Le nombre de protections prises en charge reste limité. « Si je ne peux pas gérer un cycle avec deux culottes menstruelles, la dotation n’est pas cohérente », pointe Gaëlle Baldassari, en évoquant un décalage entre réalité biologique et cadre administratif.

Au-delà de l’accès, la question sanitaire est centrale. Le docteur Thierry Harvey explique que « certaines protections, mal utilisées, peuvent entraîner des risques d’infection. » Le syndrome du choc toxique (1), bien que rare, reste une préoccupation si les protections sont portées trop longtemps. Il insiste également sur l’importance du suivi médical. « Des règles abondantes ou douloureuses peuvent révéler des pathologies comme l’endométriose ou des troubles hormonaux. »

Le gynécologue-obstétricien ajoute que la précarité menstruelle peut prendre des formes particulièrement préoccupantes. « Faute de moyens, certaines utilisent du papier toilette ou du sopalin comme protection. » D’autres, notamment des étudiantes, renoncent à se rendre en cours pendant leurs règles. « Ces situations traduisent une atteinte à la dignité et un renoncement aux conditions essentielles d’hygiène et de confort. »

100 % de l’humanité concernée et seulement 50 % qui porte le coût 

À moyen et long terme, l’enjeu serait d’élargir le dispositif à d’autres types de protections, à un public plus large, voire à une prise en charge universelle. Selon plusieurs associations de lutte contre la précarité menstruelle, le coût des règles est estimé entre 3 000 et 6 000 € au cours d’une vie menstruelle. 

La CAF évoque un coût annuel de 100 à 150 € pour les protections les et antidouleurs, soit plusieurs milliers d’euros sur une vie menstruelle. Mais au-delà de l’aspect économique, la précarité menstruelle révèle des inégalités structurelles persistantes. « 100 % de l’humanité est née par ce phénomène naturel, mais son coût repose uniquement sur 50 % de la population », déplore la fondatrice de Kiffe ton cycle.

Pour le docteur Thierry Harvey, ce débat dépasse la seule question des protections puisqu’il interroge sur « la place du corps des femmes dans les politiques publiques et la reconnaissance de besoins biologiques encore trop souvent relégués au second plan. »

(1) Le syndrome du choc toxique lié aux règles est une maladie infectieuse, favorisée par un mauvais usage des tampons ou des coupelles périodiques.

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