L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans adoptée
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Le Parlement a définitivement adopté la loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans le 21 juillet 2026. Portée par le gouvernement et souhaitée par le Président Emmanuel Macron, cette mesure fait de la France le premier pays européen à instaurer une majorité numérique fixée à 15 ans. L’interdiction doit entrer en application le 1er septembre 2026, pour la rentrée scolaire (1). Toutefois, pour les comptes de réseaux sociaux déjà existants avant cette date, ce sera le 1er janvier 2027, le temps de faire les vérifications nécessaires.
Les plateformes devront en effet mettre en place des dispositifs de vérification de l'âge afin d'empêcher les mineurs concernés de créer ou de conserver un compte. L'objectif est de mieux protéger les adolescents face aux effets des réseaux sociaux sur la santé mentale, le sommeil, la concentration ou encore l'estime de soi.
Si le principe est largement salué par les spécialistes, son efficacité concrète et ses modalités d'application continuent de faire débat.
Une interdiction jugée utile mais insuffisante
Interrogé avant le vote définitif de cette loi, Yves Marry (2), cofondateur délégué général de l’association de prévention Lève les yeux, salue une mesure qui va dans le bon sens. « C’est un pas en avant dans la bonne direction. On a besoin de protection collective pour aider les parents face à une énorme pression sociale. » Dans cette logique, l’interdiction apparaît comme un signal fort adressé à la société, susceptible de faire évoluer les choses « sans pour autant régler à elle seule le problème ».
Cette position nuancée est partagée par Virginie Sassoon, docteure en sciences de l’information et de la communication (3), pour qui « l’interdiction ne va pas tout régler mais peut être une aide symbolique et créer de nouvelles normes sociales ». Subsiste toutefois une limite majeure. « Cela ne sera pas magique s’il n’y a pas d’éducation au numérique. »
Le psychanalyste et psychologue Michael Stora (4) abonde dans ce sens et défend des dispositifs favorisant la participation des jeunes. « Développer le sens critique devient une urgence, pourquoi pas à travers des groupes de parole. »
De son côté, Axelle Desaint, directrice d’Internet Sans Crainte, programme de sensibilisation des jeunes au numérique, met en garde contre les effets pervers de l’interdiction. « Cela risque d’amener les jeunes à contourner la loi. » Elle cite notamment l’exemple australien (5). Certains adolescents se sont tournés vers des espaces encore moins protégés (Dark web, sites alternatifs non officiels…).
Des obstacles techniques et juridiques persistants
Si la loi est désormais adoptée, son application concrète reste un véritable défi. La vérification de l'âge constitue un enjeu à la fois technique, juridique et européen. Les plateformes devront déployer des systèmes suffisamment fiables tout en respectant le Digital Services Act et le Règlement général sur la protection des données (RGPD).
Le texte prévoit une mise en œuvre progressive, avec une vérification de l'âge des utilisateurs et une montée en charge des dispositifs techniques.
Pour Axelle Desaint d’Internet Sans Crainte, les solutions actuelles de vérification de l’âge demeurent imparfaites. Elle souligne que ces dispositifs soulèvent des enjeux sensibles en matière de protection des données personnelles, notamment au regard du RGPD.
Yves Marry reconnaît lui aussi cette difficulté. « Il faut faire rencontrer une intention politique avec une faisabilité technique. » Le rapport de force avec les grandes plateformes, dotées de moyens considérables et d’une influence internationale, complique encore davantage l’application de ces mesures.
Une exposition aux réseaux sociaux toujours plus précoce
L’existence de risques liés aux réseaux sociaux est largement reconnue. Michael Stora explique qu’ils ont « des effets néfastes sur la santé mentale des adolescents », notamment en raison de « dimensions addictives liées à une économie de l’attention ». Il décrit des mécanismes bien identifiés. « Les algorithmes fournissent cette petite dose de dopamine », avec des effets sur « la concentration » et « la gestion de la frustration ».
À cela s’ajoute une pression sur l’image de soi. « Les influenceurs fournissent des modèles idéalisés » qui fragilisent les adolescents en construction. Yves Marry insiste lui aussi sur l’ampleur du phénomène. « Ces réseaux sont conçus pour être addictifs et commettent énormément de dégâts sur la santé mentale, la concentration, le sommeil. »
Le cofondateur de Lève les yeux alerte sur une exposition aux réseaux sociaux de plus en plus précoce. « Aujourd’hui, des enfants de 8, 9, 10 ans les consomment dans une espèce de jungle non régulée. »
Entre protection des mineurs, contraintes techniques et respect des libertés individuelles, l’efficacité de la loi qui interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans sera jugée à l'épreuve des faits.
(1) Par ailleurs, le texte prévoit l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable et des autres objets connectés dans tout ou partie de l’enceinte des lycées et pendant les activités scolaires se déroulant à l’extérieur de ceux-ci. Cette utilisation est déjà interdite dans les écoles et les collèges.
(2) Yves Marry est l’auteur de « Numérique, on arrête tout et on réfléchit ! », publié en 2024 aux éditions Rue de l'Échiquier.
(3) Coautrice du livre « Faire la paix avec nos écrans » avec François Saltiel, publié en 2025 aux éditions Flammarion.
(4) Michael Stora s’intéresse au numérique à la fois en tant que sujet de recherche et en tant qu’outil thérapeutique. Son dernier livre « Réseaux (a)sociaux ! » est édité chez Larousse (2021).
(5) En novembre 2024, le Parlement australien a voté une loi fixant un âge minimum de 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux. L’entrée en application est progressive et dépend de la mise en place des systèmes de vérification d’âge par les plateformes.
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