Immunothérapie : la recherche en première ligne pour améliorer les traitements contre le cancer
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Réactiver le système immunitaire du patient pour l’aider à reconnaître les cellules cancéreuses et les détruire : tel est le principe de l’immunothérapie. « Cette approche thérapeutique a complètement modifié le paysage en oncologie (1). Elle a transformé le traitement du cancer et a considérablement amélioré le pronostic des patients », souligne Capucine Grandjean, chercheuse Inserm à l’unité Dynamiques des réponses immunes de l’Institut Pasteur.
Contrairement aux chimiothérapies ou aux radiothérapies, qui ont été pensées pour s’attaquer directement aux cellules cancéreuses, l’immunothérapie prend appui sur la biologie du système immunitaire et les capacités du corps humain à se défendre.
« Au fur et à mesure de l’avancée des connaissances, nous avons réalisé qu’une tumeur est un environnement très complexe où se trouvent aussi des cellules immunitaires, qui ont vocation à défendre l’organisme contre, par exemple, les infections ou le cancer, décrit Capucine Grandjean. Ce constat a été pour le moins étonnant : pourquoi le cancer continue-t-il à progresser alors que le rôle même de ces cellules est de protéger notre corps ? Il est apparu que celles-ci ne fonctionnaient plus (elles étaient comme endormies) car elles s’étaient "habituées" au cancer. C’est de là que sont nées les immunothérapies. »
Des guérisons constatées pour la première fois
Derrière cette dénomination d’immunothérapie se cache une grande variété de médicaments et de modes de fonctionnement. Après la mise au point, à la fin des années 1990, d’une première thérapie adaptée seulement à certains types de cancers, une nouvelle molécule, utilisable dans un plus grand nombre de maladies, a vu le jour dans les années 2010.
« Cette stratégie, qui consiste à utiliser des "inhibiteurs de points de contrôle" a vraiment changé les choses, indique la chercheuse Capucine Grandjean. Pour simplifier, quand les cellules de notre système immunitaire sont épuisées, on retire un frein (par l’intermédiaire d’un médicament qui s’inspire des anticorps que notre corps produit naturellement) pour les remettre en action. Les effets de ce traitement ont été impressionnants. Pour la première fois, des malades atteints de cancers pour lesquelles les solutions étaient alors très limitées (comme le mélanome) ont été guéris. »
À la suite de ce progrès spectaculaire, l’immunothérapie a fait un autre pas de géant avec l’arrivée, en 2017, des thérapies cellulaires. « Des cellules immunitaires d’un patient sont prélevées, modifiées génétiquement en laboratoire afin de les rendre capables de reconnaître les cellules cancéreuses puis réinjectées au malade, explique Capucine Grandjean. C’est ce qu’on appelle les cellules CAR-T. Là aussi, les résultats ont été incroyables : des patients condamnés ont pu être sauvés. »
À l’heure actuelle, cette stratégie thérapeutique, dont le coût est élevé, ne fonctionne toutefois que pour les cancers du sang (tels que les leucémies et les lymphomes).
L’immunothérapie par cellules CAR-T peut aussi donner lieu à des effets secondaires sévères (fièvre parfois très élevée, courbatures, maux de tête, difficultés respiratoires, voire troubles neurologiques). Ceux-ci peuvent nécessiter l’admission du patient en réanimation pendant plusieurs semaines. « Quand les CAR-T se mettent à tuer le cancer, elles libèrent des molécules toxiques qui peuvent créer un emballement puissant de tout le système immunitaire, détaille la chercheuse. Les médecins savent aujourd’hui comment calmer ce phénomène, mais cela signifie que le traitement par CAR-T ne peut pas être prescrit à tout le monde. »
Étudier les liens entre la localisation de la tumeur et les effets du traitement
Même si l’immunothérapie a ouvert des perspectives insoupçonnées, elle est loin d’être miraculeuse. « Elle peut être efficace pour un profil de malade et inopérante pour un autre, alors même que le type de cancer est identique, fait remarquer Capucine Grandjean. On observe aussi qu’après un traitement par immunothérapie, certains patients rechutent et d’autres non, sans que l’on sache très bien pourquoi. Il y a encore beaucoup à découvrir dans ce domaine et c’est là où la recherche entre en jeu. »
À l’Institut Pasteur, les équipes de l’unité Dynamiques des réponses immunes (2), où travaille Capucine Grandjean, s’emploient précisément à améliorer l’efficacité de cette approche. Les scientifiques s’intéressent notamment au lien entre la localisation de la tumeur et les effets de l’immunothérapie. Ainsi, la chercheuse a voulu savoir pourquoi, dans les cancers du sang, les cellules tumorales situées dans les ganglions lymphatiques (3) n’arrivaient pas à être détruites par ces traitements.
« Nos études ont montré que les ganglions présentent une structure très organisée, si bien que le "pont" ne se fait pas entre les cellules cancéreuses et les cellules immunitaires chargées de les éliminer, relève la chercheuse. En broyant les ganglions, la donne a changé. Bien sûr, il n’est pas question d’écraser les ganglions des patients ! Mais nous avons trouvé une alternative : lorsque le ganglion est soumis à une petite dose de radiothérapie, il se remodèle et le traitement fonctionne. Cette découverte illustre l’intérêt des approches thérapeutiques combinées. »
L’immunothérapie : « un milieu en plein essor »
Les chercheurs travaillent également sur un autre projet : « copier » la technique des cellules CAR-T (qui ne sont utilisées aujourd’hui que dans le cas des cancers « liquides », autrement dit ceux du sang) pour traiter les cancers dits solides (sein, prostate, colon, peau…).
« Il a été montré que les cellules CAR-T rencontrent des difficultés à infiltrer une tumeur solide, précise Capucine Grandjean. L’idée serait donc de modifier un type de cellules immunitaires appelées macrophages (qui ont de bien meilleures capacités à rentrer dans une tumeur) afin qu’elles "ingèrent" les cellules cancéreuses. » Ces « CAR-M » laissent, là aussi, entrevoir de grands espoirs pour améliorer les chances des patients.
« L’immunothérapie est un milieu en plein essor, conclut la chercheuse. De nouvelles molécules, de plus en plus sophistiquées, apparaissent régulièrement – sans compter que les nouvelles technologies (et notamment l’intelligence artificielle) permettent d’accélérer les processus.
Au-delà de l’oncologie, les immunothérapies sont aussi utilisées aujourd’hui pour traiter d’autres pathologies, notamment les maladies auto-immunes (comme le lupus ou la sclérose en plaques). Je pense que, dans les années à venir, l’immunothérapie va sans doute aussi jouer un rôle important pour les maladies infectieuses. »
(1) L’oncologie (ou cancérologie) est la spécialité médicale consacrée à l’étude et à la prise en charge des cancers.
(2) Leurs pistes de recherche sont l’une des thématiques mises à l’honneur lors du Pasteurdon, dont la 20e édition est organisée du 8 au 11 octobre 2026.
(3) Les ganglions lymphatiques sont de petits organes en forme de haricot qui contiennent des cellules du système immunitaire. Ils sont situés dans tout le corps, mais beaucoup d’entre eux sont regroupés dans le cou, les aisselles et l’aine. Ils gonflent lorsque l’organisme est atteint d’une infection ou d’un cancer.
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