Perturbateurs endocriniens : quels risques pour les femmes enceintes et les bébés ?
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En quoi les perturbateurs endocriniens peuvent-ils perturber un projet de grossesse ?
« Chez l’homme, il existe un risque augmenté d’altération du spermogramme, c’est-à-dire une baisse de la qualité du sperme à l’âge adulte, note Odile Bagot, gynécologue obstétricienne, auteure de Perturbateurs endocriniens : la guerre est déclarée ! (1). Chez la femme, les perturbateurs endocriniens (PE) sont suspectés d’augmenter le risque de pathologies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), toutes deux ayant un impact négatif sur la fertilité. »
Les perturbateurs endocriniens pourraient également interférer avec le comportement sexuel, notamment en réduisant le désir. « Ce constat se base sur l’observation animale, où l’on note une baisse de l’activité sexuelle très nette sous l’effet des PE », indique la gynécologue.
Établir ce lien de cause à effet dans la population humaine reste compliqué car d’autres facteurs entrent en jeu (les modes de vie notamment). « La dernière enquête de l’Inserm sur la vie sexuelle des Français publiée en 2024, qui indique effectivement une baisse des rapports sexuels, corrobore néanmoins ces observations, note l’experte. Or, sachant que, dans un cycle menstruel, la période de fécondité est courte (deux ou trois jours), une réduction du nombre de rapports réduit nécessairement l’éventualité d’une grossesse. » Les perturbateurs endocriniens pourraient, par ailleurs, augmenter le risque de fausse couche.
Quels sont les risques pour le fœtus ?
Au même titre que d’autres polluants, les perturbateurs endocriniens passent la barrière placentaire durant la grossesse. « On note, par exemple, des effets néfastes sur le développement des organes génitaux chez le petit garçon », remarque la gynécologue Odile Bagot. Le lien est établi, par exemple, avec un risque augmenté de cryptorchidies (la non-descente des testicules dans le scrotum) et de hypospadias (l'ouverture de l’urètre au niveau de la face inférieure du pénis au lieu de son extrémité).
Une hausse du nombre de cas a effectivement été observée en France depuis les années 2000. L’alerte a été donnée par une équipe du CHU de Montpellier, dirigée par le professeur Charles Sultan, endocrinologue pédiatrique, soulignant que ces cas survenaient notamment dans des familles d’agriculteurs ou de personnes potentiellement exposées à des produits chimiques (2).
Le reste des effets est bien souvent différé dans le temps. Des études suspectent notamment les perturbateurs endocriniens d’agir en tant que cofacteurs dans l’apparition de troubles anxieux, de troubles du spectre autistique (TSA) et de TDAH (3) dans la petite enfance. D’autres études démontrent un lien probable avec un surrisque de maladies métaboliques à l’âge adulte (obésité et diabète notamment).
Que faire pour se protéger des perturbateurs endocriniens dès le projet de grossesse ?
Il est recommandé de se supplémenter non seulement en vitamine B9 (acide folique) mais également en sélénium et en iode. « Il existe des compléments alimentaires conçus pour la grossesse qui contiennent ces trois composants, précise Odile Bagot, gynécologue. Ceux-ci ont l’avantage de protéger les hormones thyroïdiennes contre les perturbateurs endocriniens, notamment les métaux lourds et des pesticides. Cela est crucial car la thyroïde maternelle est déterminante dans le développement du cerveau du bébé. »
Autre recommandation lorsqu’on a un projet de grossesse : manger des poissons gras car ils sont riches en oméga 3, ce qui est également important pour le développement cérébral du bébé. Mieux vaut opter pour des petits poissons gras du type sardine, hareng ou maquereau. « Il faut éviter les gros poissons gras (saumon, thon, etc.), car les perturbateurs endocriniens s’accumulent au fil de la chaîne alimentaire », ajoute l’experte.
Comment limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse ?
L’idée est de faire le tour de sa maison pour identifier ce qui pose problème et peut être facilement modifié. « En ce qui concerne la cuisine, je dis à mes patientes de se débarrasser de tous leurs contenants plastique et de les remplacer par du verre », souligne Joëlle Bensimhon, gynécologue et coauteure de La grossesse pour les nuls (4).
Autre point de vigilance : les ustensiles de cuisine anti-adhésifs (notamment les poêles), qui contiennent des PFAS, des perturbateurs endocriniens particulièrement néfastes. Il vaut mieux se tourner vers l’inox, l’acier ou la fonte. « De même, il faut cesser de faire réchauffer ces aliments dans des récipients ou emballages plastique afin d’éviter la migration des molécules nocives, indique l’experte. Et préférer une bouilloire en verre ou en métal plutôt qu’une bouilloire plastique. »
Côté alimentation, l’idéal est de privilégier le bio, local et de saison, et le fait maison. « Il faut éviter les plats industriels transformés et les boissons contenues dans des canettes », indique Joëlle Bensimhon. Quant aux fruits et légumes, le conseil des spécialistes est de les rincer – idéalement dans un bain d’eau dans lequel on ajoute deux cuillères à soupe de bicarbonate – et de les éplucher.
Faut-il bannir l’utilisation de cosmétiques pendant la grossesse ?
« Tout ce qui contient des solvants, comme les vernis à ongles, est effectivement à bannir, remarque Joëlle Bensimhon, gynécologue. Mieux vaut aussi éviter, ou au moins réduire, l’utilisation de déodorants en spray et de teintures pour les cheveux. Pour le reste, je recommande de privilégier les produits sans Paraben ou Triclosan en se tournant vers des produits biologiques ou écolabellisés (Cosmos, Natrue ou Nature & Progrès, par exemple). »
Pour la toilette quotidienne, les experts recommandent d’utiliser des savons naturels, sans conservateur, ni parfum, ni antibactérien, et les huiles végétales. « N’utiliser que de l’huile d’amande douce sur le corps est une bonne option, note la gynécologue. De façon générale, plus la liste des ingrédients est courte, mieux c’est. »
La question des crèmes solaires est particulièrement sensible, car elle est appliquée sur la peau en grande quantité et demeure incontournable pour se protéger des méfaits du soleil. Là aussi, les produits biologiques ou écolabellisés sont à privilégier, car des études récentes ont révélé la présence de composants suspectés d’être des perturbateurs endocriniens : l’homosalate, l’octinoxate, l’oxybenzone et l’octocrylène.
Comment s’équiper pour accueillir son bébé sans l’exposer aux perturbateurs endocriniens ?
Les spécialistes recommandent de privilégier le mobilier en bois massif, non traité, ou de se tourner éventuellement vers des meubles d’occasion, déjà débarrassés des substances nocives.
Quant à la toilette du bébé, il est impératif d’éviter les lingettes et les crèmes en tout genre. « Là encore, il faut se tourner vers les gammes bios ou naturelles, souligne Odile Bagot, gynécologue. Le liniment, par exemple, dans la mesure où il n’est composé que d’huile d’olive et d’eau de chaux, est un très bon produit. Même chose pour les couches, il existe aujourd’hui des gammes bios à des prix accessibles. »
Concernant les biberons, les experts conseillent de préférer le verre. « Certes, le bisphénol A est aujourd’hui interdit dans leur fabrication, mais du plastique reste du plastique et la présence de liquide chaud et gras dans un contenant de ce type n’est pas anodine », précise la gynécologue.
Comment s’informer sur les produits que l’on achète ?
Différentes applications ont été développées ces dernières années qui permettent de scanner les produits pour en connaître la composition et savoir s’ils contiennent des composants problématiques. C’est le cas de l’appli QuelProduit développée par l’association UFC-Que Choisir, qui informe à la fois sur les produits alimentaires, cosmétiques et ménagers.
Il existe aussi Yuka, conçue par des développeurs indépendants, qui décrypte là encore les produits alimentaires et cosmétiques pour en évaluer l’impact sur la santé et l’environnement.
À noter aussi l’existence de deux autres applis : INCI beauty et Clean Beauty, qui se consacrent toutes deux à l’analyse des produits cosmétiques.
(1) Éd. Mango, 2020.
(2) Source : Santé publique France.
(3) Troubles déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.
(4) Éd. First, 2022.
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