Canicule : pourquoi la chaleur tue bien plus qu'on ne le croit

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Peggy Cardin-Changizi

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Canicule : pourquoi la chaleur tue bien plus qu'on ne le croit
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De nouvelles vagues de chaleur frappent la France depuis le mois de juin, avec une hausse des décès supérieure à la normale pour la période. Comment mieux comprendre les liens entre chaleur et santé ? Le point avec des chercheurs.

En pleine canicule, 8 973 décès ont été recensés en France du 22 au 28 juin 2026, soit plus de 2 000 de plus que la semaine précédente. Un chiffre qui donne une première mesure du phénomène, avant des analyses plus précises qui permettront de quantifier précisément l'excès de mortalité dû aux températures élevées que la France subit depuis ce printemps.

L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a organisé une conférence de presse, le 6 juillet, sur les liens entre chaleur et santé. L'occasion de faire le point sur ce que dit la science, avec ses chercheurs et ceux de ses partenaires (Institut Sorbonne de Santé, université de Californie à San Diego).

Premier constat : la chaleur ne tue pas seulement par coup de chaud. Il y a des décès en excès bien avant qu'une canicule soit officiellement déclarée. « La mortalité commence à augmenter dès des températures supérieures à une vingtaine de degrés », explique Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm (équipe Parsec).

Une augmentation du risque de décès particulièrement élevée pour les personnes déjà malades

La majorité des décès supplémentaires touchent en réalité les personnes les plus âgées ou déjà atteintes de maladies chroniques, qu'il s'agisse de troubles respiratoires, neurologiques (comme Parkinson ou Alzheimer), rénaux ou de diabète. Leur organisme, déjà affaibli, ne parvient plus à faire face au stress supplémentaire imposé par la chaleur.

« Même les décès par cancer sont en augmentation pendant les vagues de chaleur », précise Grégoire Rey, qui dirige France Cohortes, la structure qui coordonne les grandes études de suivi (cohortes) en santé publique en France. Le risque de suicide grimpe lui aussi avec le mercure.

La surmortalité en période de canicule a fortement baissé en raison d'une prise de conscience collective et de diverses mesures de prévention prises depuis la canicule de 2003. Aujourd'hui, cette mortalité intervient surtout hors canicule, selon Santé publique France, lors de journées simplement un peu plus chaudes que la normale, mais beaucoup plus fréquentes.

« Bien que la chaleur puisse tuer à tous les âges, nous ne sommes pas tous égaux devant la chaleur, à la fois en termes d'exposition et de sensibilité », résume Rémy Slama. Une phrase qui pourrait s'appliquer à l'ensemble des travaux présentés lors de cette conférence de presse du 6 juillet organisée par l'Inserm.

Un logement mal isolé, facteur de risque important

Le lieu de vie a lui aussi un impact important sur les risques liés à la chaleur. Une grande étude de suivi, qui observe dans la durée 200 000 adultes en France (la cohorte Constances, portée par l'Inserm), a été croisée avec la base de données nationale du bâtiment, gérée par le Centre scientifique et technique du bâtiment. Résultats préliminaires : les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) (ces « passoires » ou « bouilloires thermiques ») semblent exposer à « un plus fort risque d'hospitalisation non programmée » lors des vagues de chaleur, indique la chercheuse Inserm Émeline Lequy.

Une autre étude, appelée Cool Sleep, s'intéresse à l'impact de la chaleur sur le sommeil des locataires de logements sociaux (HLM). Menée par le chercheur Paquito Bernard (équipe Cité), elle montre que pour un même logement, l'écart de température intérieure peut atteindre 6 à 8 degrés selon les habitudes des occupants. Aérer la chambre la nuit, par exemple, fait une vraie différence. Mais ce geste simple reste compliqué pour beaucoup de locataires, en raison du bruit, du manque de sécurité ou de l'absence de moustiquaires.

Grossesse, grand âge, maladies chroniques : qui est le plus exposé ?

Certains groupes ont des risques spécifiques face à la chaleur : les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées, ou encore les personnes atteintes de maladies chroniques. Chez la femme enceinte, une chaleur modérée dans les quatre jours précédant l'accouchement augmente le risque de prématurité de 2,8 %. Ce risque grimpe à 3,8 % en cas de chaleur extrême, détaille Johanna Lepeule, chercheuse Inserm (Institut pour l'avancée des biosciences, Grenoble).

Une autre piste, encore à confirmer : la chaleur pourrait aussi diminuer le poids de naissance, avec un effet plus marqué chez les femmes issues de milieux défavorisés ou vivant dans des zones peu végétalisées.

Chez les personnes âgées, « plus de deux tiers des décès liés à la chaleur concernent les personnes de 75 ans et plus », rappelle la chercheuse Inserm Noémie Letellier (équipe Cité).

Les liens entre chaleur et santé se retrouvent aussi dans des pathologies moins attendues. La chercheuse Giovanna Fancello (Institut Sorbonne de Santé, équipe Nemesis) a suivi environ 1 200 patients atteints de sclérose en plaques en Île-de-France. Conclusion : une journée à 30 degrés ou plus est associée à une hausse d'environ 40 % du risque de poussée de la maladie. Ce risque apparaît avec un délai de vingt à vingt-cinq jours, le temps que l'inflammation déclenchée par la chaleur produise des dégâts mesurables sur le système nerveux.

La lutte contre le changement climatique, bénéfique aussi pour la santé

Face à ces différents constats, les chercheurs insistent sur un point : lutter contre le changement climatique est bénéfique aussi pour la santé, et pas seulement à long terme.

Prendre le vélo plutôt que la voiture, par exemple, réduit les émissions de gaz à effet de serre et augmente l'activité physique, bénéfique pour le cœur. Rénover un logement mal isolé réduit à la fois la facture énergétique et le risque sanitaire en cas de canicule.

Ces bénéfices sanitaires de l'atténuation du changement climatique vont se manifester localement, indépendamment de l'action des autres pays, et plus rapidement que les bénéfices climatiques.

Ce qui reste à documenter

Sur les effets à long terme d'une exposition répétée à la chaleur, les chercheurs se montrent toutefois prudents. « C'est un sujet sur lequel on est encore loin d'avoir des certitudes », admet Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm (équipe Parsec).

La question des médicaments reste elle aussi largement à explorer : on ignore encore, faute de données en France, comment adapter certains traitements en période de canicule. Un enjeu jugé urgent, notamment pour les patients sous dialyse.

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