Ostéoporose : comment la traiter ?

Publié le , actualisé le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Qu’est-ce que l’ostéoporose et comment la traiter ?
© Getty Images

Sommaire

L’ostéoporose est une maladie généralisée du squelette. Elle expose à des risques plus élevés de fractures au-delà de 50 ans. Considérée à tort comme une pathologie uniquement féminine, elle peut entraîner un diagnostic plus tardif chez l’homme.

L’ostéoporose est la maladie des os poreux. Elle touche le squelette dans sa globalité et se caractérise par deux types d’anomalies : une diminution de la quantité d’os et une atteinte de la microarchitecture osseuse, c’est-à-dire une détérioration de la structure interne du tissu osseux. La résistance des os est amoindrie et le patient est exposé à un risque plus élevé de fractures.

L’os est constitué d’une enveloppe extérieure appelée la corticale. Entre les corticales se trouvent les travées osseuses. « Quand on développe une ostéoporose, la corticale s’amincit. L’os est parsemé de petits trous et il devient poreux. Même cas de figure pour les travées. Elles diminuent d’épaisseur et se perforent », explique le professeur Bernard Cortet, rhumatologue au CHU de Lille.

La maladie plus fréquente chez la femme notamment à cause de la ménopause

Entre 50 et 80 ans, on perd 30 à 40 % de sa masse squelettique. « C’est le lot de chacun d’entre nous en vieillissant. Cette perte n’est pas linéaire. Mais le processus se révèle plus important en cas d’ostéoporose », poursuit le médecin. La maladie peut apparaître dès 50 ans, mais reste rare chez les plus jeunes.

L’ostéoporose touche davantage les femmes, qui représentent trois patients sur cinq. Elle est deux à trois fois plus fréquente chez elles que chez les hommes, à cause d’une masse osseuse généralement plus faible mais aussi de la ménopause. « Les œstrogènes, qui contrôlent le remodelage osseux, diminuent progressivement à cette période de la vie », indique le rhumatologue. La perte osseuse s’accélère alors. Mais les hommes sont aussi concernés, surtout avec l’avancée en âge. Un quart de leurs fractures est lié à une fragilité osseuse.

L’ostéoporose touche tous les os, mais certaines fractures sont plus fréquentes, dont celles des vertèbres, de l’épaule, du bassin, de la hanche et du poignet. « Il ne faut pas penser que les os vont totalement se déliter et que le squelette ne va plus tenir le choc. Les fractures ostéoporotiques (en dehors des vertèbres) surviennent le plus souvent à la suite d’un traumatisme minime, soit une chute de sa hauteur », insiste le professeur Cortet.

Des facteurs de risques multiples

L’ostéoporose est silencieuse et ne provoque pas de douleurs au quotidien, sauf en cas de fracture. Il arrive que des douleurs vertébrales soient banalisées sans réalisation de radiographies, qui auraient permis de diagnostiquer une fracture. « C’est dommageable car une première fracture vertébrale augmente le risque d’en subir d’autres. Ces fractures sont à l’origine de tassements des vertèbres responsables d’une déformation de la colonne et des douleurs chroniques », déplore le médecin.

L’ostéoporose peut avoir une composante familiale, sans pour autant être directement liée à un seul gène. « On observe fréquemment un trait familial. Ainsi, le risque de fracture de hanche est beaucoup plus élevé chez une femme dont la mère a souffert de la même fracture. »

Elle peut aussi être favorisée par certaines maladies, comme la polyarthrite rhumatoïde ou des troubles hormonaux, et par certains traitements comme la cortisone. « Certains médicaments prescrits aux femmes qui ont eu un cancer du sein mettent à zéro le taux d’œstrogènes. Cela diminue considérablement le risque de récidive mais augmente celui d’avoir une ostéoporose », reconnaît le Pr Cortet.

Mesurer la densité osseuse et évaluer le risque de fracture

L’ostéoporose peut être diagnostiquée avant une première fracture chez une personne présentant des facteurs de risque. L’ostéodensitométrie permet de mesurer la densité minérale osseuse (DMO) au niveau du rachis et du col du fémur. Le résultat est exprimé par un T-score (1).

La densitométrie permet d’évaluer la solidité des os. Chez la femme ménopausée et l’homme à partir de 50 ans, un T-score inférieur ou égal à – 2,5 indique une ostéoporose. Entre – 1 et – 2,5, il s’agit d’une ostéopénie, c’est-à-dire une diminution de la densité osseuse. Le médecin peut aussi utiliser l’outil FRAX pour estimer le risque de fracture dans les dix prochaines années.

Mais la densité minérale osseuse ne suffit pas, à elle seule, à décider d’un traitement. Le médecin tient aussi compte de l’âge, des antécédents de fractures, des facteurs de risque et des éventuelles maladies ou traitements susceptibles de fragiliser l’os.

Préserver le capital osseux et prévenir les chutes

L’ostéoporose se combat partiellement par l’arrêt de l’alcool et de la cigarette, qui exercent une action directement nocive sur l’os et favorisent une ménopause prématurée.

« Par ailleurs, le fait d’être sédentaire n’est pas bon pour la santé en général et pour les os en particulier », souligne le rhumatologue. Les activités physiques qui sollicitent les os en faisant travailler les jambes et en soutenant le poids du corps (marche, montée d’escaliers, course, danse par exemple) contribuent à préserver le capital osseux.

Les exercices contre résistance, avec des poids, des haltères ou des bandes élastiques, renforcent aussi les os et les muscles. Enfin, le travail de l’équilibre et de la coordination contribue à réduire le risque de chute. En cas d’atteinte des vertèbres, des exercices adaptés visant notamment la posture et le renforcement du dos peuvent être proposés.

La correction d’une carence en vitamine D, lorsqu’elle existe, et un apport suffisant en calcium participent à la prise en charge de l’ostéoporose. « Mais la vitamine D n’est qu’un traitement d’appoint », précise le Pr Cortet. Le calcium est présent dans les produits laitiers. « L’huile de foie de morue, peu engageante sur le plan gustatif, contient de la vitamine D, mais on la trouve aussi sous forme d’ampoules ou en gouttes. »

Ces suppléments ne doivent pas être pris sans l’avis d’un médecin, qui peut vérifier s’ils sont nécessaires et déterminer la dose adaptée.

Des traitements médicamenteux en fonction du risque

En cas d’ostéoporose à risque élevé de fracture, un traitement médicamenteux peut être proposé selon l’âge, les antécédents de fracture, la densité minérale osseuse et les autres facteurs de risque. Les bisphosphonates sont les plus utilisés. Ils réduisent le risque de fractures vertébrales, non vertébrales et de hanche.

Le dénosumab (2), administré tous les six mois par injection sous-cutanée, est prescrit dans certaines situations. Son arrêt doit être encadré médicalement et suivi d’un traitement relais, généralement un bisphosphonate, en raison du risque de fractures vertébrales multiples. Le tériparatide (3) est indiqué dans certaines formes sévères, notamment chez les patients ayant au moins deux fractures vertébrales.

Depuis 2026, le romosozumab (4) peut être donné aux femmes ménopausées de moins de 75 ans qui présentent une ostéoporose sévère avec au moins un antécédent de fracture sévère, sous réserve de l’absence d’antécédent de coronaropathie (5). Ce traitement n’est pas disponible en pharmacie. Il ne peut être délivré que dans les établissements de santé. Il reste encore très peu utilisé. Quelques centaines de patientes au maximum en ont bénéficié

(1)    Le T-score est un indicateur médical qui mesure la densité minérale osseuse (DMO) en la comparant à la valeur moyenne d'une population de référence en bonne santé au moment de son pic de masse osseuse (vers l'âge de 20 à 30 ans).
(2)    C’est un anticorps monoclonal (protéine artificielle fabriquée en laboratoire) prescrit pour traiter l'ostéoporose sévère.
(3)    C’est un médicament anabolisant osseux qui stimule la formation d'os neuf.
(4)    C’est un anticorps monoclonal.
(5)    La coronaropathie est une maladie des artères coronaires, les vaisseaux qui alimentent le cœur en sang.

Rédigé par

Patricia Guipponi

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi

  • La ménopause, une étape clé dans la vie des femmes

    Maladies et traitements

    Bouffées de chaleurs, prise de poids, ostéoporose riment pour beaucoup avec ménopause. Ce moment clé de la vie d’une femme, qui correspond à l’arrêt du fonctionnement ovarien, ne doit pas être pris à la légère.

    La ménopause, une étape clé dans la vie des femmes
  • La vitamine D : à quoi sert-elle ?

    Maladies et traitements

    Elle joue un rôle essentiel au niveau de l’absorption du calcium et du phosphore dans le corps. La vitamine D, ou calciférol, assure ainsi la croissance et la minéralisation osseuse. C’est également une alliée précieuse dans le renforcement...

    Un homme levant la tête au ciel