Vrai/faux sur la ménopause et les risques cardiovasculaires

Publié le

Agnès Morel

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Vrai/faux sur la ménopause et les risques cardiovasculaires
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Accident vasculaire cérébral (AVC), infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque… Chez les femmes, les risques cardiovasculaires sont encore trop souvent sous-estimés. Et ils font l’objet de nombreuses idées reçues. La ménopause doit être un moment privilégié pour évaluer son risque cardiovasculaire.

Seuls les hommes sont concernés par les maladies cardiovasculaires.

FAUX. Si les médecins ont l'habitude de prescrire un check-up cardiovasculaire aux hommes autour de la quarantaine, les femmes ne sont pas épargnées par les maladies cardiovasculaires. Et un contrôle doit être fait autour de trois périodes spécifiques : pendant la prise d’une contraception, lors des grossesses ou des difficultés (grossesses pathologiques, pathologie des ovaires…) et enfin, à la ménopause, autour de 45-50 ans.

Car c’est un moment de bascule. « À partir de la ménopause, on multiplie par 3 ou 4 la probabilité de développer une maladie neuro cardiovasculaire », explique la médecin cardiologue Catherine Monpère, ex-présidente de la commission « Cœur de femmes » de la Fédération française de cardiologie. « Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas le cancer du sein qui est la première cause de mortalité chez les femmes, mais l’AVC, l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque… » Près de 75 000 femmes en meurent chaque année.

La ménopause augmente les risques vasculaires.

VRAI. La ménopause augmente brutalement les risques cardiovasculaires. Pourquoi ? « Les œstrogènes protègent les vaisseaux en favorisant leur souplesse, ainsi que par des actions favorables sur le métabolisme : augmentation du « bon cholestérol », meilleure régulation du sucre…

En stoppant la production des œstrogènes, la ménopause entraîne une rigidification des artères, le dépôt de plaques d’athérome, et majore le risque de survenue d’une hypertension artérielle, d’AVC, d’infarctus… », explique la cardiologue.

Ce qui se surajoute aux facteurs de risques plus classiques : antécédents familiaux, tabagisme, sédentarité

Les bouffées de chaleur fréquentes seraient liées à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires.

VRAI. Bouffées de chaleurs, sueurs nocturnes, troubles du sommeil, frilosité, fatigue, troubles dépressifs, prise de poids, troubles génito-urinaires… se retrouvent – à des degrés variables – chez les femmes lors de la ménopause.

Une étude menée par des chercheurs américains en médecine gériatrique, publiée en avril 2023 dans la revue médicale Ménopause, montre que la fréquence des bouffées de chaleur serait le marqueur d’un surrisque cardiovasculaire et métabolique. « C’est un vrai signal d’alarme et c’est pour cette raison qu’il est conseillé de consulter son gynécologue ET son cardiologue », confirme le docteur Monpère. Elle encourage, sauf antécédents de cancer du sein, de phlébite, d’infarctus, à suivre un traitement hormonal au tout début de sa ménopause, pour améliorer sa qualité de vie.

« Les prises en charge ont beaucoup évolué et on est très loin des hormones données en masse aux femmes il y a 35 ans aux États-Unis. L’ordonnance doit être prescrite individuellement et adaptée dans le temps. »

Les facteurs de risque vasculaires sont les mêmes chez les hommes et les femmes.

VRAI et FAUX. « Outre les risques corrélés à leur vie hormonale (contraception, grossesses…) les femmes sont davantage protégées jusqu'à la ménopause par la production d’œstrogènes, qui disparaît ensuite », rappelle le Dr Catherine Monpère. En revanche, par rapport aux hommes, elles ont, toute leur vie, un surrisque de 25 à 50 % de survenue d’infarctus du myocarde, lorsqu’elles présentent des facteurs associés : diabète, tabagisme ou hypertension artérielle - un facteur de risque qui explose chez les femmes à la ménopause ! ».

Or, selon une étude du BEH(1) qui porte sur l’augmentation des facteurs de risques chez les femmes, l’infarctus du myocarde, qui concernait plutôt les femmes de plus de 60 ans, survient, depuis 2010, davantage chez les femmes plus jeunes. « On constate une augmentation de 5 % par an des hospitalisations pour un infarctus chez les femmes de 45 à 54 ans, ce qui est conséquent », avertit la cardiologue.

Les symptômes de l’infarctus sont différents de ceux des hommes.

FAUX. Lorsqu’un patient présente de fortes douleurs thoraciques, on pense, si c’est un homme, à un infarctus, mais pour une femme, à un malaise causé par le stress et l’anxiété. « Et pourtant, contrairement aux idées reçues, ce sont les mêmes douleurs, symptomatiques d’un accident cardiaque, pour les hommes comme pour les femmes », explique Catherine Monpère.

Si les douleurs thoraciques sont présentes dans 80 à 90 % des accidents, « il peut aussi y avoir d’autres signes associés : nausées ou douleurs digestives, épuisement, palpitations… Ces signes sont plus fréquents chez les femmes, sans qu’on ne fasse immédiatement le lien avec un accident cardiaque et qu’on ne s’en inquiète », prévient la cardiologue.

Il est impossible de prévenir une maladie cardiovasculaire à la ménopause.

FAUX. AVC, infarctus… Les maladies cardiovasculaires sont évitables. « S’il n’y a pas de risque zéro, le cœur et les artères des femmes sont mis en danger par un ensemble de facteurs », explique la cardiologue.

Il y a trois types de facteurs sur lesquels on peut agir. Il s’agit tout d’abord des facteurs médicaux, surtout l’hypertension artérielle, le diabète et le cholestérol, le surpoids qu’il faut suivre régulièrement. « L’hypertension artérielle qui concerne 1 femme sur 2 après la ménopause provoque des AVC et des infarctus, mais on peut la surveiller facilement, à la pharmacie ou chez soi, avec un auto-tensiomètre », conseille-t-elle.

Soigner son hygiène de vie reste un outil primordial de prévention. La consommation de tabac (présent dans 80 % des cas d’infarctus chez les jeunes femmes), une alimentation déséquilibrée, une activité physique insuffisante sont dangereux. « À peine 30 % des femmes prennent le temps de faire un peu d’activité, alors que marcher 30 minutes par jour, faire un peu de jardinage ou de la natation a une action protectrice majeure. » Enfin, il ne faut pas négliger les facteurs psychologiques : troubles dépressifs, du sommeil, stress et charge mentale.

Bien préparer sa consultation cardiovasculaire

« Dès 40-45 ans, il est conseillé de consulter son généraliste ou son gynécologue pour prévenir la survenue de maladies cardiovasculaires à la ménopause, explique la cardiologue Catherine Monpère, ex-présidente de la commission « Cœur de femmes » de la Fédération française de cardiologie. Ils pourront si besoin vous adresser à un cardiologue pour un bilan plus précis. »

Cette consultation doit être faite en urgence en cas de signaux d’alerte : douleur thoracique, essoufflement à l’effort, palpitations… et elle est indispensable en cas de facteurs de risque (hypertension artérielle, diabète, cholestérol, tabac…).

Pour aider le médecin à établir un diagnostic précis, mieux vaut rassembler tous les éléments nécessaires (antécédents personnels gynécologiques et obstétricaux, médicaux et chirurgicaux…) ainsi que tout son historique cardiovasculaire (antécédents personnels, signes d’alerte, dossier médical avec les électrocardiogrammes).

Il faut aussi signaler ses antécédents familiaux cardiovasculaires et gynécologiques, ses traitements en cours et ses allergies (médicaments, iode, alimentation…), sans oublier tout ce qui relève des facteurs de risque associé (risque artériel et veineux, poids et circonférence abdominale, automesure tensionnelle sur 3 jours en cas d’hypertension…). Un bilan biologique de moins de 6 mois peut être également demandé.

À noter : Il est possible d’évaluer, en quelques clics, sa santé cardiovasculaire sur le site de la Fédération française de cardiologie.

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