Maladies cardiovasculaires : les spécificités des femmes encore méconnues

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Cécile Fratellini

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Longtemps perçues comme des maladies « masculines », les maladies cardiovasculaires, comme les infarctus ou les AVC, touchent aussi les femmes. Les facteurs de risque spécifiques sont encore parfois méconnus. La prévention est donc essentielle. Explications.

Au-delà des facteurs de risque classiques des maladies cardiovasculaires que sont le tabagisme, l’hypertension, le diabète, le cholestérol… la femme a des facteurs de risque spécifiques. « Hypertension pendant la grossesse, diabète gestationnel, syndrome des ovaires polykystiques, ménopause précoce… Ils entraînent une sensibilité plus importante des femmes aux maladies cardiovasculaires », indique le Pr Martine Gilard, cardiologue, membre de l’Académie de médecine.

Lors de consultation auprès de leur médecin généraliste ou de leur gynécologue, les femmes ne doivent pas hésiter à rappeler qu’elles ont eu de l’hypertension ou du diabète pendant la grossesse. « On n’est pas assez sensibilisé au fait qu’une femme puisse faire un infarctus. 

En effet, les maladies cardiovasculaires ne sont pas considérées comme une maladie de la femme. Certes, la femme est protégée par ses hormones jusqu’à la ménopause. Pour l’infarctus, c’est 75 % d’hommes et 25 % de femmes. Mais quand la femme n’est plus protégée, à 80 ans, il y a plus de femmes que d’hommes victimes d’infarctus », précise le Pr Gilard.

À noter qu’une femme a 4 fois plus de risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire que d’un cancer du sein1.

Des symptômes classiques chez la femme

Dans la grande majorité des cas, pour l’infarctus, les femmes ressentent les symptômes classiques : douleurs dans la poitrine, essoufflement, douleurs dans les bras, la mâchoire ou le dos, transpiration. D’autres symptômes comme un étourdissement soudain, une fatigue inexpliquée, des nausées ou des vomissements, des douleurs à l’estomac peuvent être des signes d’infarctus chez la femme.

« Pour l’infarctus, on veut souvent caractériser la femme par ses particularités, or la femme dans sa globalité a les mêmes symptômes que l’homme. Sur les réseaux sociaux notamment, il se dit qu’une femme n'a pas de douleurs dans la poitrine. Mais dans 80 % des cas elle les a. Il ne faut donc pas faire de raccourci », alerte le Pr Martine Gilard. 

Car un retard de prise en charge est synonyme de perte de chance. « La femme minimise souvent ses symptômes et tarde à appeler, et parfois même ne décrit pas la douleur thoracique », précise-t-elle. 

Les femmes sous-représentées dans les études

Un rapport de 2025 de l’Académie de médecine2 rappelle que des études ont montré que les femmes ont moins de chances que les hommes de se voir prescrire certains médicaments essentiels après un infarctus. Et ce pour diverses raisons : symptômes différents, préjugés de genre… « En cardiologie, la femme est sous représentée dans les études. Or ces études servent à définir la dose de traitement. Et souvent, on constate que les femmes arrêtent leur traitement à cause des effets secondaires du médicament », explique la cardiologue. 

Ce rapport souligne également l’inégalité dans la rééducation post-infarctus. Les femmes y ont peu accès, pourtant utiles pour éviter les récidives. « Plusieurs raisons : le manque de temps, les responsabilités familiales… Et souvent le programme n’est pas adapté à la condition physique des femmes », ajoute-t-elle.

Un bus itinérant pour dépister les maladies cardiovasculaires chez les femmes

Le bus du cœur des femmes sillonne les routes de France pour dépister les facteurs de risque des femmes et renforcer la prévention. « En trois ans et demi, 20 000 femmes ont été dépistées dans 70 villes », se réjouit Thierry Drilhon, le co-fondateur d’Agir pour le cœur des femmes avec le Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue. 

Ce bus propose un dépistage gratuit de 2 heures environ avec de nombreux examens : consultation diététique, addiction, prises de tension, prise de sang, entretien gynécologique, électrocardiogramme, écho-doppler si nécessaire… À la fin de ce parcours, un cardiologue réalise un bilan complet avec la patiente. « Parmi les 20 000 femmes dépistées, au moins 90 % d'entre elles avaient deux facteurs de risque (cholestérol, tension…). Grâce à cette consultation, certaines femmes en rupture de soins reviennent dans le parcours de soins », se félicite Thierry Drilhon. 

La santé mentale pourrait aussi être ajoutée dans ce parcours. « Les femmes ne prennent pas le temps de s’occuper d’elles. 80 % d’entre elles s’occupent de la santé de leurs proches et négligent leurs rendez-vous médicaux. Leur charge mentale est importante, c’est pourquoi nous réfléchissons à ajouter la santé mentale à ce parcours », indique Thierry Drilhon. Le bus reste trois jours dans chaque ville. Pour connaître son parcours, rendez-vous sur le site de la fondation. L’inscription se fait en ligne ou par téléphone.

Depuis un an et demi, la fondation a lancé une journée du cœur des femmes avec des dépistages organisés cette fois dans des établissements de soins. « On propose un parcours d’1 h 30 réalisé avec les professionnels de santé de l’établissement.

Notre objectif : avoir 300 établissements référencés qui mettent en place cette prévention dans les 3 prochaines années », précise Thierry Drilhon.

(1) Source : Fondation Cœur et recherche

(2) Rapport de l’Académie de médecine de février 2025 « L’inégalité de prise en charge de l’infarctus du myocarde chez les femmes en France »

Rédigé par

  • Cécile Fratellini

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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