Dépression : peut-on la soigner ?

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Marion Plaze, psychiatre et chercheuse à l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris Inserm-Paris Cité et du GHU Paris

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Dépression : peut-on la soigner ?
© Getty Images

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Bien au-delà d’une simple baisse de moral, la dépression est une maladie complexe qui touche des millions de personnes dans le monde. Elle reste difficile à soigner dans un tiers des cas. Toutefois, une nouvelle piste thérapeutique offre un espoir.

Une maladie, pas juste un « coup de blues »

Près d’un Français sur cinq sera touché par la dépression au cours de sa vie. Et plus de 300 millions de personnes sont aujourd’hui concernées dans le monde, un chiffre en augmentation depuis la pandémie de Covid-19 selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est l’un des troubles psychiques les plus fréquents.

Il s’agit bien d’une maladie, qui peut survenir à tout âge, y compris chez les enfants et les adolescents. Elle se caractérise par plusieurs symptômes persistants et intenses (présents tous les jours depuis au moins deux semaines), et non pas par un changement d’humeur passager, ce qui la distingue d’une simple déprime. Ces symptômes s’expriment de façon assez différente d’une personne à l’autre mais ont toujours un impact conséquent sur sa vie, à la maison comme au travail, et sur celle de son entourage. C’est une vraie rupture avec l’état antérieur.

La dépression entraîne une souffrance et peut se manifester par une grande tristesse, une perte de plaisir et d'intérêt pour son environnement, avec souvent un ralentissement psychique et moteur (ou à l’inverse une agitation parfois). Chaque geste du quotidien devient une montagne : se lever le matin, prendre une douche, préparer un repas… On peut retrouver également chez les personnes dépressives des troubles de l'appétit, du sommeil (diminués ou augmentés), de la concentration ou de la mémoire.

L’anxiété est aussi un symptôme fréquent, comme souvent dans les maladies psychiatriques, ainsi que les idées suicidaires qui font toute la dangerosité de cette maladie.

Dr Marion Plaze

Dépression : peut-on la soigner ? - Portrait
© DR.

Docteure en psychiatrie, Marion Plaze est chercheuse au sein de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris (IPNP) Inserm-Paris Cité et du Groupe Hospitalier Universitaire (GHU) Paris psychiatrie & neurosciences.

Pourquoi fait-on une dépression ?

Les causes de la dépression sont aujourd’hui mieux connues et ses mécanismes sont multiples.

Elle peut être favorisée par l’environnement ou l’histoire de la personne. Un événement dramatique (un deuil, une séparation, une perte d’emploi…) peut être à l’origine d’épisodes dépressifs, tout comme un stress important ou un traumatisme durant l’enfance. Mais fort heureusement, vivre ou avoir vécu des moments difficiles n’entraîne pas systématiquement une dépression. Elle peut apparaître si la douleur qu’ils provoquent devient insurmontable.

Il existe également des facteurs de risques génétiques. Certaines familles seraient donc plus vulnérables que d’autres. Leurs membres auraient plus tendance à être atteints de variations de l'humeur. Les femmes sont aussi plus sujettes à la dépression que les hommes, même si chez eux le passage à l’acte suicidaire est souvent plus violent. Cette surreprésentation des femmes pourrait s’expliquer par des facteurs hormonaux.

Récemment, une étude conjointe entre l’Institut Pasteur, le CNRS et l’Inserm a par ailleurs mis au jour le rôle possible du microbiote intestinal1 dans les troubles dépressifs. La composition de celui-ci serait ainsi un peu différente chez les personnes qui en souffrent.

À l’inverse, certains facteurs pourraient avoir un effet protecteur, comme un environnement social riche, l’absence de stress excessif ou encore la pratique d’une activité physique. Cette dernière est parfois proposée parmi les traitements des formes légères de la dépression. Mais cela ne sera pas efficace pour les troubles plus sévères. Inutile donc de dire à un proche qu’il suffit de se bouger pour aller mieux. Ce serait comme conseiller à une personne avec une jambe dans le plâtre d’aller courir.

Les Français et la dépression

  • En 2024, près d’un adulte sur six (16 %) a vécu un épisode dépressif dans les 12 mois précédents.
  • Les plus touchés sont les jeunes adultes de 18 à 29 ans (22 % d’entre eux le sont), les femmes (18 %, contre 13 % des hommes) ainsi que les personnes percevant leur situation financière comme difficile (28 % d’entre elles), soit parce que ce sont des familles monoparentales, qu’elles sont au chômage, étudiantes ou qu’elles vivent seules.
  • Les hommes ont moins souvent consulté un professionnel de santé pour cet épisode dépressif (35 %) que les femmes (50 %).

Source : Baromètre de Santé publique France 2025 (chiffres 2024).

La rédaction

Les antidépresseurs ne sont pas toujours efficaces

Si on présente des symptômes qui font penser à une dépression, il est essentiel de consulter son médecin traitant sans attendre. Une prise en charge précoce permet de réduire le risque de rechute.

Le traitement dépend de la sévérité. Dans les formes légères, une psychothérapie est souvent proposée en première intention. Elle peut être réalisée par un psychiatre ou un psychologue. Dans les formes modérées à sévères, le traitement de première ligne est la prescription d’un médicament antidépresseur. La plupart du temps, cette prise en charge peut être proposée par les médecins généralistes. En revanche, si la dépression est particulièrement sévère - comme avec la présence d’idées suicidaires - ou bien si le traitement ne fonctionne pas, le médecin généraliste va alors adresser rapidement le patient à un psychiatre.

Les antidépresseurs présentent toutefois des limites. Ils mettent du temps à agir et peuvent avoir certains effets secondaires, comme des troubles digestifs (nausées, diarrhées…) et même un petit rebond anxieux au début. Il est important de l’expliquer aux patients pour qu’ils poursuivent bien le traitement malgré tout.

On considère qu’un tiers d’entre eux vont très bien répondre à un premier antidépresseur. Pour un autre tiers, ce médicament ne va pas fonctionner au bout de 4 à 6 semaines mais un autre va s’avérer efficace. Enfin, pour un dernier tiers, aucun des deux antidépresseurs ne va entraîner d’amélioration. On parle alors de dépression résistante, car la probabilité de répondre à un troisième ou à un quatrième antidépresseur est très faible, comme l’a confirmé une grande étude menée dans les années 2000 aux États-Unis. C’est aussi ce que l’on constate, dans notre pratique quotidienne, en tant que psychiatres.

Les réponses de la science à vos questions de santé

Alors que les fausses informations circulent plus vite que jamais, Harmonie Santé fait le choix de rappeler les faits avec « Ce que dit la science ». Signés par une chercheuse ou un chercheur, ces articles font le point sur un sujet qui vous préoccupe, comme ici la dépression, et répondent aux questions que vous vous posez. Objectif : mieux comprendre pour savoir comment agir sur votre santé.

La rédaction

Comment traiter la dépression résistante ?

Lorsque la dépression ne répond pas suffisamment aux traitements médicamenteux, d’autres stratégies peuvent être proposées. Elles relèvent notamment de la psychiatrie interventionnelle et sont le plus souvent mises en œuvre dans un cadre hospitalier spécialisé. En France, deux approches disposent aujourd’hui d’un cadre validé par les autorités de santé : l’électroconvulsivothérapie (ECT) et l’eskétamine.

L’électroconvulsivothérapie (ECT) reste à ce jour le traitement le plus efficace pour soigner les dépressions sévères et résistantes. Réalisée sous anesthésie générale, cette méthode est utilisée depuis plusieurs décennies. Elle consiste à appliquer un courant électrique contrôlé à travers des électrodes placées sur les tempes ou le cuir chevelu du patient, avec à la clé un effet antidépresseur. Elle est efficace dans 70 à 80 % des cas, après une dizaine de séances en général.

Toutefois, l’électroconvulsivothérapie souffre d’une image très négative, à cause de certains films comme Vol au-dessus d’un nid de coucou. Elle peut donc être refusée par certains patients et leur famille. Sa mise en œuvre nécessite un plateau d’anesthésie et une équipe formée, ce qui peut limiter son accessibilité sur le territoire. Des effets indésirables peuvent survenir, en particulier des troubles de la mémoire, le plus souvent transitoires, même si certains souvenirs peuvent être plus durablement altérés.

La deuxième approche, qui a été mise au point il y a seulement quelques années pour le traitement de la dépression résistante, est l’eskétamine. Cette molécule, dérivée d’un anesthésique utilisé depuis longtemps, a un effet antidépresseur à faible dose. Dans le cadre du traitement de la dépression résistante, elle est administrée via une simple pulvérisation nasale, dans un environnement médicalisé, en raison de possibles effets indésirables dans les heures qui suivent, comme une augmentation de la tension artérielle ou une modification passagère des perceptions.

Ce traitement est proposé en complément d'un traitement antidépresseur, selon un protocole comportant plusieurs prises sur plusieurs semaines. Il permet une amélioration des symptômes chez une proportion significative de patients, même si la réponse n’est pas systématique (dans 50 % des cas environ).

La piste des ultrasons

La recherche médicale tente de trouver de nouvelles approches thérapeutiques contre la dépression, qui agissent à la fois plus rapidement et soulagent les personnes pour qui les antidépresseurs ne fonctionnent pas.

De mon côté, depuis 9 ans, je travaille avec deux physiciens - Jean-François Aubry du CNRS (2) et Mickaël Tanter de l’Inserm3 - et avec mon collègue psychiatre David Attali du GHU Paris4 pour développer une technique de stimulation cérébrale profonde et non invasive, grâce aux ultrasons. Ces derniers sont utilisés depuis longtemps dans l’imagerie, notamment pour les échographies, ou plus récemment pour détruire des calcifications sur des valves cardiaques par exemple.

L’intérêt des ultrasons est de pouvoir stimuler des régions profondes avec précision, sans abîmer les tissus et surtout sans avoir besoin d’ouvrir le crâne. L’objectif est de concentrer les ultrasons sur la région cérébrale profonde que l’on cherche à neuromoduler (avoir un effet sur l'activité des neurones).

Une première étude a été réalisée chez 5 personnes, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris (GHU Paris), afin de tester la faisabilité de cette technique de stimulation ciblée de régions profondes du cerveau par ultrasons. Au bout de 5 jours consécutifs de traitement (à raison de 5 séances quotidiennes), la sévérité de leur dépression avait diminué d’un peu plus de 60 % en moyenne. La technique a été globalement bien tolérée dans cette étude, puisqu’elle était totalement indolore et sans effet indésirable majeur. Cela pourrait ouvrir des perspectives pour le traitement d’autres troubles psychiatriques, comme les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou l’anorexie mentale.

Même si ces résultats sont plutôt encourageants, ils doivent encore être confirmés. Et cela ne reste pour le moment qu’une piste thérapeutique. Il faudra encore plusieurs années de recherche pour que les ultrasons deviennent un traitement validé pour la dépression résistante.

(1)    Le microbiote est ce qu’on appelle couramment la flore intestinale.
(2)    CNRS : Centre national de la recherche scientifique.
(3)    Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
(4)    GHU Paris : Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie & neurosciences.

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