Quelles questions se poser pour bien choisir un professionnel de santé ?

Publié le

Natacha Czerwinski

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Quelles questions se poser pour bien choisir un professionnel de santé ?
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Vous avez déménagé et vous cherchez un nouveau médecin ? Votre état de santé a changé et vous devez consulter un spécialiste ? Il n’est pas toujours facile de savoir vers qui se tourner. Et même si, en réalité, on ne peut pas toujours choisir, voici quelques clés pour vous aider.

Médecin généraliste, dentiste, sage-femme, kinésithérapeute ou encore psychothérapeute : qu’ils nous accompagnent ponctuellement ou pendant une bonne partie de notre vie, les professionnels de santé jouent un rôle central dans notre quotidien. Mais comment s’assurer que nous sommes entre de bonnes mains ? 

Le système de santé français est très réglementé et les patients peuvent trouver de nombreuses informations sur les sites officiels. Différents annuaires permettent notamment de vérifier si les praticiens sont bien enregistrés auprès de leur autorité de tutelle et de savoir si une prise en charge par l’Assurance maladie est possible. 

Mais, au-delà des questions réglementaires, les premiers contacts avec un soignant sont déterminants : certains indices (aussi bien au niveau du cabinet médical que de la posture adoptée par le praticien), permettent en effet d’en savoir plus sur la personne que vous allez consulter.

Alors, quels éléments faut-il passer au crible pour s’engager en toute connaissance de cause – et en toute confiance ? Suivez le guide.

Mon médecin a-t-il bien le droit d’exercer ? 

En France, les principales professions de santé (médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, sage-femmes et pédicures-podologues) sont régies par des Ordres. L’inscription y est indispensable et obligatoire : elle garantit que le praticien possède un diplôme reconnu et qu’il exerce légalement. « Les Ordres assurent, au nom de l’Etat, une mission de service public, explique Vincent Daël, chargé de cours en droit de la santé à l’Université Paris Cité. Ils sont là pour faire respecter le cadre réglementaire et le code de déontologie de la profession. Ils veillent à la sécurité des soins pour les patients. »

On peut trouver, sur le site de chaque Conseil de l’Ordre, un annuaire recensant les professionnels dûment inscrits au tableau. « Cette inscription n’est pas éternelle, signale Vincent Daël, qui est également délégué général de la Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR). Elle peut être perdue quand un praticien choisit de cesser d’exercer, s’il est sanctionné pour manquement aux règles propres à sa profession ou encore s’il est jugé inapte à pratiquer son activité (par exemple pour des raisons d’âge ou de santé). »

En dehors des professions régies par un Ordre, le praticien que je veux consulter est-il bien reconnu par les autorités administratives ? 

Les professionnels de santé qui ne dépendent pas d’un Ordre (tels que les psychothérapeutes, les orthophonistes, les opticiens ou encore les diététiciens) sont tenus de s’enregistrer auprès de leur Agence régionale de santé (ARS). Celle-ci vérifie et valide leur diplôme.

Depuis octobre 2024, le système de référencement national des professionnels de santé a changé. Ainsi, le répertoire ADELI est devenu obsolète et a été remplacé par le RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé), qui centralise les renseignements sur les praticiens. Lors de leur inscription via la plateforme eRPPS, les soignants nouvellement diplômés (1) reçoivent un identifiant unique à 11 chiffres, qui restera le même tout au long de leur carrière. L’inscription au RPPS permet par ailleurs aux praticiens de se voir délivrer leur Carte de professionnel de santé (CPS). À noter que l’ARS reste l’autorité d’enregistrement du portail eRPPS (2).

Les informations du RPPS sont disponibles dans un annuaire. Il est ainsi possible d’y trouver, en accès libre, les données d’identité certifiées d’un praticien (nom et prénom d’exercice, profession, qualifications, coordonnées des structures d’exercice et numéro RPPS).

Les soins délivrés sont-ils pris en charge par l’Assurance maladie ?

Attention : le fait qu’un professionnel dispose d’un identifiant RPPS ne signifie pas qu’il est forcément conventionné. « Le RPPS répertorie les professionnels qui agissent dans le champ de la santé au sens large, indique Vincent Daël. Or, ce qui guide le fait qu’un acte ou un processus de santé soit pris en charge par l’Assurance maladie, c’est à la fois le fait que le professionnel de santé qui le pratique soit reconnu comme tel par le Code de santé publique, et que son efficacité ait été scientifiquement validée. »

C’est la Haute Autorité de Santé qui a pour mission d’évaluer le bon usage des actes professionnels pour rendre un avis en vue de leur remboursement par l’Assurance maladie. 

Pour vérifier le conventionnement d’un praticien, vous pouvez consulter l’annuaire santé Ameli.

Les commentaires négatifs sur Internet méritent-ils d’être pris en compte ?

A l’heure du tout numérique, faire une recherche en ligne sur un professionnel de santé est devenue une pratique courante. Et il n’est pas rare de voir apparaître des avis (voire des notes) sur les praticiens. Ceux-ci sont toutefois à prendre avec des pincettes.

« Nous avons tendance à juger les professionnels de santé sur le relationnel et la qualité d'un service attendu, mais nous sommes souvent mal placés pour savoir si les techniques qu’ils utilisent sont les bonnes ou pas, fait remarquer Vincent Daël, délégué général de la Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR). Un soignant est aussi un être humain qui peut être fatigué, sous pression… Cela ne veut pas dire qu’il fait mal son travail. »

« On sait que les gens mécontents ont plus tendance à écrire que les autres, ajoute le Dr Jean Doubovetzky, médecin généraliste et auteur des ouvrages Comment choisir son médecin ? (Balland) et Choisir son généraliste (3) (Déclics). A l’inverse, rien ne m'empêcherait de demander à quatre copains d’écrire des commentaires bienveillants sur moi ! Les avis très généraux ("c’était très bien" ou "c’était horrible") sont sans grand intérêt. Par contre, ceux qui évoquent des faits précis (par exemple "le dépassement d’honoraire était très élevé" ou "on m’a donné rendez-vous dans trois mois") peuvent donner une indication. »

Santé mentale : comment bénéficier de séances d’accompagnement remboursées ?

Connaissez-vous Mon soutien psy ? Ce dispositif, mis en place en 2022 pour faire face à l’aggravation de la santé mentale en France, permet à toute personne en souffrance psychique de bénéficier de séances d’accompagnement psychologique (12 maximum par an) prises en charge par l’Assurance maladie. La séance coûte 50 euros, remboursée à 60 % (une prise à charge à 100 %, sans avance de frais, est prévue pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire ou de l’aide médicale d’État, pour des soins en lien avec une affection de longue durée, la maternité – à partir du 6e mois de grossesse – ou encore un accident du travail ou une maladie professionnelle).

Ce programme est accessible (dès 3 ans) à tous ceux qui présentent des troubles légers à modérés (anxiété, déprime, angoisse, difficultés à l’école, problème de consommation de tabac, alcool ou cannabis, trouble du comportement alimentaire). « Mon soutien psy » n’est pas adapté aux urgences ou aux troubles sévères.

Une prescription médicale n’est pas nécessaire : le patient peut consulter l’annuaire dédié pour prendre directement rendez-vous avec le psychologue conventionné de son choix. Les professionnels en question sont sélectionnés par un comité d’experts sur la base de critères de formation et d’expérience (3 ans de pratique au minimum). À noter que cet annuaire s’enrichit au fur et à mesure que les psychologues se conventionnent avec l'Assurance maladie.
 

Que m’inspire le premier contact avec mon nouveau praticien ?

Au-delà de la question, très personnelle, du « feeling » que l’on peut avoir avec tel ou tel professionnel de santé, certains éléments objectifs peuvent vous aider à vous faire une idée de la personne que vous consultez. 

Ainsi, la simple observation du cabinet médical permet de récolter quelques indices. « Le fait que celui-ci soit agréable et qu'il permette d'accueillir tout le monde est un critère important, souligne le Dr Doubovetzky, qui tient également le blog Anti-Dr Knock. Le praticien a-t-il prévu des chaises pour les personnes obèses ? A-t-il pensé aux asthmatiques en évitant d’installer de la moquette et des tentures qui retiennent la poussière ? Méfiez-vous des endroits qui refusent certaines catégories de patients (toxicomanes, bénéficiaires de l'aide médicale d'État). Ces discriminations sont très mauvais signe : car même si vous n’êtes pas directement concerné, elles témoignent d’une éthique défaillante qui se retrouvera ailleurs. » 

A noter que le site sante.fr propose un annuaire des cabinets accessibles : une sélection peut être faite en fonction de sa situation (handicap physique, déficience intellectuelle ou auditive…).

« Il est aussi intéressant d’essayer de voir si le praticien se méfie de l’influence de l’industrie pharmaceutique, poursuit le médecin généraliste. Pour cela, regardez si les affiches ou dépliants présents dans la salle d’attente proviennent de laboratoires – qui, in fine, vantent leurs propres médicaments – ou d’organismes officiels. »

La capacité d’écoute et de pédagogie d’un praticien est bien évidemment fondamentale, tout comme sa faculté à reconnaître ses limites. « Un médecin qui dit "je ne sais pas" est un des meilleurs signes qui existent, estime le Dr Doubovetzky. Cela prouve sa sincérité – il est tout simplement impossible de tout savoir ! – et son assurance : car, quand on doute de soi, on essaie de le cacher. Bien sûr, il faut accompagner ce "je ne sais pas" d’une proposition de solution : faire des recherches, contacter un confrère, attendre de voir comment le problème évolue… »

Un professionnel de santé n’a pas non plus à juger ses patients, ni à les culpabiliser. « Lors d’une première rencontre, je leur dis toujours la chose suivante : "C’est votre santé et c'est vous qui êtes légitime pour prendre les décisions", décrit Jean Doubovetzky. Par exemple, lorsque je prescris un médicament à un malade, je sais que celui-ci peut décider de l’acheter (ou non) et de le prendre (ou non). C'est son droit – je lui demande juste de m’en informer. Mon rôle est de lui expliquer pourquoi je ne suis pas d'accord avec ses choix, surtout si je pense qu’il prend des risques. Mais je dois respecter cela car, en dehors de certains cas spécifiques, le patient est souvent le mieux placé pour savoir ce qui lui convient. »

Le praticien qui me suit est-il au fait des avancées dans son domaine ?

En plus de leur formation initiale, les professionnels de santé (qu’ils soient médicaux ou paramédicaux) sont soumis à une formation continue obligatoire. Ils doivent ainsi, par période de trois ans, suivre un parcours de Développement professionnel continu (DPC) et en rendre compte auprès de leur organisme de contrôle. 

Certains soignants vont plus loin, par exemple en consacrant une partie de leur temps à la recherche ou à l’enseignement. « Ce sont des praticiens qui sont très surveillés – les facultés ne font pas appel à n’importe qui – et dont le niveau technique est probablement supérieur à celui des autres, relève Jean Doubovetzky, médecin généraliste. Savoir que son médecin participe régulièrement à des colloques est aussi un gage de qualité. »

De plus en plus de professionnels de santé choisissent également de se spécialiser sur une pratique ou une pathologie en particulier (généralement indiquée sur leur plaque ou sur les plateformes de prises de rendez-vous). « Ceux-ci vont avoir tendance à se tenir très au courant des avancées scientifiques ou thérapeutiques dans leur domaine », observe Vincent Daël.

Sachez enfin que les lecteurs réguliers de la revue médicale Prescrire, réputée pour proposer une information fiable et indépendante, peuvent passer des tests pour obtenir le titre de « lecteur émérite ». Participer à ce programme permanent de perfectionnement des connaissances témoigne d’un engagement fort en matière de formation et est « un réel signe de sérieux et de compétence professionnelle », assure le Dr Doubovetzky. La liste des lauréats est publiée chaque année sur le site de la revue.

Médecine du travail : comment le système fonctionne-t-il ?

Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, sont dans l’obligation d’assurer le suivi médical de leurs salariés. Pour cela, elles sont tenues d’organiser un service de santé au travail (SPST), dont dépendront leurs employés. « Cela peut se faire de deux manières, détaille Vincent Jimenez, chef du bureau des acteurs de la prévention en entreprise au ministère du Travail. Soit en créant, au sein de la société elle-même, un service de prévention et de santé au travail autonome (SPSTA) – une possibilité offerte uniquement dans les structures comptant plus de 500 salariés. Soit en adhérant à un service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI), qu’il soit généraliste ou sectoriel (4). En 2023, ceux-ci étaient au nombre de 176 et couvraient plus de 18,5 millions de travailleurs. »

Pour l’employeur, le choix d’un SPSTI dépend de sa zone géographique et/ou de son secteur professionnel. Il ne peut se tourner que vers un organisme agréé (5). « Ce sont les Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) qui délivrent ces agréments pour une durée maximale de cinq ans, précise Vincent Jimenez. Si une entreprise compte plusieurs établissements répartis sur le territoire, chacun d’eux doit adhérer à un SPSTI implanté localement. Il est en effet important que les salariés puissent avoir accès à un interlocuteur de proximité. Le cas échéant, certains services mettent même en place des centres mobiles (type bus de santé au travail) pour aller à la rencontre des travailleurs ». 

Les missions de ces services sont assurées par une équipe pluridisciplinaire qui comprend forcément un médecin du travail, un infirmier en santé au travail et des intervenants en prévention des risques professionnels. « À ce titre, peuvent être présents des psychologues, des spécialistes des risques chimiques ou biologiques ou encore des ergonomes », décrit Vincent Jimenez. Le salarié, qui doit être clairement informé de toutes les possibilités d’action du SPST, peut à tout moment demander à bénéficier d’un examen réalisé́ par le médecin du travail.

(1)    Pour les professionnels qui figuraient dans la base ADELI, la bascule vers le RPPS se fait automatiquement. 
(2)    Les professions à Ordre figurent elles aussi au fichier RPPS, mais leur enregistrement se fait via leur Conseil de l’Ordre.
(3)    Ces deux ouvrages, anciens, ne sont plus édités mais il est possible de les trouver d’occasion sur Internet.
(4)    Les secteurs du BTP et de la culture disposent de services dédiés.
(5)    Les coordonnées des SPSTI agréés peuvent être retrouvées sur les sites des DREETS.

Rédigé par

  • Natacha Czerwinski

    Journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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