Qu’est-ce que la rupture d’anévrisme cérébral ?
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Qu’est-ce que l’anévrisme cérébral ?
L’anévrisme correspond à une dilatation anormale de la paroi d’une artère du cerveau, se présentant sous la forme d’une « poche » au sein de laquelle le sang circule sous pression. « C'est comme une petite hernie sur une chambre à air, résume de façon imagée le Pr Vincent Costalat, chef du service de neuroradiologie interventionnelle à la clinique de l’anévrisme du CHU de Montpellier. Cette variante anatomique est présente chez 2 à 6 % de la population, sachant que les femmes sont plus touchées que les hommes, sans doute pour des raisons génétiques et hormonales. »
En règle générale, l’anévrisme apparaît au début de l’âge adulte (entre 20 et 30 ans). Dans la plupart des cas, il va rester stable. « Mais, pour une fraction de personnes – entre 4 000 et 5 000 par an – l’anévrisme va évoluer jusqu’à la rupture, qui est une pathologie très grave », précise le Pr Costalat.
« L’immense majorité des gens ignorent qu’ils sont porteurs de cette malformation, souligne le Pr Romain Bourcier, spécialiste en neuroradiologie interventionnelle au CHU de Nantes et chercheur à l’Institut du thorax. Ils la découvrent soit au moment de la rupture – donc trop tard – soit par hasard, à l’occasion d’un examen d’imagerie (IRM ou scanner) prescrit pour un autre motif (maux de tête, oreille qui bourdonne…). Mais il est important de rappeler qu’un anévrisme qui n’est pas rompu ne génère, le plus souvent, aucun symptôme. »
Quelles sont les causes de l’anévrisme et de la rupture d’anévrisme ?
« Les deux principaux facteurs de risque de présence et de rupture d’anévrisme se confondent : il s’agit de la consommation de tabac et de l’hypertension artérielle qui, toutes deux, fragilisent les artères », indique Romain Bourcier.
Certaines pathologies génétiques (telles que la polykystose rénale, la maladie de Marfan et celle d’Ehlers-Danlos) favorisent également la survenue d’anévrismes. Quant aux antécédents familiaux, ils pèsent aussi dans la balance, même si cette anomalie n’est pas héréditaire. « Si vous avez, parmi vos parents aux 1er et 2e degrés (père, mère, grands-parents, oncle, tante, frère, sœur) des personnes qui ont eu une rupture d'anévrisme, c’est un facteur de risque, signale Vincent Costalat. Il est donc recommandé de faire un dépistage, qui passe par une IRM. »
« Un anévrisme peut aussi se développer sans raison apparente : il m’arrive de recevoir en consultation des personnes qui ne fument pas, n’ont pas d’hypertension ni de prédisposition familiale, raconte le Pr Bourcier. C’est une maladie dont les mécanismes restent encore, en partie, méconnus. Mais le traitement des données de santé va sans doute permettre de mettre en valeur d’autres facteurs protecteurs ou de risques, tels que la prise de certains médicaments ou peut-être certains troubles du sommeil, par exemple. »
Comment agir en prévention ?
À l’échelle individuelle, prévenir une rupture d’anévrisme passe surtout par l’adoption d’une bonne hygiène de vie. « La première chose à faire, c’est d’arrêter de fumer et de surveiller sa tension, insiste Romain Bourcier. Il est aussi important d’avoir une alimentation équilibrée et une activité physique régulière. Certaines pratiques comme la méditation peuvent aussi être une façon de diminuer les niveaux de stress, qui ne sont jamais bons pour les gens qui ont des artères fragilisées. »
D’un point de vue médical, lorsqu’un anévrisme est diagnostiqué, il fait bien sûr toujours l’objet d’un suivi. « On commence par l’examiner pour évaluer son risque de rupture, dit le Pr Costalat. Si celui-ci est faible, on va mettre en place une surveillance annuelle. Si le risque est élevé (autrement dit si l’anévrisme est de taille importante et/ou d’aspect irrégulier), on peut proposer un traitement préventif qui, dans la grande majorité des cas, est endovasculaire. L’âge du patient et la localisation de l’anévrisme sont également des critères qui entrent en ligne de compte pour décider d’une intervention. »
« De plus en plus d'anévrismes sont traités préventivement mais il y a toujours autant de ruptures, ce qui veut dire qu'on soigne sans doute les mauvais », fait remarquer Romain Bourcier, qui travaille justement sur un projet (baptisé eCan) visant à proposer une approche innovante de prise en charge de ces malformations. Cette démarche passe par trois axes :
- la mise en place d’une campagne de dépistage systématique (1), par paliers : un questionnaire de santé, puis un test génétique (certains marqueurs augmentent en effet le risque d'anévrisme) et enfin, le cas échéant, une IRM.
- le développement d’un outil d’aide à la décision médicale (2), qui s’appuie sur la génétique, l’imagerie et les données cliniques. Celui-ci a vocation à déterminer quels anévrismes doivent être traités.
- la création d’une application à destination des patients (2) pour fournir un soutien psychologique et des informations sur le parcours de soins. Car découvrir qu’on est porteur d’un anévrisme est forcément un bouleversement. « Certaines expressions reviennent invariablement dans la bouche des patients : "épée de Damoclès", "bombe dans la tête", relate le Pr Bourcier. On sait aussi que 30 à 40 % des personnes ayant un anévrisme identifié développent des symptômes anxio-dépressifs. L’accompagnement est donc fondamental dans cette pathologie complexe. »
Quels sont les symptômes de la rupture d’anévrisme intracrânien ?
Quand un anévrisme cérébral éclate, il provoque un saignement autour du cerveau (ce que l’on appelle une hémorragie méningée) entraînant des maux de tête brutaux et violents. « C’est comme un coup de poignard dans la tête, décrit le Pr Costalat, chef du service de neuroradiologie interventionnelle à la clinique de l’anévrisme du CHU de Montpellier. Cela n’a rien à voir avec une migraine "classique" qui se manifeste par une douleur d'installation progressive. Là, c’est vraiment un éclair dans un ciel calme. » Un anévrisme rompu peut également entraîner des nausées, des vomissements, une raideur de la nuque, une sensibilité au bruit et à la lumière, une perte de connaissance et/ou des convulsions.
« On peut aussi avoir des signes concomitants d'accident vasculaire cérébral (comme des troubles de la parole ou un œil qui tombe) car l'anévrisme, avant de se rompre, peut comprimer un nerf », ajoute le spécialiste. À noter que les deux « pics » de rupture principaux se situent autour de 40 et de 60 ans, « sans qu’on sache très bien expliquer pourquoi », reconnaît Vincent Costalat.
Comment réagir et quelles sont les prises en charge possibles ?
La rupture d’anévrisme est une urgence médicale, il faut immédiatement appeler le Samu (15). « À l’hôpital, une imagerie cérébrale permettra de diagnostiquer la rupture de l’anévrisme et sa localisation, détaille Vincent Costalat. Ensuite, une équipe pluridisciplinaire décidera de la meilleure prise en charge. Aujourd’hui, 90 % des anévrismes sont traités par voie dite endovasculaire, c'est-à-dire qu'on passe par l'artère du bras (radiale) ou de la jambe (fémorale) pour remonter jusqu’au cerveau et arrêter le saignement. »
L’anévrisme est traité en le remplissant à l’aide de fils flexibles en platine (coils). D’autres dispositifs peuvent être utilisés pour colmater l’anévrisme et reconstruire la paroi de l’artère, comme des stents.
Dans les cas les plus graves – notamment lorsque la pression sur le cerveau est trop forte – la solution passe par un traitement chirurgical par « clipping » : celui-ci consiste à intervenir directement sur l’artère cérébrale pour poser une pince (clip).
Quelles peuvent être les séquelles d’une rupture d’anévrisme ?
« Dans un tiers des cas, la rupture d'anévrisme entraîne malheureusement le décès du patient, relève Romain Bourcier, spécialiste en neuroradiologie interventionnelle au CHU de Nantes. Il s’agit de ces morts brutales qui, parfois, ne s’expliquent pas. Pour un deuxième tiers des personnes, les séquelles neurologiques vont dépendre de la localisation de l’anévrisme et de l’ampleur du saignement, mais elles sont souvent majeures (paralysie, troubles du langage ou du comportement…). Je me souviens d’un homme d’une quarantaine d’années chez qui cet accident avait provoqué un syndrome de Korsakoff et qui, de ce fait, avait perdu la notion du temps et de la réalité. Sa mémoire à court terme était complètement défaillante. »
Enfin, un dernier tiers des patients, ceux soignés sans qu’aucune complication n’intervienne, auront la chance de s’en sortir sans trop de séquelles – du moins en apparence. « On a l’impression qu’ils vont bien mais ils développent souvent une fatigue chronique, voire des troubles anxieux, alerte le Pr Bourcier. Certains présentent des troubles de la mémoire ou de la concentration. Une rupture d’anévrisme est une sacrée épreuve et personne ne redevient vraiment comme avant. »
(1) Ce volet du projet est soumis pour être testé sur la région Pays de la Loire.
(2) Ces deux autres volets sont en cours de développement pour un déploiement national.
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