Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?

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Sarah Bonnet, directrice de recherche Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) à l’Institut Pasteur.

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Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?
© Getty Images

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On compte en France une quarantaine d’espèces de tiques, dont certaines sont porteuses d’agents pathogènes pouvant provoquer différentes maladies (comme la maladie de Lyme). Mais une piqûre de tique n’entraîne pas obligatoirement l’apparition d’une pathologie. De plus, des gestes de prévention permettent de limiter les risques.

Les risques sanitaires liés aux tiques

Les tiques sont des acariens qui ont la particularité de se nourrir uniquement de sang. Dans l’hémisphère nord, les tiques sont le premier vecteur d’agents pathogènes (bactérie, virus ou parasite) pour les êtres humains et les animaux, et le deuxième au niveau mondial en santé humaine derrière les moustiques.

Il en existe environ 900 espèces dans le monde. Leur répartition géographique dépend de leurs préférences en matière de climat, d’environnement et de proies.

Les tiques évoluent en premier lieu au sein de la faune sauvage, l’homme n’étant qu’un « hôte accidentel » dans leur cycle de vie. Quand certaines espèces de tiques prennent un repas sanguin sur un animal sauvage infecté par un agent pathogène, elles peuvent s’infecter à leur tour et retransmettre cet agent, lors d’un autre repas, à l’homme ou l’animal.

Sarah Bonnet

Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?
© Institut Pasteur/Valérie Zeitoun

Directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Sarah Bonnet est cheffe du groupe TIQUES dans l’unité « Écologie et émergence des pathogènes transmis par les arthropodes » à l’Institut Pasteur. Elle est parasitologue, entomologiste vétérinaire et médicale, et spécialiste des tiques.

Maladie de Lyme : l’Est et le centre de la France particulièrement concernés

Parmi la quarantaine d’espèces de tiques présentes en France, la plus problématique est l’espèce Ixodes ricinus, responsable de la transmission de la bactérie Borrelia, à l’origine de la maladie de Lyme (appelée aussi pour cette raison borréliose de Lyme).

On compte 60 000 nouveaux cas de cette maladie chaque année, ce qui en fait la principale pathologie liée aux tiques dans notre pays.

L’espèce Ixodes ricinus peut transmettre également :

  • le virus de l’encéphalite à tiques, deuxième maladie liée aux tiques en France en nombre de cas (une centaine en 2025). Après de premiers symptômes relativement modérés et une phase apparente de guérison, la maladie peut ensuite évoluer vers des formes méningées (qui atteignent les méninges) et entraîner des séquelles à long terme. Il existe deux vaccins contre cette maladie. La vaccination est recommandée pour les populations exposées tels que les agents forestiers ou toute personne ayant des activités de plein air dans des zones à risque.
  • une bactérie à l’origine de l’anaplasmose, une maladie pouvant provoquer des symptômes proches de ceux de la grippe (fièvre élevée, maux de tête, douleurs musculaires). L’anaplasmose peut être soignée par des antibiotiques.
  • des parasites pouvant être à l’origine de babésioses, maladies qui concernent particulièrement le bétail mais qui peuvent être également dangereuses pour l’être humain, en particulier chez les personnes aspléniques (qui n’ont plus ou pas de rate).
Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?
Exemple de tique Ixodes ricinus © Institut Pasteur/Thomas Schubnel

Très répandue en Europe du Nord, l’espèce Ixodes ricinus est particulièrement présente dans l’Est et le centre de la France. Elle apprécie les zones tempérées où les températures sont relativement fraîches. Elle est répandue en forêt (surtout dans les forêts de feuillus) mais également dans les pâtures où elle trouve des hôtes vertébrés (bovins, ovins, caprins) pour se nourrir. Elle ne supporte pas le manque d’humidité. Il y a donc très peu de risques d’attraper la maladie de Lyme dans le sud de la France. Avec le réchauffement climatique, Ixodes ricinus est désormais active en hiver, sa présence s’étend à des altitudes plus élevées qu’auparavant, et de plus en plus au nord de l’Europe.

La maladie de Lyme, la « grande imitatrice »

On qualifie souvent de « grande imitatrice » la borréliose de Lyme car elle génère des symptômes très variés, qui peuvent être neurologiques, cutanés ou articulaires. De ce fait, elle est souvent difficile à diagnostiquer.

Chez l’être humain, elle peut se manifester par un « érythème migrant » : une tache rouge qui va s’élargir progressivement à l'endroit de la piqûre de la tique. Si vous observez un tel phénomène dans les 4 à 5 semaines suivant la piqûre, il s’agit là d’un symptôme qui certifie la présence de la maladie de Lyme. Il faut immédiatement aller chez le médecin et prendre des antibiotiques. Toutefois, cet érythème migrant n’est pas présent dans 100 % des cas.

La rédaction

Une tique « à risque » dans le sud de l’Hexagone

Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?
Exemple de tique Hyalomma. © Sarah Bonnet/INRAE-Institut Pasteur

Depuis quelques années, on observe l’arrivée dans le sud de la France (et plus précisément dans les zones de garrigues) de la tique tropicale Hyalomma marginatum. Cette espèce, qui se développe dans le pourtour méditerranéen, suscite beaucoup d’inquiétudes car elle est capable de transmettre le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, mortel dans 40 à 50 % des cas chez l’homme.

Depuis une décennie, quelques cas sont déclarés chaque année en Espagne. Aucun cas n’a pour l’heure été déclaré en France.

À la différence de l’espèce Ixodes ricinus qui « se contente » d’attendre qu’un être humain ou un animal passe près d’elle pour s’y accrocher, la tique Hyalomma marginatum est dite « chasseuse », car elle se déplace activement vers sa proie.

Maladie de Lyme : comment se protéger des tiques ?
Exemple de tique Dermacentor. © Institut Pasteur/Thomas Schubnel

Dans plusieurs régions françaises, et notamment dans le Sud, on trouve également des tiques du genre Dermacentor qui peuvent transmettre des bactéries à l’origine de rickettsioses, des maladies pouvant générer une forte fièvre, des maux de tête intenses, une éruption cutanée et une escarre d’inoculation (tache noire caractéristique au point de piqûre). Elles se soignent avec des antibiotiques.

Les idées reçues les plus courantes sur les tiques

L’idée selon laquelle les tiques tomberaient des arbres est particulièrement répandue. C’est totalement faux. Cette erreur vient en partie du fait que les enfants se promènent à hauteur de végétation, là où se trouvent souvent les tiques, et peuvent se faire piquer dans la tête. Par ailleurs, certaines espèces de tiques ont une réelle appétence pour le cuir chevelu qu’elles peuvent rejoindre en montant le long du corps, d’où cette fausse croyance.

Une autre crainte largement partagée consiste à penser qu’être piqué par une tique induit un risque systématique de développer une maladie. Or, les tiques, dans leur grande majorité, ne sont pas porteuses d’agents pathogènes pour l’être humain. À titre d’exemple, en Île-de-France, en moyenne, 7 % des tiques sont infectées par la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Par ailleurs, si on enlève une tique dans les 24 heures après sa fixation dans la peau, il n’y a quasiment aucun risque de développer une maladie liée à la présence éventuelle de parasites ou bactéries (en revanche, si la tique est porteuse d’un virus, elle le transmet immédiatement). Enfin, en cas d’infection à la suite d’une piqûre de tique, notre système immunitaire peut empêcher le développement de pathologies.

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Comment éviter les piqûres de tiques

Si les tiques représentent d’éventuels risques sanitaires pour les hommes et les animaux, il n’est pas question pour autant de renoncer aux promenades en pleine nature, et notamment en forêt, principal habitat de la tique Ixodes ricinus, la plus répandue en Europe.

Ces gestes de prévention permettent de limiter les risques de piqûres :

  • porter des vêtements couvrants et clairs (s’ils sont sombres, on repère les tiques moins facilement) ;
  • porter des bottes ou des guêtres, ou mettre son pantalon dans les chaussettes ;
  • pour les enfants : porter un chapeau ou un bob, éviter de se rouler dans l’herbe sous les arbres (zone de prédilection pour les tiques, car elles y trouvent des températures modérées et une certaine humidité) ;
  • utiliser des répulsifs (à vaporiser sur les vêtements et non sur la peau), si la zone est particulièrement à risques.

Si l’on possède un jardin en zone rurale, il est préférable de :

  • le grillager pour limiter toute intrusion de la faune sauvage ;
  • couper l’herbe ;
  • éviter les tas d’herbe ou de bois.

De retour de promenade ou après avoir séjourné dans un jardin, il faut tenter de repérer et éliminer les tiques avant leur piqûre et pour cela :

  • s’examiner des pieds à la tête,
  • prendre une douche (et un shampoing pour les enfants),
  • changer de vêtements.

Protéger ses animaux domestiques

Les tiques peuvent, entre autres, transmettre aux chiens le parasite responsable de la piroplasmose. Il peut donc être judicieux de faire vacciner votre animal contre cette maladie, qui peut être très dangereuse : parlez-en à votre vétérinaire. Un chien peut également attraper la maladie de Lyme. Piroplasmose et maladie de Lyme sont plus rares chez le chat.

Après une promenade dans la nature, inspectez attentivement vos animaux de compagnie et retirez les tiques le cas échéant (voir ci-dessous). Enfin, différents traitements antiparasitaires sont disponibles. Là aussi, demandez conseil à votre vétérinaire.

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Comment retirer une tique

Si l’on constate sur soi, sur un proche ou sur ses animaux la présence d’une tique fixée dans la peau, il faut la retirer le plus vite possible pour limiter le risque de transmission d’agents pathogènes (à noter que cette transmission peut prendre plusieurs heures voire quelques jours, ce qui est plutôt rassurant). Contrairement à une idée reçue, il ne sert à rien de mettre de l’éther ou tout autre produit.

Pour l’enlever, le mieux est d’utiliser un tire-tiques (acheté de préférence en pharmacie), de le glisser sous la tique fixée et tourner doucement de façon que la tique décide de se détacher d’elle-même pour ne pas laisser les pièces buccales dans la peau, et enfin désinfecter à l’endroit de la piqûre.
Si possible, il est préférable de garder la tique quelques semaines. Si l’on développe des symptômes inhabituels, cela permettra de la montrer à son médecin.

Surveiller et limiter les risques liés aux tiques

Les recherches que nous menons à Inrae et à l’Institut Pasteur consistent notamment à surveiller et évaluer les risques sanitaires liés aux tiques. Cette surveillance est particulièrement importante dans le cadre de la végétalisation récente des espaces urbains. Si le développement d’espaces verts urbains comporte de nombreux aspects positifs, il ne doit pas conduire à la création d’habitats favorables aux tiques ou aux moustiques. De même les « corridors verts » reliant zones rurales et cœur des villes sont à surveiller car ils permettent l’entrée de la faune sauvage et de ses tiques à l’intérieur de nos villes.

À titre d’exemple, en Île-de-France, quatre sites de surveillance privilégiés ont été choisis : la forêt de Saint-Germain-en-Laye, les bois de Vincennes et de Boulogne, ainsi que le parc Montsouris au cœur de Paris. Nous y effectuons mensuellement des collectes de tiques et déterminons quels agents pathogènes elles portent pour évaluer le risque en fonction des zones. De semblables enquêtes ont lieu en Allemagne et au Japon, ce qui nous permet d’établir des comparaisons et de mettre au point des messages de prévention ciblés en fonction des environnements et des habitudes des populations.

Ces travaux nous permettent d’ores et déjà de constater que les moyens écologiques constituent la lutte la plus efficace contre les tiques. Il s’agit de rendre les biotopes (lieux de vie) défavorables à leur développement. Concrètement, au niveau collectif comme individuel, cela veut dire débroussailler, faucher les sentiers, limiter l’entrée de la faune sauvage dans les jardins, etc.

Nous travaillons également à mettre au point des « marqueurs d’exposition » aux piqûres de tiques. Ces marqueurs pourraient passer par un prélèvement de sang chez les animaux dans une région donnée afin de voir s’ils ont été exposés à des piqûres. Moins fastidieux et moins coûteux qu’un travail de collecte, ces outils faciliteraient notre tâche de surveillance et pourraient à terme aider au diagnostic des maladies liées aux tiques chez l’être humain et chez l’animal.

Enfin, nos recherches portent sur le développement d’un vaccin qui permettrait de lutter contre les maladies liées aux tiques. Le principe sur lequel nous travaillons vise à perturber la piqûre de la tique et à faire en sorte que celle-ci se détache de son hôte avant même d’avoir transmis d’éventuels agents pathogènes.

L’outil CiTIQUE-Tracker

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a lancé CiTIQUE-Tracker en 2023. Cet outil consultable gratuitement en ligne et facile d’utilisation permet de déclarer ses piqûres de tiques, de savoir où et quand des piqûres ont été signalées, de localiser en conséquence les zones où les signalements de piqûre sont importants, et ce afin de mieux s’en prémunir.

Toutefois, ce ne sont pas des cartes de risque à proprement parler. Lors d’une promenade dans la nature, mieux vaut avoir en tête les zones privilégiées par les tiques (la litière forestière, les hautes herbes, le dessous des arbres en ce qui concerne l’espèce Ixodes ricinus) et adopter les bons gestes de prévention.

La rédaction

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