Les compléments alimentaires sont-ils utiles ou risqués pour la santé ?

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Damienne Gallion

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Les compléments alimentaires sont-ils utiles ou risqués pour la santé ?
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Nous sommes de plus en plus nombreux à consommer des compléments alimentaires, dans l’espoir de renforcer notre système immunitaire, d’être en meilleure forme, ou d’améliorer notre sommeil. Mais ces produits ont-ils fait la preuve de leur efficacité ? Et peuvent-ils être consommés sans danger ?

Selon l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), un Français sur quatre consommerait des compléments alimentaires. Un sondage réalisé en 2024 pour le compte du Synadiet, le syndicat national des compléments alimentaires, avance, lui, le chiffre de 61 % de consommateurs (adultes et enfants confondus), contre 46 % en 2018. Le marché de ces produits a dépassé les 3 milliards d’euros en 2025.

« Présentés comme bons pour la santé, les compléments alimentaires font l’objet d’un engouement de la part de nombreux Français qui se sentent fatigués ou qui veulent compenser une alimentation déséquilibrée, observe Laurent Chevallier, médecin nutritionniste, praticien en clinique et ancien médecin attaché à l’hôpital du CHU de Montpellier. Mais en prendre en automédication, de façon anarchique, n’a pas beaucoup de sens ».

Même écho du côté de l’Anses, qui recommande la plus grande vigilance. L’agence souligne que les compléments alimentaires ne sont nécessaires que dans des cas limités et que certains peuvent présenter des risques en cas de surdosage, de prises simultanées ou d’interactions médicamenteuses. Mieux vaut dans tous les cas demander le conseil d’un médecin ou d’un pharmacien. Explications.

Compléments alimentaires : de quoi parle-t-on ?

Une directive du Parlement européen définit les compléments alimentaires comme des « denrées alimentaires ayant pour but de compléter le régime alimentaire normal » (1). Ces produits peuvent contenir :

  • des nutriments (c’est-à-dire des vitamines et des minéraux),
  • certaines substances à but nutritionnel ou physiologique (touchant au fonctionnement de l’organisme) tels que les acides aminés,
  • d’autres substances telles que des plantes ou extraits de plantes.

Les compléments alimentaires sont commercialisés sous forme de doses (gélules, pastilles, poudre, comprimés… ) ou bien en préparation liquide (ampoules, flacon multi-goutte…). Ils s'achètent librement sans ordonnance. On les trouve partout : en pharmacie et parapharmacie, dans les supermarchés ou en magasins spécialisés, et sur Internet.

Quelles différences entre compléments alimentaires et médicaments ?

Du fait de leur présentation et de leur composition, les compléments alimentaires peuvent faire penser à des médicaments. Il s’agit cependant de produits bien différents.

Pour pouvoir être mis sur le marché, un médicament est soumis à plusieurs procédures et évaluations scientifiques, souvent longues et coûteuses, et en particulier à des tests d’efficacité et de toxicité. Un complément alimentaire, lui, n’a pas besoin d’autorisation de mise sur le marché et n’est pas tenu aux mêmes tests. Toutefois, sa composition et son étiquetage sont encadrés par un décret qui fixe notamment une liste d’ingrédients autorisés. Cette composition doit par ailleurs être déclarée auprès de la Direction générale de l’Alimentation, qui l’examine et réalise des contrôles.

Le complément alimentaire n’étant pas un médicament, il ne peut revendiquer aucun effet thérapeutique. Il peut en revanche mettre en avant une « allégation de santé », c’est-à-dire un message qui affirme, suggère ou implique l’existence d’un lien entre une denrée alimentaire ou l'un de ses composants et la santé. Exemples : « Le magnésium contribue à réduire la fatigue » ou bien « Les flavanols de cacao aident à préserver l’élasticité des vaisseaux sanguins ». Depuis 2007, afin d’assurer une information juste aux consommateurs, les allégations nutritionnelles et de santé sont régies par un règlement européen.

Les compléments alimentaires peuvent-ils être utiles dans certains cas ?

Selon l’Assurance maladie, « les compléments alimentaires sont censés compléter les apports alimentaires pour aider à corriger certaines carences ». Ainsi, la vitamine B9 (acide folique) prise pendant le 1er et le 2e trimestre de la grossesse permet d’éviter certaines malformations congénitales, tandis que la vitamine B12 contribue à lutter contre l'anémie chez les femmes qui ont des règles très abondantes. La prise de compléments de fer peut également être prescrite pour les femmes en âge de procréer, les femmes enceintes, les adolescentes, les enfants en période de croissance, etc. Dans toutes ces situations, un suivi médical est nécessaire.

Mais dans la population générale, « les déficits d’apport et a fortiori les carences en nutriments sont très rares […] et ne concernent que la vitamine D, souligne l’Anses. De manière générale, en l’absence de pathologie, la couverture des besoins nutritionnels est possible par une alimentation variée et équilibrée dans le cadre d’une vie quotidienne physiquement active. La consommation de compléments alimentaires n’est alors pas nécessaire ».

Toutefois, pour le médecin nutritionniste Laurent Chevallier, la prise de compléments alimentaires peut être intéressante dans certains cas, en prévention. Le spécialiste a consacré son dernier ouvrage au rôle essentiel que jouent les mitochondries dans notre organisme (2). « Les mitochondries sont des minuscules structures qui fournissent l'énergie utilisable par nos cellules, régulent leur vieillissement et préviennent le développement de multiples maladies, explique-t-il. Pour qu’elles fonctionnent bien, elles ont besoin de magnésium. Or, il est reconnu que 70 % des Français en manquent. Dans certains cas, une supplémentation en magnésium assimilable (qui franchit facilement la barrière intestinale pour être utilisé par les cellules) peut avoir du sens ».

Laurent Chevallier évoque également la situation de patients souffrant d’un excès de cholestérol et traités avec des statines. « Ces médicaments peuvent provoquer un mauvais fonctionnement des mitochondries, ce qui peut avoir des conséquences sur le muscle cardiaque, affirme le médecin. Il peut être intéressant dans certains cas de supplémenter ces personnes avec des compléments alimentaires de coenzyme Q10, substance naturellement présente dans l’organisme mais dont la synthèse diminue avec l’âge ».

Les avantages d’une alimentation équilibrée

En dehors des cas particuliers et des situations de carence évoqués ci-dessus, le médecin nutritionniste Laurent Chevallier déconseille de prendre des compléments alimentaires en automédication et prône une alimentation bio et si nécessaire un rééquilibrage alimentaire.

« Quand on prend une pomme crue, qui contient de la vitamine C, il faut savoir que celle-ci est beaucoup plus efficace que lorsqu’on la prend sous forme de comprimé, explique-t-il. Cela s’explique par l’effet "matrice alimentaire", c’est-à-dire la façon dont les différents composants (fibres, protéines, lipides, eau, etc.) d’un aliment sont organisés et interagissent les uns par rapport aux autres. Cet effet, qui joue un rôle important dans les bénéfices nutritionnels et l’assimilation d’un aliment, ne se retrouve pas dans un complément. » Pour faire le plein de vitamines, Laurent Chevallier recommande une alimentation très riche en légumes et fruits frais. Il prône notamment le kiwi, qui contient beaucoup de vitamine C et de la vitamine E, ainsi que les fruits rouges, qui protègent les cellules.

Autre exemple : pour lutter contre les déficits en oméga-3 dont il est souvent question dans certaines études, le spécialiste estime qu’il « vaut mieux consommer du poisson gras (maquereau, sardine) au moins une fois par semaine plutôt que de miser sur la prise de compléments alimentaires dans lesquels, par exemple, le poisson est pressé avec d’autres éléments puis transformé et coloré le plus souvent ».

Compléments alimentaires : quels sont les risques et précautions d’usage ?

Les compléments alimentaires sont des substances actives, comme les aliments ou les médicaments, qui peuvent parfois déclencher des effets secondaires. Il s’agit le plus souvent de problèmes digestifs, allergiques ou liés au fonctionnement du foie (perturbation du bilan hépatique, coloration des urines, sensation de fatigue…) qui disparaissent après l’arrêt de la consommation.

Depuis 2009, via sa plateforme de signalement ouverte aux particuliers, l’ANSES a collecté plus de 5 000 cas d’effets secondaires liés à l’utilisation de compléments alimentaires. Des effets parfois dramatiques : à la suite de plusieurs atteintes hépatiques, dont une mortelle, les compléments alimentaires à visée minceur contenant la plante Garcinia cambogia ont vu leur commercialisation suspendue en avril 2025.

« La question numéro 1 sur les compléments alimentaires reste celle de leur fabrication, estime Laurent Chevallier, médecin nutritionniste. Quelle est la nature des solvants (3) utilisés ? Quelles sont les sources d’approvisionnement, y compris des produits estampillés "Fabriqués en France" ? Sur ce sujet, il y a un défaut d’information. Acheter des compléments alimentaires en pharmacie représente une certaine garantie de sécurité, mais celle-ci n’est jamais totale, les pharmaciens eux-mêmes ne connaissant pas toujours les processus d’élaboration, notamment pour les produits importés. Cela évite néanmoins les produits frauduleux. »

Les cinq conseils de l’Anses

Pour consommer sans risques les compléments alimentaires, voici les 5 conseils donnés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

  1. Demander conseil à un professionnel de santé.
  2. Éviter les prises prolongées, répétées ou multiples.
  3. Respecter les conditions d’emploi.
  4. Être vigilant quant aux produits présentés comme miraculeux.
  5. Privilégier les produits vendus dans les circuits les mieux contrôlés. 

(1) Directive 2002/46/CE du Parlement européen, transposée dans le décret n°2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires.
(2) « Le pouvoir fascinant de vos mitochondries - Activez vos cellules pour votre vitalité et votre santé », Laurent Chevallier, éditions Robert Laffont, 2025. 
(3) Les solvants dans les compléments alimentaires sont utilisés pour extraire, dissoudre ou stabiliser les principes actifs. 

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Damienne Gallion

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