Graisse viscérale : pourquoi il faut s’en méfier (même si on est mince)
Publié le
Temps de lecture estimé 5 minute(s)
La graisse viscérale est souvent confondue avec ces bourrelets disgracieux que l’on peut avoir au niveau du ventre dès que l’on est en surpoids. « Il y a un amalgame qui est fait dans la population entre la graisse viscérale et la graisse périphérique. Cette dernière désigne la graisse de stockage, que l’on voit facilement sous la peau, explique le docteur Alexandre Mensier, chirurgien viscéral et digestif à Béthune. La graisse viscérale est au contraire invisible et s’accumule autour de nos organes, principalement au niveau du cœur, du foie et des intestins ».
Une différence qui pourrait paraître anodine, mais qui a tout son sens. « La graisse viscérale est métaboliquement plus active, c’est-à-dire qu’un processus de dégradation de cette graisse va se produire. Lorsqu’elle va passer dans le sang, elle va libérer des substances inflammatoires et des hormones perturbant le métabolisme. Elle peut alors devenir dangereuse lorsqu’elle est présente en trop grande quantité ».
L’importance du rapport périmètre abdominal/tour de hanches
La graisse viscérale touche plus les hommes que les femmes, car la morphologie dite « androïde » (avec un « gros ventre » et des jambes fines) est plus répandue. « D’une manière générale, plus on est en surpoids, plus on est à risque d’avoir trop de graisse viscérale », rappelle le docteur Mensier, chirurgien. Certaines personnes minces (qui auraient notamment une mauvaise alimentation) peuvent être néanmoins affectées, même si c’est beaucoup plus rare.
Des examens d’imagerie (IRM ou scanner) permettent de bien visualiser la graisse viscérale, mais ils sont rarement prescrits. Elle peut également désormais être mesurée par certaines balances sophistiquées de type impédancemètres. « En consultation, on prend comme mesure le rapport périmètre abdominal/tour de hanches pour l’estimer. On sait que c’est pertinent », détaille le docteur Perle Sayedoff, médecin nutritionniste à Paris et responsable d’un hôpital de jour de nutrition. Le résultat obtenu ne doit pas dépasser le chiffre 1 pour ne pas être considéré comme problématique. « On pense aussi que les femmes ne devraient pas dépasser 88 cm de périmètre abdominal*, et les hommes 102 cm. Mais ces chiffres sont un peu moins fiables. »
Des risques avérés de maladies cardiovasculaires, de diabète et de cirrhose
Trois complications principales peuvent survenir lorsque la graisse viscérale est présente en trop grande quantité dans le corps. Le risque de souffrir de diabète de type 2 augmente tout d’abord considérablement, exposant à de multiples complications (insuffisance rénale, infections des pieds et jambes…).
« On peut également être atteint de ce qu’on appelle le « syndrome métabolique », expose le docteur Mensier, chirurgien viscéral et digestif. Ce terme désigne un cumul de facteurs (regroupant l’hypertension, le mauvais cholestérol…) qui peut boucher les artères et provoquer des accidents cardiovasculaires graves de type infarctus ou AVC. »
Enfin, l’atteinte du foie par la graisse viscérale peut provoquer une stéatose hépatique qui peut évoluer en NASH (acronyme anglophone de non-alcoholic steatohepatitis, traduit par le terme stéatohépatite non alcoolique).
« La stéatose hépatique est ce qu’on appelle couramment "le foie gras", qui devient très courant dans la population mais qui n’est pas anodin. Cette stéatose est réversible jusqu’au stade de NASH. Non prise en charge, elle dégénère en cirrhose, et là c’est vraiment grave, puisque seule une greffe de foie peut éventuellement être envisagée. C’est pour ces raisons qu’il faut sensibiliser les patients au sujet de la graisse viscérale : c’est un tueur lent et invisible.
Cette graisse provoque à terme des décès causés par des infarctus ou des cirrhoses. Et c’est au départ complètement asymptomatique ! Quand on commence à avoir des symptômes il est déjà tard. »
Qu’est-ce que le syndrome métabolique ?
Le syndrome métabolique se caractérise par un tour de taille important, et la présence d’au moins deux des facteurs suivants : taux élevé de triglycérides, faible taux de cholestérol HDL (le « bon » cholestérol), hypertension artérielle et taux élevé de glycémie veineuse.
Rééquilibrer son alimentation, maintenir une activité physique régulière
Si la graisse viscérale est dangereuse, il est néanmoins possible d’agir pour la faire diminuer, voire l’éliminer. « On ne dispose pas de mesures spécifiques destinées à éradiquer la graisse viscérale, explique Perle Sayedoff, médecin nutritionniste. Ce sont des conseils généraux qui vont fonctionner. En l’occurrence, rétablir une alimentation équilibrée et avoir une activité physique régulière. »
En matière d’alimentation, mieux vaut éviter d’entamer un régime drastique qui pourrait provoquer une reprise de poids plus importante par la suite. « Il faut envisager de faire un rééquilibrage alimentaire sur le long terme, et éviter certains aliments vraiment très impactants, comme les sodas, les sucres industriels, le fast-food ou la prise régulière d’alcool », conseille Alexandre Mensier, chirurgien.
Quant à l’activité physique, elle devrait dans l’idéal combiner plusieurs pratiques pour être efficace. Et ne pas seulement se réduire à des séries d’abdominaux, qui auraient seulement un impact sur la graisse sous-cutanée.
« Il faut y aller progressivement quand on reprend le sport, pour sa santé et pour ne pas se décourager, conseille le docteur Mensier. On peut commencer par des sports de type natation ou vélo d’appartement par exemple. Mais j’aurais tendance à dire qu’il faut "suer" pour avoir un impact, car c’est à ce moment qu’on commence à brûler nos graisses puisqu’on vient puiser dans nos réserves.
C’est le changement d’alimentation, associé au sport, qui va constituer un cercle vertueux ayant réellement un effet sur cette graisse viscérale potentiellement dangereuse. »
(1) On peut mesurer son tour de taille (ou périmètre abdominal) au niveau du nombril pour qu’il soit plus facile par la suite de positionner son mètre toujours au même endroit. Prendre le tour de hanches au niveau de la partie la plus large, sans serrer.
A lire aussi
-
Tout savoir sur le rééquilibrage alimentaire
Maladies et traitements
-
L’activité physique, indispensable à tout âge
Activité physique
-
Comment prendre soin de son foie ?
Maladies et traitements
Commentaires
Françoise
04 juillet 2025 à 10h07
Suer en faisant du sport n'est pas pour moi, mais à 81 ans la marche est mon leitmotiv préféré.
Merci pour tous ces bons conseils. Françoise
ANNIE
05 juillet 2025 à 06h07