AVC : quelles sont les idées reçues sur les causes et les symptômes ?
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La cause d’un AVC est toujours un caillot
En réalité, il existe deux types d’AVC. Les AVC ischémiques, appelés également infarctus cérébraux, sont dus à un caillot qui va boucher une artère dans le cerveau. La zone n'est alors plus alimentée en oxygène. Ces infarctus cérébraux représentent environ 85 % des AVC. « Dans les 15 % restant, l'AVC est lié à la rupture d'une artère. C’est une hémorragie cérébrale qui peut avoir lieu dans le cerveau (hémorragie intracérébrale) ou dans l'enveloppe qui l’entoure (hémorragie méningée) », précise le professeur Yannick Béjot, chef de service de neurologie du CHU de Dijon et vice-président de la Société française neurovasculaire.
Les AVC dus à une rupture artérielle ont des conséquences plus graves que ceux liés à un caillot. « Nous sommes face à des cas sévères avec un plus mauvais pronostic à la fois sur le risque vital et sur le risque de récupération fonctionnelle, indique le médecin. Ces hémorragies cérébrales sont beaucoup plus compliquées à traiter. Le phénomène de rupture fait que quand on prend en charge le patient, l'hématome est déjà constitué. »
L’AVC se caractérise par des maux de tête
Le mal de tête est présent dans seulement 10 à 20 % des cas. La plupart du temps, l’AVC est totalement indolore. « Vous allez avoir une paralysie, un trouble visuel, un trouble du langage, sans autre signe, sans mal de tête. Trop de patients pensent : « J'ai le bras paralysé mais je n’ai pas mal. Je vais me coucher et ça ira mieux », déplore le professeur Yannick Béjot.
Dans ces circonstances, la perte de temps est considérable et empêche de mettre en route les traitements nécessaires. « Il faut donc bannir l'idée que ça fait mal à la tête. On voit encore trop d'affiches ou d’images où des personnes se tiennent la tête pour illustrer l’AVC. C’est faux. »
On ne fait pas un AVC quand on est jeune
Un AVC peut survenir à tout âge, y compris avant la naissance. Il est parfois détecté lorsqu’un enfant présente des retards de développement, notamment de la marche. « En France, on estime qu’il y a entre 500 et 1 000 enfants qui font un AVC chaque année », observe le neurologue.
Les AVC restent plus rares chez les enfants. « On sait que le risque augmente avec l'âge. Avant 50 ans, il est de l'ordre de 1 à 2 pour 10 000, et de 1 % après 80 ans en raison de facteurs de risque plus fréquents avec le vieillissement », indique le médecin.
Toutefois ces dernières années, on observe une augmentation des infarctus cérébraux chez les moins de 50 ans, liée aux facteurs à risques. « Il y a de plus en plus de diabète, d'obésité, d'hypertension, et le tabac ne diminue pas de manière satisfaisante en France. On consomme aussi davantage de substances toxiques comme la cocaïne ou le cannabis », ajoute le professeur Yannick Béjot.
Si les symptômes de l’AVC disparaissent, c'est que ce n'est pas grave
Si les symptômes d’un AVC disparaissent rapidement, cela peut être le signe d’un accident ischémique transitoire. Or, celui-ci est un signal d’alerte sérieux. La circulation sanguine vers le cerveau a été temporairement bloquée. Subsiste un risque élevé de faire un véritable AVC dans les heures ou les jours suivants. C’est pourquoi tout symptôme d’AVC, même bref, doit conduire à appeler immédiatement les secours.
Seule la motricité est touchée en cas d’AVC
Les symptômes d’un AVC dépendent de la zone du cerveau touchée. Si la partie du cerveau qui commande les mouvements est atteinte, cela peut provoquer des troubles moteurs. « Dans ce cas, on observe souvent une hémiplégie, c’est-à-dire une paralysie d’un côté du corps », souligne le chef du service neurologie du CHU de Dijon. Celle-ci peut être complète ou partielle, touchant le visage, le bras, la jambe, ou plusieurs parties à la fois.
L’AVC peut aussi provoquer des symptômes moins évidents. Les troubles du langage, appelés aphasie, se traduisent par des difficultés à parler, à comprendre ou à utiliser les mots correctement. Des troubles de la sensibilité ou visuels peuvent également survenir, comme la perte de sensation dans le visage ou les membres, la perte de vision d’un œil, ou encore d’une moitié du champ visuel.
« Enfin, des troubles soudains de l’équilibre peuvent apparaître. Il faut rester vigilant. Lorsqu’ils surviennent brutalement, il faut envisager un AVC », poursuit le médecin. La personne peut alors se sentir instable, comme sur un bateau, et avoir du mal à marcher.
Les femmes ont moins de risques de faire un AVC
« Les femmes ont en moyenne 20 à 30 % moins de risque d’AVC que les hommes, mais cette différence varie selon l’âge », confie le professeur Yannick Béjot. Entre 35 et 80 ans, les hommes sont plus touchés. « Cela s’explique en partie par une exposition plus importante à certains facteurs de risque, comme le tabac, le diabète ou l’hypercholestérolémie, même si ces écarts tendent à diminuer avec le temps. »
Deux périodes sont à surveiller pour les femmes. Avant 35 40 ans, le risque peut légèrement augmenter avec la grossesse ou la prise de contraceptifs œstroprogestatifs, surtout en cas de tabagisme. Chez les femmes très âgées, les AVC sont plus fréquents, notamment en raison de la fibrillation atriale1. « Les femmes vivent généralement plus longtemps que les hommes, et comme le risque d’AVC augmente fortement avec l’âge, cela conduit à un nombre total d’AVC chez les femmes comparable, voire parfois supérieur, à celui des hommes », rappelle le neurologue, qui précise que l’AVC est « la première cause de décès chez les femmes en France, la troisième chez les hommes. »
L'AVC ne représente pas de caractère d’urgence
Au contraire, l’AVC est une urgence médicale absolue, et les traitements doivent être administrés rapidement pour limiter les lésions et les séquelles. « Dans le cas d’un infarctus cérébral, on doit réouvrir l’artère bouchée. On peut agir avec un médicament qui dissout le caillot (thrombolyse), plus efficace lorsqu’il est administré dans les 4 h 30 suivant le début des symptômes », explique le professeur Béjot.
La thrombectomie, qui consiste à retirer le caillot directement dans l’artère, peut être réalisée jusqu’à 6 heures après le début des symptômes, parfois plus tard dans certains cas. « Mais quoi qu’il arrive, plus on agit tôt, plus grandes sont les chances de récupération du patient. Il n’y a donc aucune minute à perdre. »
Pour les AVC hémorragiques, l’artère se rompt et provoque un saignement cérébral. « Il faut alors contrôler rapidement la pression artérielle pour éviter l’aggravation du saignement et limiter l’extension de l’hématome ainsi que l’œdème autour de celui-ci », ajoute le neurologue. Dans tous les cas, plus la prise en charge est rapide, plus le risque de handicap diminue.
Il n'y a pas de prévention possible de l’AVC
On estime que 80 à 90 % des AVC pourraient être évités en agissant sur une dizaine de facteurs de risque, dont l’hypertension, responsable d’environ un tiers des cas. D’autres facteurs bien identifiés sont le diabète, l’hypercholestérolémie, le tabagisme, la sédentarité, l’obésité, le stress, l’anxiété, ainsi que la fibrillation atriale1. « Tous ces facteurs sont aujourd’hui connus et il existe pour la plupart des moyens de les prévenir ou de les traiter », reconnaît le chef du service de neurologie du CHU de Dijon.
Beaucoup ignorent encore les valeurs normales de la pression artérielle, du cholestérol ou de la glycémie. « Pourtant, ces repères devraient être aussi connus que le fait que la fièvre correspond à une température supérieure à 38 °C. »
Une prévention efficace passe par une meilleure information du public. « Aujourd’hui, on ne parle plus seulement de prévention primaire, qui consiste à traiter les facteurs déjà présents. On parle aussi de prévention primordiale : agir en amont, en éduquant la population pour éviter leur apparition », commente le médecin. L’objectif est de sensibiliser dès le plus jeune âge aux comportements favorables à la santé.
Après un AVC, il y a des séquelles
Encore une idée reçue que le professeur Yannick Béjot tient à clarifier : « Il n’y a pas forcément de handicap après un AVC, surtout lorsque le traitement est administré rapidement et efficacement. Il existe des patients qui gardent des séquelles, mais leur proportion est aujourd’hui plus faible qu’il y a une vingtaine d’années. » Pour les infarctus cérébraux, les progrès technologiques et thérapeutiques ont amélioré le pronostic fonctionnel2 des patients, entraînant moins de handicaps lourds.
Certaines séquelles persistent toutefois, surtout si l’AVC n’a pas été pris en charge à temps. Par exemple, lorsqu’il survient pendant le sommeil. « Aujourd’hui, on observe davantage de handicaps invisibles, c’est-à-dire que les patients n’ont pas de paralysie importante, mais rencontrent d’autres difficultés qui affectent leur vie quotidienne », ajoute le vice-président de la SFN.
Environ un tiers des patients développe une dépression dans l’année suivant un AVC, nécessitant une surveillance particulière. Les troubles cognitifs sont également fréquents, l’AVC étant la deuxième cause de troubles cognitifs majeurs et de démence après la maladie d’Alzheimer. « Environ 40 % des patients décrivent une fatigue importante après un AVC, entravant parfois les activités du quotidien, et persistant souvent de longs mois », conclut le médecin.
(1) C’est un trouble du rythme cardiaque qui favorise les AVC.
(2) La capacité d’une personne à retrouver ses fonctions normales après une maladie ou un accident, en particulier les mouvements, la parole, la mémoire, la capacité à se nourrir, à marcher ou à s’habiller seule.
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