Les bus santé itinérants luttent contre les déserts médicaux et les difficultés d’accès à la santé

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Alexandra Luthereau

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Les bus santé itinérants luttent contre les déserts médicaux et les difficultés d’accès à la santé
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Les dispositifs mobiles santé vont vers les populations les plus fragiles et/ou vivant dans des déserts médicaux. Ces innovations sociales, plébiscitées par les citoyens et les collectivités locales, se multiplient. Avec pour ambition le retour aux soins.

Mammobus pour dépister au cancer du sein, bus itinérant pour des actions de sensibilisation en santé, Caravane des aidants pour informer et conseiller… Les dispositifs de santé itinérants ont le vent en poupe. Les uns visent à sensibiliser, dépister et orienter vers les professionnels existants d’un territoire. Les autres, plus récents, proposent des consultations en médecine générale et spécialisée, en particulier dans les déserts médicaux.

Sensibiliser et orienter les femmes vulnérables

C’est en 2019 que l’Institut des Hauts-de-Seine, en partenariat avec la RATP et le département 92, a mis en circulation le Bus Santé femmes, pour aller à la rencontre des plus isolées.

Ces femmes « cumulent les précarités, souligne le Dr Mourad Souames, directeur adjoint de l’institut. Les trois quarts d’entre elles sont sans activité, la plupart sont cheffes de famille monoparentales. Une sur deux estime que son état de santé est moyen voire mauvais. Elles sont éloignées de la santé et de leurs droits. Et un tiers d’entre elles renoncent à des soins de santé pour raisons financières… Le bus cherche à rompre leur isolement, à créer du lien social et à amener les soins et la prévention à elles ».

Ce bus santé fait halte deux fois par semaine en moyenne dans des communes des Hauts-de-Seine. Les femmes qui le souhaitent y sont accueillies sans rendez-vous, anonymement et gratuitement. A bord, leur est proposé non seulement un parcours santé avec des dépistages (auditif, visuel, diabète, cholestérol, obésité, cardiovasculaire…), mais également des consultations avec une psychologue, un avocat, une assistante sociale, des policiers, un conseiller logement… 

« Notre objectif est de les sensibiliser à leur santé et de les orienter vers les structures locales où elles pourront être accompagnées. D’ailleurs, chacune sort du bus avec un annuaire des acteurs locaux (médecins, association, centres sociaux…) », explique Dr Mourad Souames. En 2025, plus de 1 200 femmes et partenaires ont visité le Bus Santé Femmes soit 51 % de plus qu’en 2024.

Améliorer l’accès aux soins de certaines populations

Dans les Hauts-de-France, la Maison du diabète et des maladies chroniques (MDDMC) reçoit des publics avec des besoins en éducation thérapeutique. Au début des années 2000, l’équipe constate « la difficulté à toucher certains publics », explique Anne-Cécile Deffontaines, Directrice du Pôle Prévention, Éducation et Promotion santé (PEPS) du groupe Santélys association. En 2008, la MDDMC met alors en place le Diabétobus avec, pour mission, la prévention du diabète.

En 2020, il devient le « Bus Santé », pour mieux refléter ses actions de prévention sur la santé en général. Le dispositif mobile sillonne la région des Hauts-de-France, avec à des conseillers prévention santé de formation infirmière, diététicienne, sophrologue ou en activité physique adaptée. L’équipe propose des dépistages du diabète, de l’hypertension artérielle et de la maladie rénale chronique, des entretiens et des suivis éducatifs sur l’alimentation, l’activité physique, le bien-être, le sommeil…

« Nous allons dans les zones rurales, les quartiers prioritaires des villes, les entreprises qui nous sollicitent », continue Anne-Cécile Deffontaines. Chaque mission est élaborée avec les acteurs sociaux, médico-sociaux, associatifs du territoire tels que les CCAS, les foyers d’hébergement, les épiceries solidaires ou les Restos du cœur. Lesquels « identifient et orientent les publics cibles vers les professionnels de santé du Bus Santé », souligne la directrice.

Le projet continue de se développer. Courant 2026, le pôle PEPS va se doter d’un « bus 3.0 » dans lequel seront proposées des téléconsultations. « Celles-ci pourront se faire avec des ressources médicales et les infirmièr-es en pratique avancée (IPA) du groupe Santélys », précise Anne-Cécile Deffontaines. L’équipe du Bus santé travaille également avec les acteurs du soin du territoire comme les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles. « Il est important d’enclencher le relais de proximité pour insérer les personnes dans un parcours de soins après le bus santé », commente-t-elle. Ce bus n’étant pas une fin en soi mais le début d’une reprise en main de leur santé par les personnes.

Parcours global de soins

En juin 2023, le gouvernement lance le plan France Ruralités, qui notamment propose le déploiement de médicobus pour lutter contre les déserts médicaux ruraux. Dans le Tarn, trois intercommunalités ont répondu à l’appel à projets. En octobre 2025, le médicobus de VYV3 terres d’Oc (notre photo) prend la route.

Sur le territoire, tout est parti d’un constat : « une forte précarité en santé sur le territoire, pointe Virginie Oudin, coordinatrice du projet. Sur dix dentistes partis à la retraite ces dernières années dans le département, seuls deux ont été remplacés ».

Le fonctionnement est simple : le bus s’installe une semaine dans une commune et reçoit des patients sur rendez-vous du lundi au jeudi. Trois jours sont consacrés aux soins dentaires, dont deux sont assurés par des étudiants en dernière année de l’Université de Toulouse, encadrés par un praticien. Et une journée est dédiée à la médecine générale.

Virginie Oudin orchestre l’ensemble. « Le jeudi, je suis en soins avec la dentiste, et le reste du temps je gère tout le reste : tiers payant, stérilisation du matériel, commandes, coordination avec les communes, rendez-vous avec les patients… ». Des actions de prévention doivent bientôt compléter le dispositif.

Le médicobus s’adresse en priorité aux habitants des trois intercommunalités sans dentiste traitant, parfois éloignés du soin depuis des années. « Certains patients n’avaient pas consulté depuis vingt-cinq ans », observe-t-elle. En dentaire, l’activité est soutenue avec environ 30 patients par semaine pour des soins, « comme dans un cabinet classique : détartrage, prothèses etc. ».

La médecine générale pourrait recevoir une dizaine de patients par jour. « Les gens sont encore un peu frileux, sans doute parce que le médecin n’est pas présent tous les jours, ni sur la même commune toutes les semaines et qu’il ne peut pas être déclaré médecin traitant », analyse la coordinatrice. 

Au-delà des chiffres, le dispositif revendique une ambition plus large : « ramener les gens vers les soins et leur redonner confiance ». Le pari semble en passe d’être tenu. « Les patients sont ravis, très reconnaissants, et souvent étonnés que ce soient de véritables soins qui sont proposés, s’enthousiasme-t-elle. On se sent utile, ça redonne du sens à notre métier. »

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