Quels sont les dangers du « doomscrolling » ?

Publié le

Damienne Gallion

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Quels sont les dangers du « doomscrolling » ?
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La pratique du « doomscrolling » consiste à faire défiler du contenu anxiogène sans fin sur son portable. Cette habitude entraînerait stress et anxiété, en particulier chez les jeunes.

« Lorsque la guerre en Iran a éclaté, j’ai commencé à regarder des vidéos sur Tik Tok, raconte Étienne, 14 ans. Je n’arrivais pas à m’arrêter, d’autant que le contenu qui m’était proposé tournait systématiquement autour de ça. Normalement, mon temps d’utilisation est limité à quelques minutes sur Tik Tok. Mais cette limite avait "sauté" suite à un bug. C’est seulement quand mon père l’a rétablie que forcément, ça m’a arrêté ». Ce témoignage pourrait être celui de milliers d’autres adolescents, concernés par le « doomscrolling ». 

« Ce terme décrit une tendance compulsive à parcourir un fil d’information anxiogène sans pouvoir s’en détacher, expliquent Virginie Sassoon, docteure en sciences de l'information et de la communication, et le journaliste François Saltiel dans leur livre Faire la paix avec nos écrans1. [La chercheuse en psychologie cognitive] Séverine Ehrel pense que même si les informations sont irritantes, décourageantes ou déprimantes, nous restons absorbés par les biais de négativité (…). » 

Ces biais désignent notre tendance cognitive à donner plus de poids aux événements négatifs qu'aux événements positifs.

Quels effets sur la santé ?

Marion est psychologue clinicienne en région parisienne et reçoit principalement des adolescents ou des jeunes gens. Elle raconte : « Les étudiants et les lycéens me parlent assez souvent du "doomscrolling". Ils le décrivent comme un mouvement compulsif qui finit par les rendre de plus en plus anxieux sans qu’ils réussissent pour autant à s’en détacher facilement. J’ai le sentiment que je l’entends chez les profils de jeunes à tendance anxieuse, et plutôt dans les moments de stress ou de vulnérabilité. »

Si le « doomscrolling » ne crée pas de pathologie à proprement parler, des études montrent en effet que les personnes anxieuses ou qui présentent une intolérance à l’incertitude sont davantage susceptibles d’avoir recours à cette pratique. Or, loin de calmer leurs inquiétudes, le « doomscrolling » aurait au contraire tendance à les amplifier.

Passer trop de temps à faire défiler des contenus anxiogènes peut entraîner une augmentation des taux d'hormones du stress, comme le cortisol et l'adrénaline, précisent les psychologues. À la clé, un stress accru et une fatigue physique et mentale.

Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement touchés ?

On le sait, le modèle économique des GAFAM (Google, Apple, Amazon, Microsoft), des plateformes numériques et des réseaux sociaux repose sur leur capacité à exploiter notre temps et notre capacité d’attention.

Quel que soit notre âge, si nous ne maîtrisons pas notre usage des appareils connectés, nous sommes donc tous exposés au « doomscrolling ». Toutefois, les jeunes sont particulièrement concernés. Selon une étude du Credoc, 19 % des 18-24 ans indiquent passer sur leur smartphone plus de 5 heures par jour, tandis que 42 % de la tranche d’âge 12-17 ans y passent quotidiennement entre 2 et 5 heures.2

Le danger est tel que l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, a appelé début 2026, sur la base d’une expertise scientifique approfondie, à sécuriser les usages des réseaux sociaux pour protéger la santé des adolescents. Les adolescents sont particulièrement vulnérables aux stratégies de captation de l’attention des GAFAM, souligne l’agence.

Ces méthodes « s’appuient sur des dispositifs incitatifs puissants comme des interfaces manipulatrices (dark patterns) et des algorithmes qui proposent des contenus ultra-personnalisés. Ces algorithmes peuvent générer un “effet spirale” où les utilisateurs se voient enfermés dans des contenus de plus en plus ciblés, parfois extrêmes. » Or, souligne l’ANSES, les capacités de régulation émotionnelle et comportementale des adolescents sont encore limitées par rapport aux adultes.

Dans son enquête, l’agence pointe en particulier des effets en matière de sommeil : les jeunes hyperconnectés ont tendance à se coucher tard et à voir leur processus d’endormissement perturbé. Ces dérèglements peuvent entraîner somnolences durant la journée, irritabilité, tristesse et favoriser des symptômes dépressifs.

Les bons réflexes à adopter

Comment lutter contre le doomscrolling et préserver sa santé mentale face aux actualités anxiogènes ? Dans l’idéal, il s’agit d’arriver (que ce soit pour son adolescent pour soi) à un usage contrôlé du smartphone, des réseaux sociaux et des fils d’information.

Premier pas important pour relever ce défi : prendre conscience des stratégies de captation de l’attention mises en place par les GAFAM (il existe pour cela de nombreuses ressources documentaires).

Ensuite, voici quelques conseils pratiques :

  • désactiver les notifications ;
  • désinstaller (même temporairement) les applications trop addictives ;
  • fixer une limite de temps d’usage ;
  • ne pas allumer son téléphone au saut du lit ;
  • passer son téléphone en mode « noir et blanc » (cela rend l’usage moins attractif) ;
  • pour les parents vis-à-vis de leurs enfants : définir des temps et/ou des zones dans la maison « sans écran ».

(1) « Faire la paix avec nos écrans », François Saltiel et Virginie Sassoon, Éditions Flammarion, 2025.
(2) Étude du Credoc Baromètre du numérique - Edition 2025.

Comment gérer son temps sur les applications du téléphone ?

Des applis pour gérer le temps passé sur les applis ? Il fallait y penser. Quelques exemples :

  • Space. Auparavant connue sous le nom de Breakfree et téléchargée par plus de 800 000 personnes, cette appli permet de limiter son temps de connexion.
  • Forest. Le concept : on fixe une plage de travail pendant laquelle on souhaite rester concentré sur une tâche et un arbre virtuel pousse. Si on quitte l’application, l’arbre meurt.
  • Moment. Mesurant le temps passé sur les réseaux sociaux, cette application permet de créer des alertes personnalisées qui apparaissent après un certain temps d’utilisation.

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