Le « gaz hilarant » bientôt interdit à la vente

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Pauline Hervé

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Le « gaz hilarant » bientôt interdit à la vente
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Face à l'explosion de la consommation et des cas d'intoxication au protoxyde d'azote (aussi appelé « gaz hilarant ») chez les jeunes, l'Assemblée nationale a voté une loi qui interdira totalement sa vente au grand public dès 2026. Elle est déjà restreinte aux majeurs.

Aussi appelé « proto » ou « gaz hilarant », le protoxyde d'azote a connu en France un rebond de consommation, depuis le confinement, particulièrement chez les jeunes. Or, sa consommation peut se révéler très dangereuse.

Depuis 2021, une loi interdit sa vente aux mineurs, sous forme de cartouches, et sa commercialisation dans les débits de boissons et tabac. Mais le protoxyde d’azote reste en vente libre sur internet et dans les supermarchés. La nouvelle loi, qui s'appliquera début 2026, va plus loin en étendant son interdiction à « l'ensemble des lieux publics et des commerces en ligne ».

Qu'est-ce que le protoxyde d'azote ?

Connu familièrement sous le nom de « gaz hilarant », le protoxyde d’azote (N2O) est un gaz, incolore et presque inodore, utilisé depuis longtemps en médecine pour ses propriétés légèrement anesthésiques (notamment par les dentistes ou les pédiatres).

Il est aussi utilisé dans l’industrie automobile, dans l’industrie alimentaire et par le grand public en cuisine. C’est le gaz que l’on trouve dans les cartouches des siphons à crème chantilly.

Qui consomme du protoxyde d'azote ?

« Son usage détourné "récréatif", à inhaler, remonte à l’ère victorienne en Grande-Bretagne, rappelle le Pr Amine Benyamina, chef du service de psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul Brousse AP-HP. Il était utilisé lors de "laughing gas parties" (des fêtes au gaz hilarant). » Depuis les années 2000, il est plus largement utilisé dans les clubs, lors des festivals…

« Après le confinement, son usage était plutôt cantonné aux étudiants, et de façon « artisanale ». Ils se le procuraient dans le commerce, gonflaient des ballons de baudruche avec, pour l'inhaler ensuite et ressentir une euphorie immédiate », explique l'addictologue. Pourtant, sa consommation n'est pas anodine.

En juillet 2020, suite à une étude de toxicovigilance, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) indiquait : « Il apparaît clairement nécessaire d'informer davantage les consommateurs, les publics cibles ainsi que les professionnels de santé sur les dangers avérés de l'inhalation de protoxyde d'azote ». L'avertissement ne semble pas avoir porté ses fruits.

En 2022, d’après le Baromètre de Santé publique France, 14 % des 18-24 ans l’avaient déjà expérimenté et plus de 3 % déclaraient en avoir consommé au cours de l’année. Le Pr Benyamina renchérit : « Récemment, on observe une forte augmentation d'adolescents de plus en plus jeunes, qui en consomment dès 12, 13 ans et à forte dose, jusqu'à provoquer des problèmes de santé parfois graves. J'ai rencontré une jeune fille de 17 ans sous traitement neurologique parce qu'elle a perdu l'usage de ses jambes pendant plusieurs semaines. Elle avait commencé très tôt le protoxyde d'azote. Je n'étais pas préparé à voir apparaître ce type de cas ».

Où s'achète le protoxyde d’azote ?

Ce gaz est en vente libre, sauf pour les mineurs, dans les grandes surfaces au rayon cuisine ou sur internet, sous forme de capsules à moins d’un euro l’unité. Malgré l'interdiction de la vente aux mineurs, depuis la loi de 2021, les majeurs peuvent encore s'en procurer légalement et les plus jeunes peuvent aisément l'obtenir par d'autres voies.

« Les trafiquants de drogue ont vu un marché potentiel dans l'augmentation de la consommation, s'en sont emparés et le vendent maintenant au même titre que d'autres drogues », explique le Pr Amine Benyamina.

Quels sont les effets du protoxyde d'azote ?

« Après son inhalation, et de façon très rapide, le protoxyde d’azote va déclencher dans le cerveau une surexcitation de la production de dopamine (« l’hormone du plaisir »), chez toutes les personnes qui en consomment. C’est ce qui crée cet effet d’hilarité, décrit le Pr Benyamina, le même phénomène que "l’ivresse des profondeurs" que peuvent connaître les plongeurs. »

Son effet, intense, est très furtif : il culmine après une vingtaine de secondes, et diminue rapidement. C’est pourquoi les consommateurs inhalent souvent à plusieurs reprises afin de répéter ces effets stimulants et désinhibiteurs. Toutefois, cette prise peut être suivie d’effets désagréables, voire dangereux.

Quels sont les dangers du gaz hilarant ?

« Vers 2020, les cas d'addiction au protoxyde d'azote à proprement parler étaient rares, estime le Pr Amine Benyamina. Mais cela a complètement changé. On a maintenant des très jeunes qui sont dépendants, et ont des problèmes neurologiques liés à la consommation de gaz hilarant. »

Même sans dépendance, pour toute personne qui l’inhale, le protoxyde d’azote présente des effets indésirables qui peuvent apparaître dès les minutes qui suivent l’inhalation : vertiges, somnolence, baisse de la vigilance jusqu’à 30 minutes après la consommation, nausées, diarrhées, acouphènes ou brûlures provoquées par le froid du gaz qui s’échappe de la cartouche.

Mais le gaz hilarant peut causer des problèmes plus graves en cas d'intoxication. Celles-ci surgissent le plus souvent à moyen ou long terme chez des jeunes déjà vulnérables ou qui en font une grande consommation. Il peut s'agir d'épilepsie, de problèmes cardiovasculaires, de mort subite, de troubles neurologiques (plus de 80 % des signalements, selon Santé publique France), de manifestations psychiatriques, de troubles de l’humeur, de lésions de la moelle épinière (myélopathie), de troubles de la coordination (ataxie), voire d'une paralysie partielle. Ces effets peuvent devenir irréversibles en cas d’usage chronique.

Les intoxications en forte hausse

Les cas d'intoxication sont en augmentation permanente, selon Santé publique France. En 2023, 472 signalements liés à la consommation de protoxyde d’azote ont été enregistrés par les centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A), soit 30 % de plus qu’en 2022. Les centres antipoison et de toxicovigilance (CAP-TV) ont reçu 305 signalements, soit 20 % de plus qu’en 2022.

« Ces signalements montrent également une augmentation des cas liés à un usage répété et prolongé (plus d’un an) du protoxyde d’azote. Parmi ces signalements d'abus, d'usage détourné et de dépendance, 92 % font état d’une consommation de doses élevées et de l’utilisation de bonbonnes de grand volume. 50 % d’entre eux relatent une consommation quotidienne », précise Santé publique France.

Quels sont les signes d'une intoxication au protoxyde d'azote ?

Il peut s'agir d'engourdissements dans les bras et les jambes, de sensation de brûlure ou de décharge électrique, des picotements, d'une perte du toucher, de difficultés à marcher ou à bouger…

Dans ces cas de figure, il faut impérativement consulter un médecin ou appeler un centre antipoison.

Comment prévenir les jeunes des risques encourus ?

Si vous vous inquiétez que vos enfants puissent être confrontés au gaz hilarant, le meilleur moyen reste de leur en parler. Le sujet est évoqué régulièrement dans les médias.

« On peut poser à ses enfants une question pour lancer le sujet, du type ʺj’ai entendu dire qu’il y a ce truc qui circule…ʺ », conseille le Pr Benyamina. C’est l’occasion de parler des effets dangereux du produit.

Rédigé par

  • Pauline Hervé

    Journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

Commentaires

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https://theconversation.com/le-protoxyde-dazote-un-gaz-hilarant-mais-parfois-responsable-de-lourdes-sequelles-259568
Philippe
Interdire absolument la fabrication, on peut s'en passer ! M et M

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