L'État crée un Observatoire de la désinformation en santé
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Conseils médicaux douteux, informations scientifiques non vérifiées… Sur les réseaux sociaux, les contenus trompeurs liés à la santé circulent à grande vitesse. Selon une étude du ministère de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, menée en mars 2026 (1), 91 % des Français déclarent avoir déjà été exposés à des informations fausses ou trompeuses en matière de santé. Par ailleurs, 42 % jugent difficile de trouver une information fiable en la matière et 34 % ne savent pas comment vérifier une information.
Ces résultats viennent d’ailleurs confirmer les conclusions du sondage sur les fake news en santé, réalisé en 2025 par l’institut Verian pour Harmonie Santé, en partenariat avec l’Inserm (Institut national de la recherche médicale).
Hélas, ces contenus diffusant de fausses informations scientifiques (volontairement ou non) ont des conséquences concrètes sur les décisions de santé. Aussi, un certain nombre d’acteurs publics ou privés se mobilisent aujourd’hui pour lutter contre cette désinformation. Harmonie Santé en fait d’ailleurs l'une de ses priorités : son dispositif éditorial (magazine papier, site Internet, réseaux sociaux, Agoras et newsletters) s'attache à décrypter régulièrement les idées reçues, avec une conviction forte : une information fiable, claire et sourcée constitue la meilleure des protections.
Santé : vers des citoyens mieux informés
Cette conviction est partagée aussi par les autorités de santé. Le ministère a ainsi lancé, le 21 octobre dernier, l'Observatoire de la désinformation en santé. Cet outil est la pièce maîtresse de la Stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, initiée le 12 janvier 2026. « Internet et les réseaux sociaux ont provoqué l'industrialisation de la fabrique du mensonge », déclarait la ministre Stéphanie Rist lors de la conférence de presse de lancement, rappelant que la santé est devenue « le premier domaine de signalement traité par la Miviludes (2) ».
Selon elle, l'enjeu dépasse la santé publique. « La désinformation mine la possibilité même de réaliser un choix libre et éclairé, affirme Stéphanie Rist. C'est une responsabilité sanitaire, mais aussi démocratique. Si le rôle de l'État n'est pas d'être l'arbitre du vrai, il est de donner à chacun la possibilité de se former une opinion avec une seule boussole : la science. »
Concrètement, l'Observatoire est doté de trois missions :
- Identifier les fausses informations via des mécanismes de veille : ministère, agences régionales de santé et opérateurs repèrent les signaux faibles, principalement sur les réseaux sociaux.
- Analyser leurs mécanismes de diffusion : des experts scientifiques indépendants évaluent la dangerosité des contenus.
- Accompagner la diffusion d'informations fiables et accessibles : cette « riposte » se fera par l’intermédiaire de contenus de décryptage diffusés sur le site Sante.fr, qui compte déjà 34 millions de visites annuelles, et sur les réseaux sociaux.
Un dispositif complet d'infovigilance
Dans le cadre de ce dispositif complet d’infovigilance, l’Observatoire publiera des baromètres réguliers, mènera des travaux de recherche et animera des groupes de travail sur des sujets émergents comme l'intelligence artificielle ou la responsabilité des plateformes numériques. Un conseil scientifique, adossé au Haut conseil de la santé publique, veillera à son indépendance.
Un cadrage bienvenu pour les professionnels de santé en première ligne. « Ce dispositif va être très utile pour les professionnels qui sont sur le terrain », estime le Dr Suzette Delaloge, présidente de l'Institut national du cancer (INCa).
Maillon clé du dispositif : la chaîne TikTok « Le Check-Up », lancée le 21 octobre 2026. Elle publie des vidéos courtes et pédagogiques dans lesquelles des professionnels de santé déconstruisent les fausses infos en utilisant les codes des réseaux sociaux, pour toucher les jeunes là où ils s'informent. Première campagne : le cancer du sein (lire encadré). Un choix qui n'a rien d'un hasard : la chaîne a été lancée en plein Octobre rose, mois du dépistage du cancer du sein, une période jugée particulièrement propice à la désinformation.
Lutter contre les fake news en santé : un combat collectif
Ce combat contre les fausses informations est aussi collectif : professionnels de santé, pharmaciens, associations, médias et citoyens sont appelés à relayer ces contenus. « Certains ne diffusent pas des fake news juste pour la désinformation, mais pour gagner de l'argent », rappelle Philippe Bergerot, président de la Ligue contre le cancer. Face à ces visées commerciales, une réponse commune à toute la filière santé s'impose.
En attendant les prochains baromètres de l'Observatoire, chacun peut adopter des réflexes simples : vérifier ses sources, croiser les informations et, en cas de doute, demander conseil à un professionnel de santé.
(1) Étude réalisée par les instituts Verian et Toluna Harris Interactive auprès d'un échantillon représentatif de 2 061 Français âgés de 15 ans et plus.
(2) Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Cancer du sein : contrer les idées fausses
Lancé au moment d'Octobre rose, le compte TikTok « Le check-up » illustre la méthode du ministère : contrer les fake news par des données chiffrées et sourcées. Élaboré en collaboration avec l’Institut national du cancer (INCa), son premier contenu s'attaque à l'une des rumeurs les plus répandues en oncologie : l'idée que la mammographie provoquerait ou renforcerait le cancer du sein.
Cette vidéo TikTok rappelle les faits suivants :
- Les rayons X utilisés peuvent, en théorie, abîmer l'ADN et très rarement causer un cancer : un risque réel mais « extrêmement rare ».
- C'est pourquoi le dépistage est très encadré : dose la plus faible possible, examen tous les deux ans, pas de proposition avant 50 ans en l'absence de symptômes.
- Une femme faisant le dépistage de 50 à 74 ans réalisera 13 mammographies, dont l'exposition totale correspond à un quart de celle d'un seul scanner.
- Sur les 55 000 cancers du sein diagnostiqués en 2019, seulement 27 seraient liés au dépistage, soit 0,05 % des cas.
- À l'inverse, le dépistage a permis d'éviter 23 000 décès par cancer du sein entre 2004 et 2018.
« La mammographie est donc l'un des gestes de prévention les plus efficaces », affirme le Dr Suzette Delaloge, présidente de l’INCa. Elle avance un chiffre complémentaire : sur 10 000 femmes de 40 à 74 ans réalisant des mammographies, une seule pourrait avoir un cancer causé par l'imagerie. Un risque infiniment inférieur au bénéfice de l'examen.
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