Quelles solutions pour combattre la désinformation en santé ?

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Angélique Pineau-Hamaguchi

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Quelles solutions pour combattre la désinformation en santé ?
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Comment contrer le phénomène des fausses informations en matière de santé ? Un colloque organisé par le ministère en charge de la Santé et de l’Accès aux soins, le 18 avril 2025, a rassemblé divers experts pour tenter de répondre à cette question. Avec des annonces à la clé.

« La désinformation nuit gravement à la santé et, dans le domaine médical, elle peut tuer. » Une triste réalité que Yannick Neuder, ministre en charge de la Santé et de l’Accès aux soins, a rappelée lors du colloque Lutte contre l’obscurantisme et la désinformation en santé, le 18 avril 2025. Cet événement, organisé par son ministère, a réuni professionnels de santé, chercheurs, journalistes, associations et représentants des plateformes numériques.

Le ministre, qui est lui-même un professionnel de santé puisqu’il est cardiologue de formation, a cité en exemple l’épidémie de grippe de cet hiver. « Elle a été particulièrement sévère. Pourquoi ? Parce qu’une partie de la population était insuffisamment vaccinée contre ce virus pourtant largement évitable par un geste simple, et alors que la vaccination était possible en pharmacie. » 

Un paradoxe qui s’explique en partie selon lui par le fait que « la vaccination fait encore l’objet de fantasmes, de peurs et surtout de défiances ». Il s’est ainsi demandé : « Comment en sommes-nous arrivés là, au pays de Pasteur et des Lumières ? Les vaccins sont pourtant l’une des plus grandes victoires de la science et de la médecine. »

Dans le domaine de la santé, la vaccination n’est pas la seule à être victime de fake news. Le ministre a également évoqué l’alimentation, et notamment le Nutriscore qui fait souvent l’objet « d’attaques de la part de lobbys industriels », ou encore les traitements contre le cancer. Ces derniers peuvent être « dénigrés par des influenceurs » au profit d’autres pratiques, comme le jeûne ou des remèdes « miracles ». Plus dernièrement, c’est le lien présumé – et pourtant maintes fois démenti – entre vaccin et autisme qui a refait surface.

Des exemples qui attestent de « la capacité dévastatrice de la désinformation » qui influence comportements individuels et collectifs. Alors quelles sont les solutions efficaces pour venir à bout de cette « épidémie » de fausses informations ?

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Une perte de confiance dans la science et les médias

Parmi les experts présents, beaucoup se sont dits très inquiets de la perte d’influence de la science, en France et dans le monde. Le Pr Alain Puisieux, président du directoire de l’Institut Curie (1), a cité une étude consacrée à « la génération TikTok ». Celle-ci montre que seul un jeune sur trois estime que « la science apporte à l’homme plus de bien que de mal » alors qu’ils étaient plus d’un sur deux à le penser il y a cinquante ans (2). Selon lui, « un savoir alternatif » est en train de s’installer.

Une autre scientifique de premier plan s’est alarmée de la situation actuelle. Pour la Pr Bana Jabri, directrice générale de l’institut Imagine (3), il est nécessaire de montrer les bénéfices de la science. « Elle a permis de passer de 25 ans d’espérance de vie à plus de 75 ans aujourd’hui. Avant, il fallait avoir 10 enfants pour espérer en avoir 2 qui survivent. Désormais, la mort d’un enfant est une véritable tragédie car elle est devenue rare. »

Avec une autre grande chercheuse, la Pr Yasmine Belkaid, directrice générale de l’Institut Pasteur (4), Bana Jabri a cosigné une tribune dans Le Monde en mars 2025 : Aux Etats-Unis, la science est attaquée, entravée, et même interdite. Le ministre Yannick Neuder a lui aussi évoqué la situation des scientifiques américains, dénonçant « un climat de peur, d’autocensure et de renoncement ». En réaction, la France a un rôle à jouer à ses yeux : « Nous devons nous positionner comme un pays refuge pour la science ».

À cette défiance envers la communauté scientifique s’ajoute celle à l’encontre des médias, a rappelé Nicolas Berrod, journaliste au Parisien-Aujourd’hui en France, en charge des sujets de santé. « Près des deux tiers des Français considèrent qu'il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d'actualité » (5).

Une mobilisation générale nécessaire contre les fake news en santé

Face à ces constats, Yannick Neuder a estimé qu’il y avait un « combat à porter haut et fort pour la science, contre la désinformation et l’obscurantisme ». Un combat qui se doit d’être « collectif et massif ». Pour lutter contre les fake news en santé, « l’État ne peut agir seul », a estimé le ministre en charge de la Santé et de l’Accès aux soins. Il faut mobiliser également « associations citoyennes, collectifs de soignants, journalistes scientifiques, plateformes de fact-checking (6), parents, enseignants… ».

Tous les experts présents à ce colloque se sont dits prêts à s’engager pour contribuer à faire reculer la désinformation en santé. À l’image du Pr Mathieu Molimard, pharmacologue et pneumologue, déjà très actif sur le sujet. Pour lui, il faut détecter très vite les fausses informations, avant qu’elles ne se propagent. Une nécessité d’être proactif confirmée par Rudy Reichstadt, directeur du site internet Conspiracy Watch (7). « Le complotisme, c’est une sorte de révisionnisme en temps réel. Pour le contrer, c’est une course contre la montre. » Il faut donc « occuper le terrain » en produisant du contenu vérifié, et « réguler quand c’est nécessaire », en punissant les désinformateurs.

La responsabilité des plateformes numériques a été évoquée. Les réseaux sociaux étant parfois jugés « complices » de ceux qui cherchent à diffuser des fausses informations. Représentante de YouTube, Asmaa Zerkdi a assuré que la plateforme retirait déjà des « millions de vidéos » avec des fake news. Elle a aussi parlé de la démarche YouTube Health, pour mieux identifier les contenus santé provenant de sources fiables cette fois-ci (institutions et professionnels de santé notamment).

De son côté, l’Ordre des médecins a adopté, début 2025, une « charte du médecin créateur de contenu responsable ». Un code de bonne conduite en quelque sorte pour ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux.

Bientôt un observatoire national dédié à la désinformation ?

Ce colloque se voulait le point de départ d’une « politique publique » de lutte contre les fake news en santé : « le jour 1 de la guerre contre la désinformation » selon le ministre en charge de la Santé et de l’Accès aux soins. Pour Yannick Neuder, c’est désormais « une priorité stratégique pour l’État ».

Il a donc annoncé quelques mesures. Parmi elles, la mise en place d’un « observatoire national dédié à la désinformation », qui permettrait de coordonner l’ensemble des données et de publier régulièrement les fake news qui auraient été repérées par les différents acteurs engagés dans cette lutte.

Le ministre a indiqué qu’il fallait aussi « renforcer la vigilance envers les plateformes numériques » et « réfléchir collectivement à une implication renforcée » de leur part. Il a par ailleurs évoqué l’instauration d’un « programme national d’éducation critique en santé », en lien avec l’Éducation nationale, qui pourrait prendre la forme de MOOC gratuits, et dont le premier pourrait être consacré à la vaccination. Le but ? Développer « une culture scientifique généralisée ».

Enfin, pour tenter de « mieux riposter » face à la désinformation en santé, Yannick Neuder a évoqué la possibilité d’« accréditer un certain nombre d’acteurs » engagés. Une sorte de label serait accordé à ceux qui diffusent des informations médicales fiables : des institutions de santé comme l’Inserm, des médias…

(1)    L'Institut Curie est le premier centre français de lutte contre le cancer.
(2)    Source : Enquête sur la mésinformation des jeunes et leur rapport à la science et au paranormal à l’heure des réseaux sociaux, réalisée par l'Institut Ifop, janvier 2023.
(3)    L’Institut Imagine est un centre de recherche dédié aux maladies génétiques.
(4)    L’Institut Pasteur est quant à lui un centre de recherche avec pour mission de contribuer à la prévention et au traitement des maladies, en priorité infectieuses.
(5)    Source : dernier baromètre La Croix de la confiance dans les médias (janvier 2025).
(6)    Vérification des faits en français.
(7)    Le site Conspiracy Watch est un observatoire des théories du complot.

Rédigé par

  • Angélique Pineau-Hamaguchi

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les questions de société et les enjeux sociétaux de la santé.

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