Arthrose : peut-on venir à bout de la douleur ?
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Une maladie qui détruit le cartilage
Entre 6 et 7 millions de personnes souffriraient d’arthrose en France (soit 10 % de la population) et plus de 600 millions dans le monde (1). Ce qui en fait la maladie articulaire la plus répandue.
L’arthrose provoque à la fois des douleurs et un enraidissement de certaines articulations (avec parfois des gonflements), qui peuvent entraver le mouvement. Elle conduit aussi, avec le temps, à la destruction du cartilage.
L’arthrose du genou (gonarthrose) est la plus fréquente, devant celle de la hanche et de la main. D’autres articulations peuvent être touchées, comme les épaules et les orteils (le gros en particulier)…
Contrairement à une idée reçue, l’arthrose est bien une maladie et non pas une usure naturelle du cartilage avec l’âge : toutes les personnes qui vieillissent n’ont pas forcément de l’arthrose. En revanche, il est vrai qu’elle apparaît le plus souvent à partir d’un certain âge, même s’il peut arriver d’en avoir quand on est jeune.
Pour l’arthrose du genou par exemple, le diagnostic est posé en moyenne à 50 ans aujourd’hui (c’était 60 ans il y a 15 ans). Il n’est donc plus exceptionnel de voir des personnes de 30 ou 40 ans avec de l’arthrose. En cause : nos modes de vie qui ont changé.
Pr Francis Berenbaum
Spécialiste reconnu des maladies articulaires, le Pr Francis Berenbaum est rhumatologue à l'Hôpital Saint-Antoine à Paris (AP-HP) et professeur de rhumatologie à Sorbonne Université. Il a fondé, il y a 25 ans, une équipe de recherche Inserm, au sein du Centre de recherche Saint-Antoine, dédiée à la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques pour soigner l'arthrose, dont il est toujours membre aujourd’hui.
Le Pr Berenbaum est aussi vice-président de la Fondation Arthritis, reconnue d’utilité publique, qui soutient la recherche française sur les rhumatismes et les maladies musculosquelettiques. Il est co-auteur du Grand livre de l’arthrose (1) avec le kinésithérapeute du sport Jérôme Auger.
(1) Publié en décembre 2025 aux éditions Eyrolles.
Une simple radio pour détecter l’arthrose
Il est possible d’avoir de l’arthrose sans le savoir, puisque la maladie commence souvent avant que les premières douleurs n’apparaissent. Ce sont elles en général qui poussent à consulter. Elles sont provoquées par le mouvement : elles augmentent à l’effort et diminuent au repos (sauf lors des poussées inflammatoires qui peuvent réveiller la nuit). Et elles s’accentuent au fil de la journée.
Si ces douleurs sont présentes de façon très régulière depuis 6 mois, et que le patient constate par ailleurs un enraidissement de l’articulation, le médecin va alors rechercher s’il s’agit d’arthrose. L’interrogatoire, avec des questions sur la localisation et les horaires de la douleur, donne une première orientation.
La confirmation du diagnostic peut être assez rapide, car les signes de la maladie sont visibles sur une simple radio.
Ses causes principales : surpoids, obésité, vieillissement ou traumatisme
La maladie progresse en France, notamment à cause du surpoids et de l’obésité (en hausse à tous les âges), qui fragilisent les articulations. Ce sont les facteurs de risques majeurs de l’arthrose, en particulier pour celle du genou, qui expliquent aussi le rajeunissement des patients. La sédentarité croissante est également en cause.
Une étude de 2017 a comparé des squelettes datant de l’époque préhistorique, des années 1900 et des années 2000. 8 % avaient une arthrose du genou à l'époque préhistorique et autant au début du siècle dernier. Donc la proportion n’avait pas évolué pendant des milliers d’années. En revanche, elle est passée à 16 % au début des années 2000. Des résultats qui montrent à quel point nos habitudes de vie peuvent peser sur la maladie.
Le surpoids, l’obésité et la sédentarité sont des facteurs évitables. Mais il en existe d’autres sur lesquels il est plus difficile d’agir, comme le vieillissement (on n’a pas encore trouvé le moyen de rajeunir !) ou le fait d’avoir eu un traumatisme. Ce dernier va déstabiliser une articulation.
Une rupture des ligaments croisés, un accident de ski ou de voiture augmentent la probabilité de développer une arthrose par la suite. C’est aussi pour cela que, désormais, on évite au maximum de retirer un ménisque (cartilage du genou qui fait office d'amortisseur) lorsque celui-ci est endommagé.
Des sports et des métiers à risques
La génétique peut également avoir un impact, en particulier pour l’arthrose des mains, mais il est moindre. Si on a un parent qui en souffre, on a plus de risques d’en avoir une à son tour. Toutefois, ce n’est pas systématique et ce ne sera pas toujours avec la même sévérité (plus ou moins grave).
Les femmes sont aussi plus souvent touchées par l’arthrose que les hommes (60 % contre 40 %), même si cela varie en fonction de la localisation.
Par ailleurs, certaines activités sportives ou certains métiers peuvent favoriser la maladie. L’arthrose de la hanche du footballeur est bien connue. Aujourd’hui, les équipes professionnelles sont mieux formées pour tenter de prévenir le phénomène, ce qui n’est pas le cas dans le sport amateur.
Côté professions, l’arthrose du genou des carreleurs est bien documentée. Elle est même reconnue comme une maladie professionnelle. Du fait des vibrations, les ouvriers qui manipulent régulièrement des marteaux-piqueurs ont quant à eux tendance à développer une arthrose du coude (très rare dans le reste de la population).
Le laboratoire de recherche Inserm auquel j’appartiens, au sein du Centre de recherche Saint-Antoine à Paris, travaille notamment à l’identification de nouveaux facteurs de risques. Parmi eux, la pollution pourrait en faire partie dans les années à venir. Néanmoins, cela reste encore à démontrer.
Maladies cardiovasculaires, dépression : des effets insoupçonnés de la maladie
Les symptômes de l’arthrose peuvent être très handicapants pour le patient, au point parfois d’altérer sérieusement sa qualité de vie.
Lorsque l’articulation est raide ou fait souffrir dès que l’on se met en mouvement, cela a une influence sur tous les actes du quotidien : à la fois dans la vie personnelle et professionnelle. Il n’est pas rare en effet de devoir se mettre en arrêt maladie, en particulier si l’on a un travail physique.
Des études ont prouvé que si l’on a une arthrose du genou ou de la hanche qui gêne la marche, on va développer une vie plus sédentaire. Or, moins on bouge, plus l’articulation s’enraidit. C’est un cercle vicieux.
La sédentarité entraîne également des complications cardiovasculaires et augmente la mortalité de 50 %. En 2018, l’Agence américaine du médicament (la FDA) a d’ailleurs classé l’arthrose parmi les maladies graves.
Bien qu’il s’agisse d’une pathologie articulaire, elle pèse aussi de façon conséquente sur la santé mentale. Elle est une cause fréquente de dépression, car elle génère souvent la peur de bouger et oblige à renoncer à ses activités habituelles.
Le mouvement : premier traitement de l’arthrose
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’arthrose ne se soigne pas nécessairement avec des médicaments. L’activité physique est la base du traitement, avec la perte de poids si l’on est concerné par le surpoids ou l’obésité.
La douleur étant soulagée momentanément au repos, on peut être tenté de ne plus bouger. Mais une activité physique modérée (sans excès ni recherche de performance) est indispensable au maintien d'une musculation suffisante pour stabiliser les articulations, et ne pas aggraver la maladie. Des exercices physiques spécifiques sont proposés en fonction de la localisation de l’arthrose.
En complément, des médicaments peuvent être prescrits pour réduire les douleurs. En premier lieu : les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (2), en gel ou en pommade d’abord, puis par voie orale si cela ne suffit pas (sous réserve qu’ils soient bien tolérés par le patient). Toutefois, l’Agence du médicament recommande de les prendre uniquement en cas de poussées d’arthrose, et sur une durée la plus courte possible et à la posologie efficace la plus faible.
Le paracétamol a certes moins d’effets secondaires mais son intérêt, pour cette maladie, est contesté aujourd’hui.
Les autres médicaments, comme les opioïdes, le tramadol ou encore la morphine, ne sont pas conseillés ou alors pour une très courte durée. Et ils présentent des risques pour les personnes âgées : chutes, confusion, troubles digestifs (constipation, nausées, vomissements…).
Les infiltrations de cortisone, réalisées à l’intérieur de l’articulation, peuvent aussi soulager les poussées d’arthrose. Mais le bénéfice sera de quelques semaines tout au plus. Elles présentent en revanche très peu de contre-indications (sauf en cas de diabète déséquilibré). Quant aux infiltrations d’acide hyaluronique (ce qu'on appelle la viscosupplémentation), leur efficacité est controversée : certaines études montrent un intérêt, d’autres non. Il n’y a donc pas de consensus.
Par ailleurs, il existe des compléments alimentaires (à base de chondroïtine, de glucosamine ou encore de dérivés d’avocat et de soja). Cependant, même s’ils sont a priori sans danger, ils n’ont pas prouvé leur efficacité.
Les réponses de la science à vos questions de santé
Alors que les fausses informations circulent plus vite que jamais, Harmonie Santé fait le choix de rappeler les faits avec « Ce que dit la science ». Signés par une chercheuse ou un chercheur, ces articles font le point sur un sujet de santé, comme ici l’arthrose, et répondent aux questions que vous vous posez. Objectif : mieux comprendre pour savoir comment agir sur votre santé.
La rédaction
Une prothèse de genou, de hanche… en dernier recours
Actuellement, il n’existe que des traitements pour soulager la douleur. Aucun n’est capable de ralentir l’évolution de la maladie.
À des stades très avancés de l’arthrose, la chirurgie peut être envisagée. Elle consiste à remplacer l’articulation dans son ensemble ou une partie seulement de celle-ci. On parle alors de prothèse totale ou de prothèse unicompartimentale. Pour le genou par exemple, les deux possibilités existent.
Les prothèses totales fonctionnent plutôt bien puisque, la plupart du temps, les patients sont débarrassés de la douleur après l’opération. C’est vrai dans environ 80 % des cas pour l’arthrose du genou et dans 95 % pour celle de la hanche. Les autres vont devoir continuer à prendre des médicaments. Et pour le moment, on n’a pas réussi à percer le mystère de cette douleur persistante.
Les prothèses unicompartimentales se développent. Elles ont l’avantage de ne changer que la partie la plus abîmée de l’articulation. Ce qui n’empêchera pas de poser une prothèse totale par la suite si nécessaire.
D’autres pistes de traitements à l’étude
À l’avenir, d’autres traitements pourraient compléter l’arsenal thérapeutique de la maladie.
Un médicament suscite de l’espoir : le Lévi-04. Cet antidouleur par voie sous-cutanée a montré de bons résultats lors d’un premier essai clinique, mais qui demandent à être confirmés. Et il faudra sans doute attendre plusieurs années avant qu’il n’arrive sur le marché.
Les dernières innovations concernant les analogues du GLP-1 (3) sont également intéressantes. Ces médicaments, destinés notamment aux personnes obèses pour perdre du poids, peuvent bénéficier aussi à celles souffrant d’arthrose du genou.
Notre équipe de recherche travaille sur une piste prometteuse sur ces mêmes molécules, mais en injection intra-articulaire. Car elles ont par ailleurs des effets anti-inflammatoires et protecteurs pour les articulations. Un essai clinique est en cours, avec des patients ayant une arthrose inflammatoire du genou (pas nécessairement obèses) inclus dans 20 centres dans le monde : aux États-Unis, au Canada et dans quatre pays d’Europe, dont la France. Ses résultats seront connus début 2027.
Si cette piste se confirme, elle pourrait être bénéfique à la fois pour soulager la douleur et pour ralentir la progression de la maladie et ainsi retarder la pose d’une prothèse. C’est tout l’enjeu de la recherche aujourd’hui. Si l’on y arrive, ce serait une véritable avancée. Avant d’envisager de pouvoir, un jour, guérir définitivement l’arthrose.
Quelles différences avec la polyarthrite rhumatoïde ?
L’arthrose peut faire penser à une autre maladie inflammatoire assez courante : la polyarthrite rhumatoïde. D’autant plus que toutes deux apparaissent en général au même âge (autour de 50 ans) et entraînent douleurs et gonflements des articulations au moment des poussées inflammatoires. Mais en réalité, ces deux pathologies présentent des différences notables.
L’arthrose est le plus souvent localisée sur une seule articulation (un seul genou par exemple ou davantage sur l’un que sur l’autre). À l’inverse, la polyarthrite rhumatoïde s’attaque à plusieurs en même temps (habituellement les mains, les poignets et les pieds) et fait souffrir les deux côtés de façon symétrique.
Concernant les mains, les deux maladies ne vont pas toucher les mêmes articulations. La dernière phalange à l’extrémité des doigts sera plutôt épargnée avec la polyarthrite rhumatoïde, contrairement à l’arthrose.
La rédaction
(1) Source : Organisation mondiale de la santé (OMS). L’arthrose pourrait même concerner un milliard de personnes dans le monde en 2050.
(2) Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments utilisés pour différentes maladies. Actifs contre l’inflammation, ils agissent aussi contre la douleur, aident à lutter contre la fièvre et fluidifient le sang.
(3) Les analogues du GLP-1 sont des médicaments qui reproduisent l’hormone naturellement sécrétée par le corps (GLP-1). Celle-ci a notamment des effets sur la régulation du glucose et de l'appétit. Parmi eux figurent l’Ozempic et le Wegovy.
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