Toxoplasmose et grossesse : comment se protéger ?
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Qu’est-ce que la toxoplasmose ?
La toxoplasmose est une infection causée par un parasite microscopique appelé Toxoplasma gondii. Tous les animaux à sang chaud (dont l’Homme fait partie) peuvent être contaminés par le toxoplasme.
« Il s’agit d’un parasite cosmopolite, c’est-à-dire qu’il circule partout dans le monde, mais il est plus ou moins dangereux en fonction des souches, indique le Pr Isabelle Villena, médecin biologiste et responsable du Centre national de référence de la toxoplasmose (CNR). La majorité des souches qui circulent en Europe ne sont pas virulentes. En France, chez les personnes avec une bonne immunité, la toxoplasmose est le plus souvent bénigne. »
On estime que 200 000 à 300 000 nouvelles infections surviennent chaque année dans l’Hexagone. « Dans 90 % des cas, la toxoplasmose passe inaperçue, précise la spécialiste. Quand des symptômes apparaissent, ils s’apparentent à ceux d’un syndrome grippal léger (ganglions, fièvre, fatigue…) et ils régressent spontanément, sans traitement. Une fois qu’une personne est contaminée, le toxoplasme se dissémine dans l'organisme et forme des kystes dans les organes (notamment les muscles, le cœur, et le cerveau). Ces kystes restent présents dans l’organisme à vie et ils éclatent périodiquement, ce qui permet d’entretenir l’immunité. »
Comment cette maladie peut-elle être contractée ?
Chez les animaux herbivores et omnivores (porc, bovin, mouton, chèvre…), le parasite est présent dans les tissus sous forme de kystes. Une contamination est donc possible en cas de consommation de viande (crue ou insuffisamment cuite) contenant des parasites.
Une autre forme du toxoplasme ne se trouve que chez le chat et les autres félins. Chez eux, le parasite peut se reproduire, entraînant l’élimination « d’œufs » dans leurs excréments. En fonction de l’endroit où les animaux émettent leurs selles, ceux-ci peuvent souiller la terre, les végétaux et l’eau, qui deviennent alors des sources potentielles de contamination. Dans le milieu naturel, ces « œufs » peuvent rester contaminants pendant plusieurs mois.
Dans quels cas la toxoplasmose est-elle dangereuse ?
La toxoplasmose peut être grave lorsqu’elle est contractée pendant la grossesse car le parasite peut être transmis au fœtus via le placenta. C’est ce que l’on appelle la toxoplasmose congénitale. « Le risque global de passage est de l’ordre de 30 %, mais il est très variable en fonction du stade de la grossesse, souligne le Pr Villena, responsable du Centre national de référence de la toxoplasmose (CNR). Il est particulièrement élevé pour les contaminations survenant au troisième trimestre de grossesse. »
La sévérité de la maladie suit une courbe inverse. « Les risques de séquelles les plus importants chez le fœtus interviennent lorsque la femme contracte la toxoplasmose dans la première moitié de sa grossesse, indique le Pr Olivier Picone, gynécologue et membre de la commission infections en gynécologie-obstétrique du Collège national de l’ordre des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF). L’infection peut entraîner des malformations, notamment cérébrales et au niveau de la rétine. » Dans certains cas, une interruption médicale de grossesse peut être recommandée.
Chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli (en particulier celles atteintes par le VIH ou qui prennent des médicaments antirejet à la suite d’une greffe), cette maladie peut également engendrer des complications sévères, notamment cérébrales ou oculaires. « Ce sont des situations où la toxoplasmose se réactive à la suite d’une ancienne infection », fait remarquer le Pr Villena.
Comment éviter de contracter la toxoplasmose ?
Des gestes simples aident à prévenir cette infection.
« D’un point de vue alimentaire, la viande doit être cuite au-delà de 60 degrés pour tuer le parasite, détaille le gynécologue Olivier Picone. Pour vous en assurer, vérifiez qu’aucun jus ne coule lorsque vous coupez votre morceau. À noter que la congélation tue également le toxoplasme. Les légumes, fruits et herbes aromatiques doivent, quant à eux, être épluchés soigneusement ou lavés à grandes eaux (n’utilisez pas de détergent, l’idée est que la terre disparaisse complètement). Attention aussi aux fruits de mer (huîtres, moules, palourdes), qui peuvent avoir été contaminés au contact d’une eau souillée. Veillez également à bien nettoyer vos ustensiles de cuisine après toute manipulation de ces aliments. »
Si vous êtes enceinte (ou immunodéprimé) et que vous avez un chat, quelques précautions s’imposent au niveau du nettoyage de la litière ; Changez-la tous les jours et lavez-la à l’eau chaude (plus de 70 °C), en utilisant des gants. Il n’est toutefois pas nécessaire de prendre des mesures drastiques. « Il est inutile d’emmener votre animal à la SPA, assure le Pr Picone. Il est assez rare que les chats soient les sources de contamination. Pour attraper la toxoplasmose, il faut qu’ils chassent et mangent de la viande contaminée (des petits rongeurs par exemple). Si votre animal ne sort pas et qu’il ne mange que des croquettes ou de la pâtée en conserve, il n’y a aucun risque. » À noter que les griffures du chat ne transmettent pas la toxoplasmose.
Enfin, pensez à porter des gants pour jardiner. Le lavage des mains doit aussi être systématique (avant chaque repas, après tout contact avec de la terre…).
Quel est le suivi mis en place pendant la grossesse ?
Depuis 1978, les autorités sanitaires françaises ont instauré un programme de prévention de la toxoplasmose congénitale.
« Le dépistage est basé sur un suivi sérologique qui permet de détecter la présence d’anticorps dans le sang, décrit le gynécologue Olivier Picone. Si, lors du premier bilan sanguin (en début de grossesse), la patiente a une sérologie positive – autrement dit si elle a déjà contracté la toxoplasmose au cours de sa vie – elle est immunisée et son fœtus est protégé. Si la sérologie est négative, toutes les mesures de prévention doivent être impérativement respectées. Un contrôle sanguin sera par ailleurs effectué tous les mois jusqu’à l’accouchement afin de s’assurer qu’il n’y a pas eu de contamination. »
Si toutefois la future mère contracte la toxoplasmose, un traitement antiparasitaire lui sera prescrit (celui-ci permet de diminuer le risque de transmission au fœtus ainsi que la gravité de l’infection). Les bébés atteints de toxoplasmose congénitale reçoivent également des médicaments pendant un an après leur naissance et ils doivent faire l’objet d’une surveillance spécifique.
« Lorsqu’un enfant a été contaminé en période fœtale, c'est-à-dire au moment où son système immunitaire n’est pas encore mature, il va garder comme une espèce d’anergie, soit une incapacité de l’organisme à se défendre contre l’infection, explique le Pr Isabelle Villena, médecin biologiste et responsable du Centre national de référence de la toxoplasmose (CNR). Des lésions oculaires peuvent ainsi se développer dans les premières années de vie et même plus tardivement, voire à la puberté ou à l’âge adulte. »
En France, du fait des changements des habitudes de vie (meilleure hygiène, consommation accrue de produits transformés et surgelés…), la séroprévalence de la toxoplasmose (soit la part de la population infectée par le parasite) diminue régulièrement, entraînant un plus grand nombre de femmes enceintes à surveiller.
Toutefois, le nombre d’infections acquises en cours de grossesse n’augmente pas. Ainsi, et grâce à la politique de dépistage, les cas de toxoplasmose congénitale sont rares. On en dénombre entre 120 et 150 par an. « Pour autant, il ne faut pas oublier que cette maladie existe, conclut le Pr Picone. Il est important de rester vigilant pour éviter toute flambée. »
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