Surexposition aux écrans : les seniors aussi
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Les seniors sont-ils de plus en plus connectés ?
Les 65 ans et plus consacrent près de cinq heures par jour aux écrans (296 minutes exactement), selon le Baromètre du numérique édition 2026 de l’Arcep (1).
C'est un volume horaire qui talonne celui des plus jeunes, même si la nature des contenus diffère. En effet, les seniors passent 3 h 30 de ce temps devant la télévision, contre 47 minutes par jour pour les moins de 17 ans. Si celle-ci reste leur écran favori, les plus de 70 ans utilisent de plus en plus leur smartphone au quotidien. Ils sont 73 % à en posséder un, soit une hausse de 6 points en un an.
Les seniors privilégient majoritairement des fonctions « basiques » : appels, SMS, messageries instantanées, partage de photos, consultation d’actualités ou démarches administratives simples.
La lumière bleue est-elle plus nocive pour les seniors ?
La lumière bleue, émise massivement par les éclairages LED de nos écrans, possède une énergie élevée qui sollicite intensément les photorécepteurs de nos yeux. En plus de perturber notre cycle de sommeil, cette lumière de haute énergie force l'œil à un effort de mise au point constant, ce qui provoque rapidement une fatigue visuelle.
Cependant, face à ce rayonnement, nous ne sommes pas tous égaux. Comme l’explique le professeur Nicolas Leveziel, ophtalmologue, les seniors bénéficient d'un bouclier naturel. « Les patients âgés ont souvent le cristallin plus opaque, ce qui va bloquer beaucoup plus la lumière bleue que chez un enfant. »
Néanmoins, lorsqu'on lit sur écran, « on cligne environ trois fois moins des yeux, ajoute-t-il. Cela entraîne à terme une évaporation des larmes et peut créer une sensation d’irritation oculaire voire une kératite (yeux rouges). Or, ce phénomène sera en revanche accentué chez les personnes âgées qui sont davantage sujettes à des problèmes de sécheresse oculaire. »
En outre, la lumière bleue pourrait potentiellement avoir une certaine toxicité sur la rétine, même s’il faut relativiser cette information. « Il n’y a actuellement pas de preuve scientifique permettant d’affirmer que la lumière des LED a un effet toxique sur la rétine chez l’homme. En outre, l’association entre l’exposition à cette lumière et la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge) reste débattue, des études allant dans ce sens, tandis que d’autres ne retrouvent pas de liens de causalité, même si des études in vitro montrent que l’exposition à la lumière bleue peut avoir un effet toxique sur des cellules de la rétine en culture », ajoute ce spécialiste de la DMLA, une maladie de la rétine.
Quel temps d’écrans les seniors ne devraient-ils pas dépasser ?
Contrairement aux enfants, il n'existe pas de recommandation officielle de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) concernant le temps passé sur écrans pour les adultes.
En revanche, les ophtalmologues et les ergonomes s'accordent sur la règle du « 20-20-20 » pour contrer la fatigue visuelle. À tout âge, il est recommandé de faire, toutes les 20 minutes, une pause d'écran de 20 secondes en regardant à 20 pieds (6 m), de préférence vers l'extérieur et donc vers la lumière naturelle.
Une étude de 2026 de l'American College of Cardiology alerte toutefois sur un « seuil de vigilance ». Au-delà de 6 heures de loisirs numériques par jour, les risques pour la santé cardiovasculaire augmentent, même chez les personnes actives, en raison de la sédentarité.
La surconsommation d'écrans cause-t-elle des risques pour la santé physique ?
Les conséquences de la sédentarité représentent justement le premier risque lié à la surconsommation d’écrans. Selon le ministère des Sports, la sédentarité est le quatrième facteur de risque de mortalité à l'échelle mondiale.
Rester assis trop longtemps augmente aussi les risques de douleurs cervicales et dorsales, selon l'Assurance maladie. Celle-ci recommande donc de se lever régulièrement (toutes les 90 à 120 minutes) pour bouger au moins cinq minutes afin de rompre cette sédentarité.
Au-delà de ce conseil de base, les seniors devraient pratiquer chaque jour 30 minutes d'une activité physique d'intensité modérée (marche, nage, ménage, jardinage…).
Les écrans peuvent-ils aggraver les troubles du sommeil chez les seniors ?
Comme chez les plus jeunes, la lumière des écrans agit comme un perturbateur endocrinien. « L’exposition le soir à la lumière bleue émise par les LED réduit la sécrétion de mélatonine et perturbe le rythme circadien, ce qui a pour conséquence d’entraîner des troubles du sommeil », explique le Pr Leveziel, ophtalmologue. Cela altère l'horloge interne et le cycle naturel du sommeil. Ce dérèglement peut gravement impacter la qualité du repos, déjà plus fragile avec l'âge.
Pour éviter ces désagréments, l'ophtalmologue conseille aux seniors de limiter l'usage des écrans le soir, de se tenir à au moins 30 cm de l'écran, d'allumer une lumière ambiante s'ils « scrollent » (2) la nuit, et d'équiper tablette ou smartphone d'un filtre à lumière bleue.
Les écrans altèrent-ils le fonctionnement du cerveau chez les seniors ?
Contrairement aux idées reçues, les écrans semblent plutôt stimuler les fonctions cognitives. Une méta-analyse américaine, publiée en 2025, indique que l’usage régulier d’Internet est associé à une baisse de 58 % du risque de troubles cognitifs. Selon cette source, le numérique ralentirait de 26 % la perte des facultés mentales en stimulant la plasticité cérébrale.
De même, les écrans se révèlent un bel outil de lien social qui permet de briser la solitude. Appels vidéo avec les petits-enfants, photos et nouvelles de l'entourage sur les réseaux sociaux, commentaires… brisent la distance géographique et ouvrent une fenêtre sur l'extérieur.
D'ailleurs, selon le Baromètre du numérique Arcep, le téléchargement d'applications de communication a bondi de 3 points chez les plus de 70 ans entre 2024 et 2025.
(1) ARCEP : Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse.
(2) Scroller signifie faire défiler du contenu sur un écran.
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