Reconnaître et soigner le trouble du deuil prolongé
Publié le
Clémentine Delignières (ANPM-France Mutualité)
Temps de lecture estimé 4 minute(s)
« Il s’agit d’un des événements les plus douloureux de l’existence », admet Éric Bui, professeur de psychiatrie à l’université de Caen – CHU Caen et responsable du Centre régional du psychotrauma de Normandie. Après la perte d’un proche, une détresse profonde peut altérer le fonctionnement social ou professionnel : c’est la phase de « deuil aigu ». Avec le temps, elle diminue. Mais lorsqu’elle persiste avec la même intensité au-delà de six mois pour les enfants et adolescents ou douze mois pour les adultes, on parle de trouble du deuil prolongé.
Ce terme a fait son entrée dans la classification internationale des maladies de l’OMS en 2018 et dans le manuel de référence des troubles mentaux (DSM-5) en 2022, ce qui facilite sa prise en charge. Mais il fait débat, car certains spécialistes craignent que l’on considère le deuil comme une maladie et n’adhèrent pas à cette distinction sur la durée des symptômes.
L’apport de certaines thérapies
Selon une étude du Crédoc (1), le trouble du deuil prolongé concernerait 11 % des personnes endeuillées. Certains profils présentent plus de risques que d’autres : un décès violent, le lien avec le défunt (enfant ou partenaire de vie), les antécédents psychiatriques et traumatiques, les sources de stress, le faible soutien social, le fait d’être une femme…
Afin que la personne endeuillée puisse à nouveau se projeter dans l’avenir, la psychothérapie constitue le traitement de référence. La psychiatre américaine Katherine Shear a développé la Thérapie du deuil prolongé, en 16 séances. « Son efficacité a été prouvée par trois larges essais randomisés, reprend le psychiatre Éric Bui. On commence tout juste à former des professionnels en France. Certaines études montrent aussi l’intérêt des thérapies comportementales et cognitives, même si on manque encore de données à large échelle. »
Des recherches pour améliorer la prise en charge
Côté médicaments, aucun n’a prouvé son efficacité pour traiter le trouble lui-même, mais ils peuvent être prescrits pour l’anxiété ou la dépression. « Les circuits cérébraux de la douleur émotionnelle et physique étant proches, des chercheurs testent aussi des antalgiques pour traiter le trouble du deuil prolongé, ajoute Éric Bui. D’autres s’intéressent aux molécules contre les addictions. »
La neuro-imagerie s’attelle, quant à elle, à confirmer les marqueurs biologiques de ce trouble. Par exemple, une étude récente (2) suggère qu’il s’accompagne de modifications de certaines connexions cérébrales liées à l’attention, à la mémoire et à la régulation émotionnelle.
La recherche se concentre par ailleurs sur l’amélioration des psychothérapies et leur simplification, pour qu’elles puissent être accessibles au plus grand nombre. Peu de professionnels sont formés actuellement sur le sujet particulier du deuil.
(1) « Les Français face au deuil », Baromètre sur le vécu du deuil (4e édition), Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) et association Empreintes, octobre 2025.
(2) « Resting-state functional connectivity of the rostral and dorsal anterior cingulate cortex in older bereaved adults », Le François, T. et al., Journal of affective disorders, vol. 385, septembre 2025.
Quels sont les symptômes ?
Selon le manuel de référence des troubles mentaux (DSM-5), il existe plusieurs symptômes du trouble du deuil prolongé :
- Perturbation de l’identité (sentiment qu’une partie de soi est morte) ;
- Incrédulité marquée face au décès et évitement des rappels de la perte ;
- Douleur émotionnelle intense (colère, amertume, tristesse) ;
- Difficulté à se réengager dans la vie et engourdissement émotionnel ;
- Sentiment que la vie n’a plus de sens et solitude intense.
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