Vrai/faux sur l’hérédité

Publié le

Sandrine Letellier

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Vrai/faux sur l'hérédité
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Nos parents nous transmettent un patrimoine génétique, mais aussi une manière d'appréhender le monde, des valeurs et toute une histoire familiale. Quel est le poids de cette hérédité ? Qu'est-ce qui fait que chaque être est unique ?

Selon l'adage en vigueur, « les chiens ne font pas des chats » ! Il est ainsi clairement établi qu'on hérite de traits physiques de ses parents, mais aussi de traits de caractère, de comportements, de goûts…

Apparue au début du XIXe siècle avec les travaux de Georg Mendel, la science de la génétique s'empare de l'ADN pour explorer l'origine de nos ressemblances, de nos maladies, de notre personnalité. Mais le génome (1) ne fait pas tout. Certes, les cellules d'un organisme contiennent toutes le même mais elles l'expriment différemment.

On n'hérite pas seulement de nos parents

VRAI. Chaque individu reçoit la moitié de son matériel génétique de sa mère, l'autre de son père. Ce matériel est constitué de chromosomes porteurs de gènes. Même si nos grands-parents ont transmis leurs gènes à nos parents, ce sont nos parents qui nous les transmettent à leur tour. Les gènes ne passent pas directement d'une génération à une autre.

« Cependant, certains traits ou maladies peuvent réapparaître après une génération, tout au moins leurs manifestations, car certains gènes peuvent ne pas s'exprimer chez certains individus », explique le Pr Stanislas Lyonnet, généticien à l'hôpital Necker-Enfants malades, à Paris.

L'hérédité se limite à ce que l'on voit : couleur des yeux, taille…

FAUX. Certes, on peut hériter de traits visibles comme la couleur des yeux ou des cheveux, mais aussi de caractéristiques moins évidentes.

« L'hérédité va bien au-delà de caractéristiques physiques, souligne le Pr Lyonnet. Elle inclut aussi des caractéristiques invisibles comme les groupes sanguins, la résistance à certaines maladies ou encore des aspects liés à notre métabolisme (manière dont notre corps gère, par exemple, le sucre et les graisses). Ou encore, plus ennuyeux, des caractéristiques médicales comme la prédisposition à une maladie (diabète, certains cancers…) à laquelle peut échapper le reste de la fratrie en raison du brassage des gènes renouvelé à chaque naissance. Ce qui fait que frères et sœurs ne sont pas tous logés à la même enseigne. »

Les jumeaux se ressemblent comme deux gouttes d'eau

VRAI et FAUX. Les jumeaux monozygotes (issus de la division d'un œuf fécondé unique) possèdent un patrimoine génétique quasi identique, ce qui explique leur ressemblance frappante. Mais ils peuvent aussi présenter des différences en raison de mutations postérieures à leur division en tout début de vie embryonnaire ou de facteurs environnementaux qui peuvent agir différemment à leur séparation après la naissance.

Les jumeaux dizygotes (appelés encore faux jumeaux car issus de deux œufs différents), quant à eux, partagent à l'identique seulement 25 % de leurs génomes, comme des frères et sœurs. Comme eux, ils pourront donc présenter des traits physiques et des comportements très différents.

« Des études portant sur les jumeaux peuvent parfois conclure à ce que la moitié de la variance d'une caractéristique (traits de personnalité par exemple) est liée aux seuls effets génétiques, le reste étant expliqué des différences d'environnement, poursuit le Pr Lyonnet. Et cette interaction constante entre gènes et environnement complexifie plus encore cette question d'hérédité. »

La génétique est déterminante dans notre vie

FAUX. Il est impossible de décrire la personnalité d'un individu uniquement à partir de ses gènes. Mais entre l'inné et l'acquis, lequel des deux pèse le plus dans la balance ? « Nous ne sommes pas "tout génétique" ! pointe le Pr Stanislas Lyonnet. Dans certains cas, le rôle des gènes est déterminant comme pour le risque de développer certaines maladies. Pour d'autres, les facteurs environnementaux (alimentation, tabac, mode de vie…) jouent un rôle plus ou moins important, diminuant parfois le poids de la part du patrimoine génétique. »

Par exemple, les facteurs génétiques ne jouent qu'un rôle partiel dans la propension à prendre du poids et à devenir obèse. Pour autant, l'obésité a tendance à être héréditaire. Et cela est souvent dû à l'environnement, qui lui-même est souvent partagé, agissant donc de la même manière au sein d'une même famille, comme la génétique. De fait, il n'est pas toujours facile de rompre avec certaines habitudes alimentaires et éducatives comme la malbouffe ou encore la sédentarité.

Les maladies génétiques sont rares

VRAI et FAUX. De nombreux parents ont la hantise de transmettre leurs maladies à leurs enfants.

« On peut schématiser en deux grands types de mécanismes génétiques des maladies : des maladies quasi pleinement génétiques et d'autres multifactorielles, avec une part de génétique et une part d'environnement, décrit le Pr Stanislas Lyonnet. Les premières, telles que la mucoviscidose, l'hémophilie ou encore la myopathie de Duchenne, résultent de l'altération d'un gène unique ou d'un chromosome. Appelées encore maladies à hérédité complexe, les maladies multifactorielles (cancers, diabète de type 2, coronaropathies, hypertension artérielle), en revanche, seraient, elles, dues à plusieurs variants de gènes, combinés à des facteurs environnementaux (pollution, tabagisme…). »

Il existe plus de 8 000 maladies génétiques. Certaines d'entre elles, comme la trisomie 21, peuvent faire l'objet d'un test diagnostic. Ce test est réalisé en général avant ou juste après la naissance. « Ces maladies sont individuellement rares puisqu'elles ne représentent que 3 % des naissances », indique le Pr Lyonnet. Mais, collectivement fréquentes, elles restent néanmoins un poids de santé publique important et jouent le premier rôle dans la mortalité et les morbidités de l'enfant dans les pays développés. »

La génétique joue un rôle dans la dépression

VRAI. Selon une nouvelle étude portant sur près de 5 millions de personnes dans le monde et parue dans la revue Cell (2) en février 2025, environ 300 variants génétiques (modifications survenues dans un gène) seraient impliqués dans la dépression.

Ainsi, un individu a deux à quatre fois plus de risques de présenter un trouble dépressif au cours de sa vie lorsque l'un de ses parents en a été lui-même atteint. Pour autant, la dépression reste une maladie multifactorielle, c'est-à-dire que la personne présentant plusieurs de ces variations génétiques ne la développera pas forcément. Là encore, l'environnement (mode de vie, événements traumatiques, petite enfance…) est déterminant dans le déclenchement de la maladie.

Les tests génétiques ne doivent pas être proposés à tout le monde

VRAI. Plus de 550 000 Français ont bénéficié d'un test génétique en 2023 (incluant les tests conduits pendant les grossesses). Ces examens sont toujours effectués dans un cadre médical, avec une consultation de génétique. Ils sont aussi prescrits en général à des adultes dont la famille compte un ou plusieurs membres atteints de maladies génétiques, telles que la maladie de Huntington ou encore la mucoviscidose chez l'enfant. Mais aussi en cas de maladies multifactorielles avec des facteurs de risque génétique connus ou dont les analyses ont mis en évidence ce risque.

« Ces personnes éligibles n'ont souvent aucun symptôme, mais elles souhaitent anticiper et agir en matière de prévention voire d'hygiène de vie, et de conseil génétique, observe le Pr Lyonnet. Avec les nouveaux tests de séquençage à haut débit du génome, on peut aujourd'hui faire de plus en plus de tests rapides, fiables et de moins en moins coûteux. Mais attention, plus ces tests sont vastes (génome complet notamment), plus leur interprétation est un défi. » Les tests de prédispositions génétiques sont essentiellement réalisés dans trois grands domaines : les cancers, les maladies neurologiques ou cardiovasculaires.

Attention : certains sites internet proposent des kits de tests génétiques à visée médicale malgré l'interdiction de la loi française. Ces tests sont peu fiables et peuvent conduire à l'annonce de maladies inexistantes, causant des paniques infondées.

On hérite de tout ce que nos parents ont vécu

FAUX. N'en déplaise à la psychogénéalogie, les expériences, souvenirs ou traumatismes de nos parents ne sont pas inscrits directement dans nos gènes. Développée dans les années 1970, la psychogénéalogie est une pseudoscience avançant que tous nos maux sont liés au vécu de nos ancêtres. La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) alerte régulièrement sur les risques de cette pratique : faux espoirs, induction de faux souvenirs, arrêt d'un traitement contre une maladie grave…

(1)    Le génome est l'ensemble de l'information génétique propre à toute espèce. Il est composé d'ADN, contenant des unités que l'on appelle « gènes ».
(2)    Cell, Volume 188, Numéro 3, P640-652E9, 6 février 2025.

Quels sont les tests les plus fréquents en génétique médicale ?

Les tests oncogénétiques

Les cancers du sein et de l'ovaire, mais aussi du côlon et du rein peuvent avoir une composante héréditaire. Ainsi, une altération du gène BRCA1 ou du gène BRCA2 expose à un risque accru de 51 à 75 % de cancer du sein (alors qu'il n'est que de 10 % dans la population générale) et de 50 à 70 % du cancer de l'ovaire.

La maladie d'Alzheimer à forme précoce

Si l'hérédité ne représente qu’1 % des cas de cette maladie neurodégénérative, les patients atteints d'une forme d'Alzheimer héréditaire ont tendance à la développer avant 65 ans, voire avant 50 ans. « Il est le plus souvent inutile de pratiquer ce test chez une personne de 85 ans bien diagnostiquée et bien suivie, précise le Pr Stanislas Lyonnet. En revanche, dans le cas de formes précoces, ou familiales, ou atypiques, les tests sont une bonne indication car ils permettent un meilleur diagnostic, et d'anticiper l'arrivée des symptômes et la prise en charge. »

Les maladies cardiovasculaires héréditaires

En 2023, les associations de patients ont demandé la généralisation d'un examen précoce en cas d'antécédent d'accidents cardiovasculaires. Il s'agit du prélèvement d'une goutte de sang sur le doigt pour mieux dépister et traiter les maladies liées à une prédisposition génétique, mais aussi influencées par l'âge et le mode de vie.

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Commentaires

Article précis et plein de bon sens merci Françoise

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