Prévention en santé : qui fait quoi ?

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Philippe Chibani-Jacquot

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Prévention en santé : qui fait quoi ?
De gauche à droite : Pierre-Louis Bras (IGAS), Jean-François Guégan (IRD), Emmanuelle Cambois (Ined), Karine Gallopel-Morvan (EHESP), Laure Millet (Institut Montaigne) ©ThomasHubert CESE / CESE © Thomas Hubert

Sommaire

La prévention est souvent présentée comme le parent pauvre des politiques de santé publique. Qu’en est-il exactement ? Comment la prévention s’organise-t-elle ? Pourrait-elle fonctionner mieux et pour quels résultats ? Explications.

La prévention est une démarche collective

Faut-il ne s’en prendre qu’à soi-même quand on tombe malade ? Non, évidemment. Tomber malade relève toujours d’une pluralité de facteurs : la saison, la vigueur d’un virus, son état de fatigue, ses facteurs de risque… C’est pourquoi une prévention efficace ne peut être liée qu’au seul respect de comportements individuels

« Certaines atteintes nécessitent des réactions individuelles, sur la nutrition par exemple, mais d’autres s’imposent à nous », confirme Emmanuelle Cambois, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), lors d’une table ronde sur la prévention en santé, organisée par le Conseil économique social et environnemental, en avril 2025.

Inégalités de santé

Nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie rappelle la chercheuse. « Un certain nombre de déterminants de santé atteignent la population de manière inégale selon le territoire, la catégorie sociale ou la sphère de sa vie quotidienne. » Autrement dit, les difficultés socioéconomiques (pauvreté, isolement, exclusion), la vie professionnelle (métiers, niveau de rémunération, reconnaissance…) influent sur notre santé au même titre que le climat ou des pratiques délétères que l’on choisit (comme la consommation de tabac ou d’alcool), mais qui sont aussi, parfois, le fruit de modes commerciales ou de pratiques culturelles. 

Une politique de prévention en santé se doit donc d’intervenir tant sur les comportements, que sur les causes des atteintes à notre santé.

Prévention, dépistage, accompagnement 

Trois niveaux d’actions sont possibles :

  • La prévention primaire qui consiste à agir en amont pour éviter l’apparition de maladies. Exemples : campagnes anti-tabac, vaccination, éducation à l’hygiène de vie. C’est le "pare-feu" universel.
  • La prévention secondaire pour détecter précocement les troubles avant qu’ils ne s’aggravent : politique de dépistages (cancers, diabète) et bilans réguliers en sont les piliers.
  • La prévention tertiaire, elle, limite les complications et récidives quand la pathologie est installée. La rééducation post-accident cardiovasculaire (AVC), l’accompagnement des maladies chroniques en font partie.

Prévenir (primaire), dépister (secondaire), accompagner (tertiaire) sont le triptyque à investir pour des populations en meilleure santé. Chacune d’entre elles bénéficie de moyens et d’un cadre d’action, mais connait aussi des limites, voire des empêchements. 

L’exemple des campagnes anti-tabac

La prévention primaire apparaît comme la plus puissante des trois, puisqu’elle vise à éviter la maladie. Elle l’est aussi sur le plan de l’investissement de l’argent public. « Le retour sur un investissement des campagnes anti-tabac a été mesuré à 1900 % », explique le professeur Emmanuel Rush, président de la Conférence nationale de santé, un organisme consultatif auprès du ministère de la Santé. Autrement dit, pour un euro dépensé pour la prévention du tabagisme, 1900 euros sont économisés en prise en charge sanitaire. « Et pourtant, la prévention s’avère difficile à financer », regrette-t-il. 

« Plus qu’une question de financement, la prévention c’est parvenir à mettre en cause des intérêts privés, lui répond Pierre-Louis Bras, Inspecteur général des affaires sociales (IGAS). Nous sommes parvenus à diviser par deux le tabagisme chez les jeunes entre 2016 et 2022. Mois sans tabac et paquet neutre (2016), remboursement des substituts nicotiniques (depuis 2019), augmentation des taxes… ce qui marche pour le tabac pourrait fonctionner sur l’alcool ». 

Prévenir à tous les âges de la vie

La médecine préventive (prévention secondaire) existe et suit les âges de la vie. Depuis un an, l’Assurance maladie prend en charge à 100 % « Mon bilan prévention » qui se déroule aux âges clés :

  • entre 18 et 25 ans ;
  • entre 45 et 50 ans ;
  • entre 60 et 65 ans ;
  • entre 70 et 75 ans.

Mais il y a aussi d’autres espaces où se déroule cette prévention et de manière plus continue : 

  • Les services de protection maternelle et infantile (PMI) accompagnent la santé des mères et des enfants, de la grossesse aux six ans de l’enfant à travers des consultations et un suivi régulier qui passe, aussi, par la protection vaccinale.
  • La médecine scolaire suit les enfants de l’école maternelle au lycée.
  • La médecine du travail agit durant la période de vie active avec des visites régulières. Elle peut aussi agir sur les conditions de travail en lien avec la santé.

Un rapport de l’IGAS, datant de 2023, alerte sur le nombre de médecins scolaire en chute libre et la défaillance de suivi des élèves. A titre d’exemple, moins d’un élève sur cinq bénéficie aujourd’hui du bilan de santé en classe de sixième.

L’absence de prévention coûte cher à la Société

« Il faut réaffirmer l’importance de ces trois médecines », interpelle le professeur Rush, président de la Conférence nationale de santé. Elles sont le signe tangible que la prévention, qu’elle soit primaire ou secondaire, n’est pas que l’affaire du ministère de la Santé et de son budget. En effet, la médecine du travail est financée par les entreprises, et la médecine scolaire, sur le budget de l’Education nationale. Quant aux services de PMI, ils sont financés par les Départements. 

Cela représente 6,6 milliards d’euros selon Pierre-Louis Bras, inspecteur général des affaires sociales qui conclut : « La prévention a un coût, mais ne pas faire de prévention a un coût encore plus important. »

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