Troubles du sommeil : quand et où faut-il consulter ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Troubles du sommeil : quand et où faut-il consulter ?
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Les troubles du sommeil peuvent avoir des répercussions sur la santé et la vie quotidienne. L’insomnie, le plus fréquent d’entre eux, concerne un adulte sur trois. Mais quand faut-il consulter et vers quel professionnel se tourner ?

Nous passons une grande partie de notre vie à dormir. Le sommeil joue un rôle essentiel dans la récupération de l’organisme et le bon fonctionnement du cerveau. Encore faut-il qu’il soit suffisamment long et de bonne qualité.

Selon le Baromètre de Santé publique France, publié en décembre 2025, les adultes de 18 à 79 ans dorment en moyenne 7 h 32 par 24 heures. Plus d’un sur cinq (21,5 %) dort six heures ou moins et un tiers déclare souffrir d’insomnie.

« Les plaintes d’insomnie sont beaucoup plus fréquentes que celles qui concernent les autres troubles du sommeil. Elles constituent une cause importante de consultation », indique la docteur Marie-Françoise Vecchierini, neuropsychiatre au centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu, à Paris, et membre de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV).

L’insomnie peut être associée à d’autres pathologies

Une plainte d’insomnie ne signifie pas forcément qu’une insomnie au sens médical a été diagnostiquée. Le médecin tient compte pour cela de la sévérité des symptômes, de la fréquence et de l’ancienneté des troubles ainsi que de leur retentissement dans la journée.

L’insomnie se traduit par des difficultés à s’endormir, des réveils au cours de la nuit ou un réveil définitif avant l’heure souhaitée. Ces troubles nocturnes s’accompagnent d’une mauvaise qualité du sommeil et de conséquences pendant la journée. Certaines formes d’insomnie se caractérisent par un sommeil de courte durée.

L’insomnie peut être isolée ou associée à d’autres troubles du sommeil, comme le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), le syndrome des jambes sans repos, ou encore des troubles anxiodépressifs. Lorsque l’insomnie et le SAOS sont associés, on parle de COMISA (pour « COMorbid Insomnia and Sleep apnea »).

Consulter quand les troubles répétés impactent le quotidien

Une mauvaise nuit de temps à autre n’a rien de grave. En revanche, lorsque les troubles se répètent, persistent et perturbent la vie quotidienne, il est temps d’en parler à un médecin. Fatigue, somnolence, difficultés de concentration ou de mémoire, irritabilité sont autant de signes qui doivent alerter.

Les médecins traitants sont généralement les premiers professionnels à consulter. Formés à la médecine du sommeil pour certains, ils peuvent prendre en charge leurs patients en cabinet. « Le médecin recherche quel événement a déclenché le trouble, comment il est devenu chronique, quelle est sa sévérité, son impact sur la journée », explique la neuropsychiatre Marie-Françoise Vecchierini.

Lorsque les troubles sont anciens, complexes ou résistants aux traitements, le généraliste oriente le patient vers un médecin du sommeil ou un centre du sommeil. Plusieurs spécialistes interviennent selon le trouble suspecté (neurologue, pneumologue, ORL…).

Un bilan pour comprendre l’origine des troubles

Dans un centre du sommeil, la consultation commence par un entretien approfondi. Le médecin cherche à comprendre comment le trouble est apparu et quels facteurs peuvent contribuer à son maintien dans le temps.

L’histoire du sommeil est également retracée : habitudes depuis l’enfance, heures de coucher et de lever, environnement de sommeil, besoins ressentis… Le médecin observe aussi les habitudes qui peuvent perturber le sommeil, comme des horaires irréguliers, un temps passé au lit trop important ou les activités en soirée.

Par ailleurs, les antécédents médicaux et psychiatriques, ainsi que les traitements suivis ou en cours, sont pris en compte. Enfin, le médecin recherche des signes pouvant orienter vers un autre trouble du sommeil : impatiences ou mouvements des jambes, ronflements importants, pauses respiratoires observées pendant la nuit… Ces éléments orientent la suite du bilan.

La tenue d’un agenda du sommeil

L’agenda du sommeil est un outil précieux. Il peut être rempli avant comme après la consultation. Pendant au moins quinze jours, le patient note ses heures de coucher et de lever, le temps nécessaire pour s’endormir, ses réveils nocturnes et les périodes d’éveil pendant la nuit.

Il indique son état au réveil, les moments de somnolence dans la journée et les siestes. Ces informations facilitent le repérage des habitudes ou des variations : horaires irréguliers, difficultés d’endormissement, réveils fréquents ou décalage entre le temps passé au lit et le temps réel de sommeil.

Le médecin dispose alors d’une vision plus précise du sommeil et cela va lui permettre d’évaluer la fréquence et la sévérité des troubles et d’en suivre l’évolution. Ces données aident aussi le patient à mieux connaître son trouble et ses habitudes de sommeil.

Des examens complémentaires si besoin

L’agenda du sommeil peut être complété par une actimétrie. Porté au poignet pendant plusieurs jours, cet appareil enregistre le rythme repos-activité et renseigne indirectement sur le rythme veille-sommeil. Les données sont ensuite comparées à celles consignées dans l’agenda.

Des examens sont proposés lorsque le médecin suspecte un autre trouble du sommeil. En cas de ronflements importants, de pauses respiratoires observées la nuit ou de forte somnolence la journée, une apnée du sommeil peut être recherchée par une polygraphie ventilatoire nocturne, qui enregistre différents paramètres respiratoires pendant le sommeil.

Une polysomnographie peut être réalisée à domicile ou dans une unité spécialisée lorsque l’analyse doit être plus approfondie. Des capteurs placés sur différentes parties du corps mesurent durant la nuit l’activité cérébrale, les mouvements des yeux, l’activité musculaire, la respiration et l’oxygénation du sang. En unité spécialisée, le sommeil est surveillé à distance par caméra.

Quels sont les médicaments possibles ?

La prise en charge d’une insomnie chronique repose d’abord sur l’amélioration des habitudes de sommeil, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et le traitement d’éventuelles comorbidités (dépression, troubles anxieux…). La relaxation et la méditation peuvent aussi aider. « La pratique d’une activité physique, une bonne exposition à la lumière le jour, voire la photothérapie (1), sont également très importantes pour la synchronisation des rythmes et du rythme veille-sommeil» , rappelle la Dr Vecchierini.

Lorsque l’insomnie chronique persiste malgré tout, un traitement médicamenteux est envisagé. Le daridorexant peut être proposé. « Il diminue l’activité des orexines, substances qui participent au maintien de l’éveil. » Il est indiqué lorsque les troubles d’insomnie chronique durent depuis au moins trois mois et ont un impact important sur le fonctionnement durant la journée. Son efficacité et sa tolérance sont réexaminées après trois mois.

Les médicaments doivent être prescrits « à la dose minimale efficace et pendant la durée la plus courte possible, avec une réévaluation régulière du traitement ». Chez les patients de 55 ans ou plus, la mélatonine à libération prolongée est utilisée à court terme en cas d’insomnie primaire (2) avec un sommeil de mauvaise qualité. En 2026, la Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable au remboursement de ce traitement dans cette indication.

(1)    La photothérapie, aussi appelée luminothérapie, consiste à s’exposer à une lumière intense afin d’aider à resynchroniser l’horloge biologique.
(2)    Une insomnie qui n'est pas due à une autre maladie ou à un autre trouble identifié.
 

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Patricia Guipponi

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