Cancer du sein chez les femmes jeunes : pourquoi les cas augmentent-ils ?

Publié le

Peggy Cardin-Changizi

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Cancer du sein chez les femmes jeunes : pourquoi les cas augmentent-ils ?
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Chaque année en France, plus de 3 000 femmes de moins de 40 ans apprennent qu'elles ont un cancer du sein. Et ce nombre augmente chez les femmes jeunes, comme le confirme une étude publiée en 2025 (1). Les chercheurs ne savent pas encore précisément ce qui explique cette progression.

Une hausse encore mal expliquée

Pour tenter de comprendre cette progression des cancers du sein chez les femmes jeunes, l'Institut Curie a consacré sa conférence de presse annuelle (2) à l'occasion d'Octobre rose à plusieurs pistes de recherche en cours. « L'Institut des cancers des femmes conduit des programmes de recherche » pour tenter d'y voir plus clair, a rappelé la Pre Anne Vincent-Salomon, pathologiste et directrice de cet institut hospitalo-universitaire, cofondé par l'Institut Curie, l'Université PSL et l'Inserm.

Première piste : la génétique. Les prédispositions génétiques sont plus fréquentes chez les femmes diagnostiquées jeunes. C'est notamment le cas des mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, qui augmentent fortement le risque de cancer du sein. Mais dans certaines familles où plusieurs cancers apparaissent tôt, aucune de ces mutations connues n'est retrouvée : d'autres facteurs génétiques pourraient donc encore rester à identifier.

L'autre piste concerne notre environnement. « On a du plastique partout, mais qu'est-ce qu'il fait sur nos cellules  ? », interroge la Pre Vincent-Salomon. À l'Institut Curie, des équipes étudient notamment l'effet des microplastiques et celui de certains métaux lourds sur les cellules tumorales. Sur ce terrain, les chercheurs restent prudents : une association statistique entre exposition environnementale et cancer ne prouve pas, à elle seule, une relation de cause à effet. Une cohorte de femmes de moins de 30 ans atteintes d'un cancer du sein doit notamment permettre d'explorer cette question.

Un cancer qui n'épargne pas les moins de 40 ans

Si les causes de cette hausse restent à préciser, les particularités de ces cancers sont, elles, bien identifiées. Diagnostiqués avant 40 ans, ils présentent « des spécificités médicales  », selon la Dre Florence Coussy, gynécologue médicale et oncologue à l'Institut Curie qui pilote le programme dédié à ces patientes.

Premier constat : le dépistage organisé par mammographie ne concerne que les femmes de 50 à 74 ans, asymptomatiques et à risque moyen. En dessous de cet âge, toute anomalie inhabituelle du sein (une boule, un changement de forme ou d'aspect de la peau) doit conduire à consulter sans attendre. Certaines femmes présentant un risque élevé ou très élevé bénéficient toutefois d'une surveillance spécifique plus précoce. Cette surveillance est adaptée au niveau de risque de chaque femme et peut notamment associer examen clinique et imagerie mammaire selon les recommandations qui lui sont proposées.

Autre particularité : certaines formes plus agressives, notamment les cancers dits triple négatifs, sont davantage représentées chez les femmes jeunes. Ils concernent 20 % des cancers du sein diagnostiqués avant 40 ans, contre 10 % dans la population générale, selon la Dre Coussy. Ces cancers appellent aussi des traitements plus intensifs. Ainsi, près de 70 % des femmes jeunes reçoivent une chimiothérapie, contre 30 % des patientes de plus de 60 ans.

Préserver les projets de vie

Au-delà des traitements, la maladie survient aussi à une période de la vie où les projets personnels et professionnels sont nombreux. La question de la fertilité occupe une place importante dans les consultations. Certains traitements peuvent altérer la fonction ovarienne ou provoquer une ménopause précoce, tandis que l'hormonothérapie, qui bloque l'action des hormones favorisant la croissance de certaines tumeurs, peut être prescrite pendant plusieurs années. Les données disponibles montrent toutefois qu'une grossesse après un cancer du sein n'aggrave pas le pronostic. Sexualité, fatigue, désir d'enfant ou retour au travail doivent donc être anticipés dès le début de la prise en charge.

C'est précisément pour mieux accompagner ces patientes que l'Institut Curie prépare un parcours dédié en hôpital de jour, en lien avec l'Institut des Cancers des Femmes et l'association Jeune&Rose. Prévu début 2027, il sera organisé autour de deux demi-journées incluant consultation gynécologique, activité physique adaptée et accompagnement social. « Notre objectif est d'établir une preuve de concept de l'efficacité de ce parcours (...) afin que cette innovation puisse être déployée au niveau national », a indiqué la Dre Coussy de l'Institut Curie.

Des cellules détournées : une piste pour de futurs traitements

Une tumeur ne se développe pas de manière isolée. Autour d'elle se trouvent notamment des cellules appelées fibroblastes, qu'étudie la Dre Fatima Mechta-Grigoriou, directrice de recherche à l'Inserm, cheffe d’équipe à l’Institut Curie, directrice de l’unité Chimie biologie des cancers (Institut Curie, Inserm, CNRS).

Certaines peuvent être détournées par la tumeur. Elles l'aident alors à progresser et à résister aux traitements, tout en affaiblissant les défenses immunitaires censées la combattre. Comprendre comment elles sont « recrutées » ouvre une perspective concrète : parvenir, un jour, à les neutraliser spécifiquement.

« On est en train de développer des médicaments qui permettront de cibler ces fibroblastes », précise la Dre Mechta-Grigoriou, à condition de bien choisir sa cible, puisque certaines de ces cellules jouent au contraire un rôle protecteur qu'il s'agit de préserver.

Les travaux en cours doivent permettre de mieux comprendre les cancers qui surviennent chez les femmes jeunes et, à terme, d'adapter encore leur prise en charge. En attendant, le message de prévention reste le même à tout âge : toute modification inhabituelle d'un sein mérite un avis médical.

(1)    Pujol P., Remontet L., Lapôtre-Ledoux B., Rogel A., Lafay L., Molinié F., « Increasing incidence of breast cancer in young women over time », The Breast, 2025, vol. 83, 104555.
(2)    Cette conférence de presse s’est tenue le 15 septembre 2026.

Rédigé par

Peggy Cardin

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