Comment se soigne un accident vasculaire cérébral (AVC) ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Comment se soigne un accident vasculaire cérébral (AVC) ?
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L’accident vasculaire cérébral provoque environ 18 000 décès en France chaque année et peut laisser des séquelles. Pourtant, les progrès de la médecine ont profondément transformé sa prise en charge et permettent aujourd’hui d’agir vite pour limiter les dommages.

Qu’est-ce qu’un accident vasculaire cérébral (AVC) ?

Un AVC se caractérise par la perte brutale d’une fonction du cerveau. Il peut s’agir de la marche, de la vision, de la parole ou encore de la capacité à bouger un bras ou une jambe. « La zone affectée cesse alors de fonctionner correctement parce qu’elle n’est plus suffisamment irriguée », explique la professeure Charlotte Cordonnier, cheffe du service de neurologie vasculaire au CHU de Lille et présidente de la Société française neurovasculaire.

Le plus souvent, c’est dû à une artère qui se bouche. C’est le cas dans environ 80 % des AVC, appelés infarctus cérébraux ou AVC ischémiques. Dans les 20 % restant, l’AVC survient parce qu’une artère se rompt. « On parle alors d’hémorragie cérébrale », précise le médecin.

L’AVC provoque chaque année environ 18 000 décès en France. « À titre de comparaison, le cancer du sein entraîne 12 700 morts et l’infarctus du myocarde environ 5 000. L’AVC est donc à la fois très fréquent et particulièrement grave. Six personnes sur 10 feront un jour un AVC. C’est la première cause de handicap physique. »

Comment soigne-t-on un AVC ischémique ?

Lorsque le cerveau n’est plus correctement irrigué, près de deux millions de neurones meurent chaque minute. C’est pourquoi un AVC doit être pris en charge le plus rapidement possible. Objectif : rétablir la circulation dans les vaisseaux et ainsi limiter au maximum les lésions irréversibles du cerveau.

« On administre alors au patient des médicaments qui fluidifient fortement le sang. Il s’agit de la thrombolyse intraveineuse. L’objectif est de dissoudre l’obstacle », observe la neurologue. Ces traitements vont faire fondre les ponts entre les plaquettes sanguines agglutinées et détruisent ainsi les caillots.

Quels sont les traitements possibles en cas d’AVC hémorragique ?

Environ 40 % des patients victimes d’une hémorragie cérébrale décèdent dans le mois suivant leur admission à l’hôpital. Et parmi ceux qui survivent, beaucoup gardent des séquelles. « Nous disposons de traitements efficaces pour l’infarctus cérébral. Mais nous sommes loin d’obtenir les mêmes résultats lorsqu’il s’agit d’une hémorragie cérébrale », déplore la professeure Charlotte Cordonnier, présidente de la Société française neurovasculaire.

La prise en charge doit donc être la plus rapide possible, idéalement dans une unité neurovasculaire, pour faire baisser rapidement la pression artérielle. « Lorsqu’un vaisseau se rompt, la pression à l’intérieur des vaisseaux est élevée. Il faut donc la diminuer pour limiter l’aggravation du saignement », souligne la neurologue.

Dans de rares cas, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour tenter d’évacuer le sang.

Quel est le rôle des unités neurovasculaires ?

Les unités neurovasculaires (UNV) sont des services spécialisés dans la prise en charge des AVC, ouverts 24 h/24 et 7 j/7. En France, il en existe 139 en CHU, hôpital ou clinique, des territoires étant mieux pourvus que d’autres. Un rapport de la Cour des comptes de 2025 a relevé que seuls 40 % des patients victimes d’un AVC en France ont accès à une UNV.

Ces unités réunissent des neurologues et des équipes paramédicales (infirmières, kinésithérapeutes, orthophonistes, psychologues) formées à l’accompagnement des patients. Leur déploiement évite des décès et des handicaps sévères et plus généralement améliore l’organisation et la qualité des soins.

« L’unité neurovasculaire est un traitement très efficace. Sa seule limite est la disponibilité des lits », souligne la professeure Cordonnier.

Les progrès en imagerie ont-ils modifié la prise en charge de l’AVC ?

L’imagerie est l’une des trois avancées majeures dans la prise en charge de l’AVC, qui touche une personne sur quatre en France. « Elle permet de voir si une artère est bouchée ou déchirée, ce qui détermine le traitement », indique la présidente de la Société française neurovasculaire. La troisième avancée est la neuroradiologie interventionnelle, qui permet d’intervenir directement dans les vaisseaux du cerveau.

En cas d’AVC, il est crucial d’être transporté rapidement vers un hôpital avec imagerie cérébrale accessible 24 h/24. L’IRM est idéale, mais un scanner avancé du cerveau peut suffire.

« Appelez immédiatement le 15 (ou le 112 en Europe). Seul le centre 15 sait quel établissement dispose de l’imagerie, du neurologue et de l’unité neurovasculaire nécessaires », insiste la spécialiste. L’examen clinique seul ne permet pas de distinguer un vaisseau bouché d’un vaisseau rompu. L’imagerie apporte cette certitude.

Quel est le rôle de la télémédecine dans l'AVC ?

La télémédecine apporte rapidement une expertise près du domicile, alors que les neurologues capables d’évaluer un AVC sont peu nombreux. « On ne peut pas placer un neurologue dans chacune des 139 unités neurovasculaires et la soixantaine de services d’urgence reliés au téléAVC ouverts 24 h/24 », reconnaît le médecin.

Le Nord-Pas-de-Calais, où exerce la professeure Cordonnier, a été pionnier dans la télé-AVC. Plusieurs unités ont été mises en réseau pour qu’un neurologue de garde chaque nuit puisse examiner les patients à distance, réaliser une imagerie cérébrale et, si nécessaire, décider de la thrombolyse.

« Cela apporte l’expertise au plus près des patients. » Chaque minute compte dans la prise en charge de l’AVC. La télémédecine complète mais ne remplace pas les unités neurovasculaires, où l’intervention d’équipes paramédicales spécialisées reste indispensable pour limiter les séquelles.

Par quels moyens prévient-on l'AVC ?

Aujourd’hui, l’AVC n’est plus une fatalité. Près de 90 % pourraient être évités. « Cela commence par des mesures simples: ne pas fumer, bouger, surveiller son poids et devenir acteur de sa santé », explique la professeure Charlotte Cordonnier, cheffe du service de neurologie vasculaire au CHU de Lille.

Être acteur de sa santé implique notamment de mesurer régulièrement sa tension artérielle. « On peut la mesurer chez son médecin ou en pharmacie. Si elle dépasse 120/80, il faut refaire la mesure et consulter. » La moitié des hypertendus ignorent leur état, alors que l’hypertension est le principal risque pour le cerveau.

La spécialiste recommande également des bilans sanguins annuels, afin de vérifier cholestérol et glycémie, pour dépister le diabète et adopter des stratégies de prévention. Connaître ses indicateurs (tension, poids, fréquence cardiaque) et avoir une alimentation équilibrée, en limitant les produits ultratransformés, contribuent à protéger le cerveau et réduire le risque d’AVC.

L'AVC peut-il devenir une maladie chronique ?

L’accident vasculaire cérébral révèle l’existence d’une maladie des vaisseaux du cerveau. Autrement dit, lorsqu’un AVC survient, cela signifie qu’il existe déjà une atteinte chronique du système vasculaire cérébral.

« On parle de maladie chronique parce qu’un AVC peut laisser des séquelles durables », résume la professeure Charlotte Cordonnier. Celles-ci peuvent prendre différentes formes : difficultés à se déplacer, douleurs persistantes, fatigue importante ou encore troubles de la mémoire.

Le caractère chronique de la maladie tient aussi au suivi qu’elle impose. Après un AVC, il est souvent nécessaire de prendre quotidiennement des médicaments pour fluidifier le sang et protéger les vaisseaux, afin de réduire le risque de récidive.

Distinguer l’AVC de l’arrêt cardiaque

Un AVC se manifeste par des symptômes neurologiques, comme une faiblesse soudaine d’un membre ou des troubles du langage, tandis qu’un arrêt cardiaque se traduit par une perte de connaissance brutale et l’absence de respiration. Ces situations sont parfois confondues par le grand public.

« On parle souvent d’AVC comme d’un "accident cardiovasculaire", mais il s’agit d’un accident vasculaire du cerveau. Les facteurs de risque sont communs au cœur et au cerveau, mais il serait plus juste de les appeler cardio neurovasculaires », confie la professeure Charlotte Cordonnier, présidente de la Société française neurovasculaire. Cette distinction est cruciale. Reconnaître les signes d’un AVC permet d’agir vite, limitant séquelles et handicap.

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