Vaccins : pourquoi sont-ils essentiels à notre santé ?
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Un produit de santé extrêmement sûr
Parmi toutes les inventions de la médecine, la vaccination est sans doute celle qui a prévenu le plus grand nombre de décès, en particulier chez l'enfant. Une étude récente de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) montre qu’elle a permis de sauver plus de 150 millions de vies au cours des 50 dernières années, et qu’à lui seul, le vaccin de la rougeole a préservé 60 % d’entre elles1. Grâce à la vaccination, la variole, une maladie particulièrement redoutable, a été totalement éradiquée, et d’autres maladies comme la poliomyélite sont devenues très rares.
La vaccination est non seulement un outil efficace mais aussi extrêmement sûr. Le risque qu’elle entraîne des effets secondaires sévères ou graves est très limité, surtout avec le déploiement de la vaccination moderne ces 20 dernières années. Les vaccins sont aujourd’hui très contrôlés. C’est en raison de ce haut degré de sécurité qu’il existe des obligations et recommandations gouvernementales pour vacciner l'ensemble des bébés et des enfants – les contre-indications vaccinales concernent les personnes touchées par des maladies telles que des déficits immunitaires.
Cependant, comme tout médicament, la vaccination peut avoir des effets indésirables. Les plus fréquents sont une douleur au point d’injection pendant deux ou trois jours et une fièvre modérée le lendemain.
Guillemette Masse-Ranson
Directrice adjointe du Centre de vaccinologie et immunothérapie de l'Institut Pasteur, Guillemette Masse-Ranson est spécialisée en immunologie et a travaillé de nombreuses années sur le VIH (virus de l’immunodéficience humaine).
Durant la pandémie de Covid-19, elle a exercé aux États-Unis en tant que directrice d'équipe de recherche pour le laboratoire Moderna qui a développé l’un des premiers vaccins à ARN messager contre le virus.
Les vaccins, garants de la santé collective
Lorsque l’on fait vacciner ses enfants, on ne le fait pas seulement pour leur propre bien, mais aussi pour la santé de tous. Les enfants en bas âge et les personnes qui n’ont pas un système immunitaire efficace (comme les personnes âgées et/ou présentant des comorbidités, etc.) ont besoin de cette santé collective pour être protégés. La vaccination est la meilleure prévention, puisque c'est la seule qui permet d'empêcher la propagation de maladies infectieuses graves.
Dès qu’on commence à sous-vacciner, on s’expose à un risque de recrudescence de la maladie concernée. C’est le cas actuellement avec la rougeole : en raison d’une moindre couverture vaccinale dans plusieurs régions du monde, on assiste à sa résurgence aux États-Unis, en Europe et en Asie centrale2.
Prenons un autre exemple, celui de la vaccination contre les papillomavirus (HPV). Lorsqu’elle a été lancée en France, elle a donné lieu à débat, car il s’agissait d’une forme vaccinale nouvelle et qui engendrait une réponse immunitaire forte, avec un effet un peu douloureux au point d’injection chez les enfants et adolescents. Mais il s’agit d’un vaccin ultra-sûr, extrêmement efficace et qui protège contre des cancers futurs.
En dépit de ces formidables bénéfices, certains parents hésitent encore à faire vacciner leurs enfants ou ne font vacciner que leurs filles en partant du principe que ce sont elles qui sont principalement impactées par le virus. Or, c’est un faux calcul. D’une part, un quart des cancers liés aux HPV touche les hommes. D’autre part, si seules les femmes sont protégées, le virus (qui se propage par voie sexuelle) va quand même se transmettre par les hommes. Il faut donc vacciner tous les enfants, garçons y compris.
Quelle différence entre vaccins obligatoires et recommandés ?
Depuis 2018, onze vaccins sont obligatoires pour les enfants, avant l’âge de deux ans, pour leur entrée en collectivité (et sauf contre-indication médicale) : contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’Hæmophilus influenzae b, l’hépatite B, le méningocoque C (ACWY aujourd'hui), le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole. Pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2025, s’est ajoutée la vaccination contre le méningocoque B.
D’autres vaccins sont recommandés, tels que ceux contre les HPV (à l’adolescence). « Il n’y a aucune différence en termes d’efficacité, de sécurité et de qualité entre les vaccins recommandés et les vaccins obligatoires, souligne Santé publique France. Les vaccins recommandés sont par ailleurs tout aussi importants à faire que les vaccins obligatoires. La distinction [entre les deux] est uniquement liée à l’histoire de la vaccination en France ».
La rédaction
La désinformation : LE « virus » à combattre
Contrairement à certaines idées reçues, la méfiance des Français vis-à-vis des vaccins n’est pas nouvelle. Elle existait bien avant l’épidémie de Covid-19. En 2009-2010, la campagne de vaccination à la grippe H1N1, plutôt mal préparée et assortie de mauvais outils de communication, l’avait augmentée.
Il est difficile de dire si l’épidémie survenue en 2020 a amplifié ou réduit le phénomène. Il est vrai que les nouvelles vagues de Covid survenues après les campagnes de vaccination ont pu susciter des questions. Elles s’expliquent cependant assez simplement. Le virus à l’origine de la Covid-19 a la propriété de muter beaucoup. Ce faisant, il change de forme et échappe au système immunitaire. C’est la raison pour laquelle on a vu apparaître des variants. Mais si la vaccination n’a pas permis de limiter parfaitement la transmission entre individus, elle a eu un bénéfice médical essentiel, celui de limiter le nombre d’hospitalisations et de décès, même vis-à-vis des nouveaux variants
Que faire contre le vaccino-scepticisme ambiant ? Le contrer n’est pas facile, d’autant que son degré varie d’une personne à l’autre, entre ceux qui s’interrogent sur l’innocuité d’un vaccin et d’autres qui vont jusqu’à nier l’existence même des virus3.
Il faut continuer à informer, même si le combat peut sembler déséquilibré, entre d’un côté des organismes de recherche tels que l’Institut Pasteur, qui mènent des travaux sur des décennies et le font en toute transparence, et de l’autre la multitude d’informations non vérifiées qui circulent sur les réseaux sociaux. En une ou deux phrases, ces informations peuvent semer le doute sur tel ou tel vaccin. Il n’est pas insensé de penser qu’une partie d’entre elles émane de réseaux bien installés et « flirtant » avec le complotisme.
Les réponses de la science à vos questions de santé
Alors que les fausses informations circulent plus vite que jamais, Harmonie Santé fait le choix de rappeler les faits avec « Ce que dit la science ». Signés par une chercheuse ou un chercheur, ces articles font le point sur un sujet qui vous préoccupe, comme ici la dépression, et répondent aux questions que vous vous posez. Objectif : mieux comprendre pour savoir comment agir sur votre santé.
La rédaction
De nouveaux modes d’administration, par le nez ou la bouche
Rappelons tout d’abord, de façon simplifiée, le principe de la vaccination. Elle consiste à injecter à l’individu une forme atténuée de la maladie ou bien une partie inerte d’un microbe afin qu’il soit en soit protégé à l’avenir. L’introduction se fait par une piqûre dans le muscle ou sous la peau la plupart du temps. Le système immunitaire de l’individu réagit en fabriquant des défenses appelées anticorps et en activant certaines cellules de façon massive. Cette réponse reste active des mois ou des années après la vaccination, ce qui constitue la mémoire immunitaire.
Il existe différents types de vaccins. Un vaccin peut par exemple contenir tout ou partie du microbe, sous forme atténuée (l’agent infectieux est vivant mais inapte à déclencher la maladie) ou bien inactivée (il est tué mais reste capable de susciter la réponse immunitaire attendue). Il peut aussi contenir une petite partie de l’agent infectieux (une protéine, par exemple).
Mais bien d’autres méthodes de fabrication se sont développées, comme celle de l’ARN messager, utilisée pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Cette dernière a permis une rapidité de développement et une production simplifiée par rapport aux vaccins traditionnels : en moins d’un an, des vaccins ont été rendus disponibles, ce qui représente une incroyable avancée médicale.
Bien d’autres progrès sont en cours. Pour combattre la grippe ou le coronavirus, on devrait voir se développer un type de vaccination permettant d’immuniser les voies de transmission que sont les voies respiratoires, ce qui contribuerait à limiter fortement les contaminations entre individus. En lien avec d’autres organismes dans le monde, l’Institut Pasteur travaille sur cette immunité « mucosale » (en rapport avec les muqueuses).
Concrètement, ces recherches devraient aboutir à des vaccins sous forme de spray nasaux ou buccaux. Il en existe déjà contre la grippe, aux États-Unis ou au Canada. Ces nouveaux modes d’administration s’avèrent particulièrement intéressants lorsqu’on sait que beaucoup de personnes, enfants comme adultes, craignent les aiguilles.
Les vaccins thérapeutiques : de quoi s’agit-il ?
Tandis que les vaccins préventifs sont destinés à empêcher la survenue d’une infection, les vaccins thérapeutiques, eux, visent à traiter une personne déjà malade en stimulant (ou en réveillant) son système immunitaire.
Encore en phase de test, ils concernent certaines maladies infectieuses comme le VIH, l’hépatite virale mais aussi les cancers. Dans ce dernier domaine, la recherche est particulièrement porteuse d’espoirs, avec d’immenses avancées scientifiques et médicales récentes, car elle ouvre la voie à de la médecine personnalisée qui permettrait à un individu malade d’être traité avec un vaccin adapté spécifiquement à sa tumeur.
Se préparer aux futures pandémies
Au sein de l’Institut Pasteur, le Centre de vaccinologie et immunothérapie coordonne la recherche et le développement de plusieurs candidats vaccins (encore en phase de recherche, de développement ou de test). Parmi les pathogènes ciblés, la bactérie shigelle (qui cause une diarrhée aiguë touchant principalement les enfants en bas âge dans les pays en voie de développement), le virus du chikungunya, le parasite du paludisme ou encore la bactérie de la peste.
Plus largement, l’Institut Pasteur fait partie des leaders d’un grand consortium européen (European Vaccines Hub, EVH) qui travaille sur les meilleures manières de se préparer aux futures pandémies. Ce programme va de la recherche jusqu’à la production d’éventuels candidats vaccins, l’objectif étant d’aboutir à des vaccins « pré-préparés » qui permettraient de réagir très rapidement en cas de flambée épidémique. L'EVH a notamment pour ambition de réduire considérablement le temps de développement de nouveaux vaccins à moins de quatre mois après l'identification d'un pathogène.
Dans le cadre de ces recherches, les virus pouvant causer des grippes pandémiques (de type H5N1) ou de la variole du singe (MPox) font actuellement l’objet d’une très haute surveillance.
(1) Plus d’informations sur cette étude : Les actions mondiales en faveur de la vaccination ont permis de sauver au moins 154 millions de vies au cours des 50 dernières années.
(2) Pour en savoir plus : trois questions sur la rougeole, sur le site de l’Institut Pasteur.
(3) Lire à ce sujet « Les faux savants : Plongée au cœur du complotisme scientifique » de Laurent Foiry, docteur en génétique moléculaire et biologiste, éditions de l’Aube, 2024.
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