Face aux actualités anxiogènes, comment préserver sa santé mentale ?

Publié le

Damienne Gallion

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Face aux actualités anxiogènes, comment préserver sa santé mentale ?
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Guerre en Ukraine, tensions internationales, réchauffement climatique, crise politique en France… L’actualité a de quoi inquiéter nombre d’entre nous, surtout lorsque nous la « consommons » à travers les écrans et les réseaux sociaux. S’informer sans mettre sa santé mentale en péril, est-ce possible ? Voici des conseils pour (re)trouver le bon équilibre.

Vous sentez-vous épuisé(e) ou stressé(e) par un trop-plein d’informations ? Si oui, sachez que vous n’êtes pas seul(e). Dans l’enquête sur « la fatigue informationnelle et les Français  » actualisée en 2024 par la Fondation Jean Jaurès, un Français sur deux exprime ce ressenti. Et 73 % des personnes « très fatiguées » par cet excès d’informations indiquent avoir souffert de stress, d’anxiété, de déprime ou de dépression dans le mois précédant l’enquête, contre 61 % des personnes interrogées.

De nombreuses études (dont celle citée ci-dessus) montrent que ce sont nos nouveaux modes de consommation de l’information qui causent en grande partie ces effets négatifs, plus que la nature même des actualités. La bonne nouvelle est que nous pouvons reprendre le contrôle. Explications.

Ressentir des émotions face à l’actualité : une réaction saine

Ces dernières années, les informations anxiogènes se multiplient : attentats terroristes, Covid-19, conséquences du réchauffement climatique, menace d’un conflit sur le sol européen… Quel effet cela peut-il avoir sur notre santé mentale ? 

« Les patients malades d’anxiété ont tendance à fixer leur angoisse sur les thèmes à la Une de l’actualité, témoigne le psychiatre Michel Lejoyeux. Si demain, il est question de crue de la Seine, ils se focaliseront sur ce sujet. »

Pour autant, souligne le professeur, « aucune étude ne vient montrer une hausse de la prévalence (1) de l’anxiété ou de la dépression. Le climat actuel d’incertitude ne déclenche pas des maladies, mais génère des émotions. Or, il est normal de ressentir des émotions face à une situation instable. Cette attitude me semble plus saine que celle qui consisterait à se préserver à tout prix de l’impact des actualités. »

En somme, il s’agit de redonner leur « juste place » aux informations. « Mais ce n’est pas si simple, compte tenu de leur omniprésence, de leur caractère répétitif et de l’habitude que l’on a prise d’être informé en permanence », reconnaît le Pr Lejoyeux.

Captée par les GAFAM et les réseaux sociaux, notre attention est en danger

Ces 20 dernières années, notre rapport à l’information a complètement changé, avec le développement des réseaux sociaux (Facebook, YouTube, Instagram, TikTok…) et celui du smartphone. « Avec cet équipement individualisé, nous sommes de plus en plus "seuls ensemble" (2), explique Virginie Sassoon, docteure en sciences de l'information et de la communication et directrice adjointe du Clémi (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information). Avant, l’usage des médias était plus collectif. Il s’organisait souvent autour du journal télévisé et pouvait produire du "commun", des débats. Quant aux réseaux sociaux, ils polarisent l’actualité et amplifient nos biais de négativité (3). Assaillis par une pluralité de voix, nous avons l’impression de ne plus comprendre le monde dans lequel on vit. Tout cela produit de l’anxiété ».

Cette nouvelle relation à l’information, ce sont les GAFAM (Google, Apple, Amazon, Microsoft), les plateformes numériques et les réseaux sociaux qui l’ont créée et l’entretiennent. À grand renfort d’algorithmes et de stratégies sophistiquées, ils exploitent notre temps et notre capacité d’attention, générant des comportements addictifs, tels que la pratique du doomscrolling qui consiste à faire défiler de façon compulsive les fils d’actualité sur les réseaux sociaux.

Comment reprendre le contrôle sur les écrans ?

« La première étape est de comprendre ce qui nous arrive, estime Virginie Sassoon. Repérer les mécanismes de captation de l’attention, c’est apprendre à protéger sa santé mentale et physique ». Pour en prendre conscience, il existe de nombreuses ressources documentaires. Citons à titre d’exemple le film « Derrière nos écrans de fumée » (« The Social Dilemma », en VO), de l'Américain Jeff Orlowski, disponible sur Netflix, et qui a fait grand bruit à sa sortie en 2020.

Une fois cette étape franchie, faut-il nécessairement en passer par des « détox digitales » ? De telles démarches peuvent être prônées à l’occasion par la jeune génération elle-même. Ainsi, de célèbres Youtubeurs tels Inoxtag ou Lena Situations se sont lancés dans des « jeûnes médiatiques » - qu’ils n’ont pas manqué de filmer.

Dans son livre « Faire la paix avec nos écrans », qu’elle a co-écrit avec le journaliste François Saltiel (4), Virginie Sassoon estime que les solutions de déconnexion totale sont irréalistes, compte tenu de nos environnements de vie et de travail. « On ne peut pas vraiment vivre sans les écrans, observe-t-elle. La véritable question est donc : comment vivre avec ? Internet est un magnifique outil qui permet d’assouvir notre quête de savoir et d’information. Le tout est de l’utiliser avec discernement, et à l’aide de réflexes à développer dès le plus jeune âge ».

Des solutions pratiques

Au quotidien, pour chacun d’entre nous et notre entourage, reprendre le contrôle sur les écrans et la consultation des informations, peut passer par des solutions telles que :

  • Désactiver les notifications sur son téléphone portable ;
  • Supprimer les applications que l’on aura identifiées comme chronophages et nocives ;
  • Définir des zones sans écran, comme la table ou le salon ;
  • Fixer des temps sans écran ;
  • Sélectionner nos sources d’information.

Concernant ce dernier point, « il est important de choisir les médias qui répondent à nos besoins et nous permettent de développer un rapport serein et conscient à l’actualité, indique Virginie Sassoon, tout en limitant leur nombre et le temps de consultation ». À cet égard, privilégier les newsletters, dont l’avantage est d’avoir un début et une fin, peut être une bonne idée.

Revenir à soi et aux autres

Plus important encore que notre relation aux informations, maîtriser notre temps d’écran a un but essentiel : « préserver le lien avec soi-même et les autres », souligne la directrice adjointe du Clémi Virginie Sassoon. Un lien qui fait l’objet de tout un chapitre dans son livre et qui, on le sait, est le fondement de notre santé mentale et physique.

Dans son ouvrage « L’aventure de la bonne humeur » (5), le psychiatre Michel Lejoyeux donne de nombreux conseils, tests et exercices pratiques pour prendre soin de sa santé mentale. Parmi ceux-ci, « deux axes de résistance à la pression de l’actualité semblent particulièrement pertinents », estime-t-il.

Le premier consiste à privilégier les temps intimes et familiaux. « Faites un bilan concernant les personnes qui comptent le plus pour vous, suggère Michel Lejoyeux. Avez-vous passé ces dernières semaines plus de temps à communiquer avec eux qu’à la consultation des actualités ? »
Deuxième axe, « la mise à distance des toxiques que sont l’alcool, le tabac et la sédentarité, souligne le psychiatre. La meilleure réponse au virtuel, c’est le corps. Des études montrent que trois quarts d'heure d'activité physique trois fois par semaine ont un effet comparable à celui d'un antidépresseur. »

Si l’on met en place ces deux démarches, « l’actualité et la consultation des écrans reprendront leur place normale, promet Michel Lejoyeux. Et si un sujet d’actualité continue à vous angoisser particulièrement, mieux vaut dans ce cas passer à l’action en s’engageant dans le domaine concerné, par exemple au travers d’une association. »

Des ressources pour aller plus loin

(1) Prévalence : le nombre de cas d'une maladie dans une population à un moment donné.
(2) « Seuls ensemble » est une expression inventée par Sherry Turkle, une psychologue américaine.
(3) Tendance cognitive à donner plus de poids aux événements négatifs qu'aux événements positifs.
(4) « Faire la paix avec nos écrans », François Saltiel et Virginie Sassoon, Éditions Flammarion, 2025.
(5) L’aventure de la bonne humeur, Éditions Le Livre de Poche, janvier 2026.

Rédigé par

  • Damienne Gallion

    Journaliste généraliste, avec une prédilection pour les sujets santé, sciences, monde du travail, économie sociale et solidaire, vie pratique.

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